Le poids du secret

3 minutes de lecture

Clara n’expliqua rien à sa tante. Elle n’avait ni le temps, ni l’espace mental pour ça.

- J’ai besoin que tu gardes Léo, quelques jours, peut-être plus.

Elle posa le sac près de la porte. Le regard de sa tante glissa vers Léo. Elle comprit immédiatement, trop vite, trop bien. Certains silences valent toutes les confessions.

- Je fais ça pour quelqu’un, ajouta Clara.

Un mensonge par omission. Le seul encore tolérable. La tante hocha la tête. Une femme qui savait quand se taire était une forme de courage.

- Tu reviens ? - Clara hésita. Une micro-seconde de vérité nue -, oui.

Elle n’en était pas sûre. Avant de partir, elle s’accroupit devant Léo. À hauteur d’enfant, à hauteur de petit homme aussi.

- Je reviens te chercher.

Elle posa deux doigts contre sa poitrine.

- Tu restes ici, d’accord ? C’est ma tante. Elle est cool. Tu verras.

Léo ne répondit pas, il soutint son regard et c’était déjà une promesse. La tante s'accroupit à son tour :

- Viens, mon grand. Tu dois avoir faim, un chocolat chaud et des biscuits, ça te va ?

Léo hésita, puis hocha doucement la tête.

- Merci, murmura Clara.

Elle se détourna, traversa le salon, le téléphone déjà en main.

Premier appel : son cousin, journaliste au sein d'un petit média indépendant, pas encore abîmé.

- J’ai besoin que tu contactes des rédactions sérieuses. Je t’envoie des éléments. Du lourd. Il faudra recouper, bétonner. Pas de noms balancés à l’aveugle.

- Clara… dis-moi dans quelle histoire tu t’es fourrée.

Elle ferma les yeux une seconde.

- Une qui dépasse largement nos épaules, - silence -, je te rappelle. Et fais attention à toi.

Deuxième appel : son Chef.

- Dis-moi que tu n’es pas liée à ce que je commence à entendre.

- Je le suis.

Un soupir long, fatigué.

- Bordel, Clara… c’est quoi exactement ?

- Un réseau. Haut niveau, - elle marqua une pause -, des enfants, des protections politiques.

Un silence, presque palpable..

- Dans quelle merde tu t’es fourrée…

- J’ai besoin d’une protection immédiate pour la famille du Commandant Marc Dubois.

- Tu réalises ce que tu demandes ?

- Oui, - elle serra les dents -, et vous réaliserez ce que ça coûtera si vous refusez.

Un temps.

- Je vais voir ce que je peux faire. Mais après ça, tu es grillée.

- Je sais.

Elle raccrocha. Puis se tourna vers sa tante.

— Je dois partir régler quelque chose - Elle la fixa droit dans les yeux - Ferme la porte. N’ouvre à personne.

La tante hocha la tête. Pas de question. Pas d'objection.

Clara repartit vers l’hôpital.

Marc était déjà debout quand elle entra dans la chambre. Ou plutôt : il se battait pour l’être. Le pansement s'imbibait de rouge sombre ; lentement, régulièrement. La blessure refusait de céder. Il enfilait sa veste avec la maladresse d’un homme qui avait décidé d’ignorer son propre corps.

- Qu’est-ce que tu fais ? demanda Clara.

- Je pars.

- Tu tiens à peine debout.

- Je ne peux pas rester ici.

Sa mâchoire se crispa. La douleur pulsait, sourde, mais son regard était clair. Trop clair.

- Ils sont venus, dit-il, costume impeccable., menaces propres.

Clara s’approcha. Effleura le pansement. Le sang était chaud.

- Tu saignes encore.

- Je m’en fous.

- Moi pas.

Elle le força à s’asseoir. Il céda, à contrecœur.

- Ils savent tout, continua Marc, toi, moi, ma femme, mes filles, -

Il inspira lentement -, deux heures, un rendez-vous, sinon…

Il n’eut pas besoin de finir.

- Léo est en sécurité, dit Clara, j’ai contacté mon cousin. Les médias vont bouger. Et j’ai demandé une protection pour ta famille.

Marc la fixa longuement.

- Merci.

Le silence s’installa,assourdissant.

Marc se leva à nouveau. Cette fois, Clara ne l’en empêcha pas.

- Je ne peux pas attendre, dit-il, pas après ce qu’ils m’ont dit.

Il enfila sa veste. Le tissu se teintait déjà de sombre.

- Marc, tu vas t’effondrer.

- Alors je tomberai plus loin.

Il se tourna vers elle.

- Ce qu’ils ont commencé, on va le finir, mais en pleine lumière.

Clara inspira profondément.

- Très bien, - elle s’approcha, déterminée -, on y va ensemble.

Un dernier regard. Une certitude.

- Ils nous attendent chez Vautrin.

La porte se referma derrière eux.

Ce n’était plus une fuite. Ce n’était plus une enquête. C’était un face-à-face.

Et la nuit n’allait pas détourner les yeux.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Heisenblind ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0