L’Embuscade

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Marc et Clara étaient tapis derrière la palissade, immobiles, avalés par l’ombre.

Le bois humide collait à leurs épaules. Les muscles étaient bandés, prêts à rompre. Devant eux, le hangar se dressait, massif, opaque, comme une carcasse industrielle qu’on avait cessé de regarder parce qu’elle regardait en retour. La route était vide. Puis un roulement étouffé sur le gravier, lent : le corbillard apparut, avançant sans urgence, sûr de sa trajectoire. Il s’arrêta face au hangar. Le moteur tourna encore quelques secondes, inutilement. Puis de nouveau le silence.

La portière côté conducteur s’ouvrit. Un seul homme descendit. Marc n’attendit pas qu'elle se referme. Sa voix claqua :

- Police. Ne bouge pas

Clara surgit à sa droite, arme levée. Deux angles. Aucun angle mort. Le chauffeur se figea. Les mains montèrent lentement, son regard oscillait de l'un à l'autre, nerveux, calculateur. Il cherchait une sortie. Il n’y en avait pas.

- À genoux, ordonna Marc.

Une hésitation, puis l’homme obéit. Le gravier râpa sa peau dans un crissement indécent.

Clara s’approcha et d'un geste bref lui attacha les poignets dans le dos, serrant jusqu’à ce que l’homme grince des dents. Elle recula, arme pointée, respiration stable.

- Où est-ce que tu comptais nous amener ? demanda Marc.

Silence.

La tête du chauffeur restait baissée, sa mâchoire crispée. Un homme dressé pour encaisser.

- Je t’ai posé une question.

Toujours rien.

Clara avança d’un pas. Le canon de son pistolet se posa contre le front de l’homme. Le métal froid parla pour elle.

- on t'écoute, dit-elle calmement. Sans hausser la voix

Une pause.

- Ou tu rejoindras ceux qu’on a déjà ramassés.

Le chauffeur releva la tête. Son regard croisa celui de Clara, résolu, puis glissa vers son doigt sur la détente. Il comprit. Sa gorge se contracta.

- Les pompes funèbres Vautrin, lâcha-t-il enfin.

Le nom s’écrasa dans l’air. Marc échangea un regard avec Clara. Pas de surprise, juste la confirmation froide d’un schéma qui se précisait. Le réseau n’était plus une hypothèse. Il avait une adresse. Une façade. Une respectabilité.

Clara retira lentement son arme.

Et c’est là que tout bascula.

Le chauffeur bougea. Un geste désespéré, brutal. Il se jeta sur Clara, crocheta son poignet, força. Marc cria de lâcher. Trop tard. L’arme glissa. Un coup partit. La détonation déchira le silence. La balle frappa le chauffeur en pleine poitrine. Il s’effondra en arrière, sans un mot, les yeux déjà vides. Le sang se répandit sur le gravier, sombre, presque noir.

Le calme se fit ….

Marc resta figé une seconde. Puis il souffla, amer.

- Merde… Putain.

Il secoua la tête.

- Ça commence à faire beaucoup trop de morts.

Clara ne répondit pas tout de suite. Elle regardait le corps. Pas de panique. Juste de la fatigue accumulée.

- On n’a pas le temps, dit Marc. Il faut qu’on disparaisse.

Elle hocha la tête.

- Je passerai un appel anonyme. Règlement de comptes. Ça tiendra quelques heures.

Marc acquiesça. Il monta dans le corbillard, démarra. Le véhicule s’éloigna lentement, avalé par la route déserte.

Derrière eux, le hangar demeurait silencieux. Mais ce silence n’était plus neutre. Il observait. Et il attendait.

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