Fuite contrôlée

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Le lendemain, au commissariat, l’aube n’avait rien de doux. Clara et Marc se dirigèrent vers la cellule de Vautrin. Un silence pesant régnait. Ils ouvrirent la porte.

Le choc … Vautrin, une corde autour du cou, pendait dans sa cellule, corps immobile et froid.

- Putain… mais comment ? s’exclama Marie, la chef de garde, voix étranglée. Qui a pu le laisser seul ? Qui assurait la surveillance ?

Silence. Aucun agent ne répondit.

Clara se redressa, la mâchoire serrée.

- Surtout… personne ne doit savoir. Pas un mot. Il nous reste Leroy. C’est lui qu’on fait parler pour inculper Delacroix. On ne parle pas de Vautrin à Leroy. Pas un mot.

Au même instant, Clément Leroy franchissait les portes vitrées du commissariat, calmement, sans avocat, poli, impeccable. Deux agents l’escortèrent vers une salle d’interrogatoire au fond du couloir. Néon blafard. Table métallique. Deux chaises.

Marc l’attendait, assis, le regard dur. Clara restait debout, l’ombre de la menace dans les yeux.

- Docteur Leroy, dit Marc, savez-vous pourquoi vous êtes ici ?

- J’imagine que vous cherchez un coupable, répondit Leroy, d'une voix parfaitement contrôlée, les périodes de crise favorisent les raccourcis.

Clara s'avança.

- Monsieur Rousseau, Groupe O, décédé le 10 septembre 2025.

… Pause calculée ...

- Une de mes enquêtes. Le corps a subi des prélèvements d’organes non déclarés et ensuite il a disparu entre la morgue et son inhumation.

Elle planta son regard dans le sien.

- Ça vous dit quelque chose ?

- Absolument pas, répondit-il, sans sourciller.

Clara enchaîna.

- Jonathan Morel, Groupe B+, décédé le 14 mars 2023. Son cœur était cliniquement parfait.

Un micro-frisson traversa l’air. Leroy détourna les yeux.

- Je ne répondrai pas à des attaques émotionnelles.

Marc hocha la tête. Il sortit lentement le carnet noir, le posa sur la table.

- Reconnaissez-vous cet objet ?

Le regard de Leroy glissa dessus. Une fraction de seconde. Suffisante.

- Des notes professionnelles. Hors contexte.

- Très bien. Parlons logistique.

Marc posa un second objet : l’agenda rigide de Leroy. Pages saturées d’annotations et de symboles.

- Celui-ci aussi vous est familier ?

- Mon agenda n’a aucun lien avec ces accusations.

Marc l’ouvrit, le feuilleta avec application. Arrêt sur une page :

- “Repas confrères”. Une étoile. Vous aimez hiérarchiser, docteur ?

Silence.

Puis Clara :

- Une étoile, chez vous, c’est ce qui ne s’annule jamais, ce qui ne se reporte pas.

Marc continua :

- Tous les mois, même période, même annotation. Dîner mensuel, discret. Toujours le même cercle.

La mâchoire de Leroy se crispa.

- Des collègues pour des discussions professionnelles, tenta-t-il.

Marc sortit une tablette, afficha des photos : restaurant privé, salle fermée, visages reconnaissables.

- Lors d’une enquête sur la disparition de Léo, dit Marc, j’ai suivi Valmont. Il fait partie de vos fameux repas mensuels. Et…

Il montra les photos.

- Vous, Valmont, Vautrin, Faucher … et le préfet Delacroix.

Silence. L’air semblait se figer.

- Chaque dîner correspond à une date du carnet, reprit Marc, sélection ici, coordination là.

Clara s’approcha de nouveau.

- Ensuite, les procédures s’arrêtent, les dossiers sont clos et les morts deviennent “naturelles”.

Leroy pâlit.

- Vous n’avez rien… dit-il.

Impassible, Marc sourit.

- Si.

Il fit défiler des documents :

- Arrêtés préfectoraux, classements sans suite, refus d’autopsie, verrous judiciaires. Tous liés à des noms présents dans ce carnet. Tous établis à la demande du préfet Delacroix, un de vos collègues avec lequel vous dîniez. Une coïncidence ?

- Vous bluffez, souffla Leroy.

Clara, glaciale :

- Peut-être. Mais pas les médias.

L’écran mural s’alluma. Chaînes d’information en continu. Bandeaux déroulants :

« Un carnet noir révèle un système de sélection médicale »

« Réunions secrètes impliquant des hauts fonctionnaires »

« Le Préfet Delacroix cité dans une affaire d’État »

« Des corps de suspects découverts dans le cadre de l’enquête sur l’enlèvement du petit Léo »

Le téléphone de Leroy vibra. Encore. Puis encore.

Marc se leva.

- Ce qui était un dîner devient une réunion clandestine. Ce qui était une étoile devient un signal.

Il sortit les menottes.

- Docteur Clément Leroy, vous êtes placé en état d’arrestation pour homicides volontaires, association de malfaiteurs, trafic aggravé et dissimulation de preuves.

Les menottes claquèrent.

Leroy s’affaissa légèrement.

- Je veux voir mon avocat… murmura-t-il.

Marc et Clara quittèrent la salle.

Dehors, caméras et micros capturaient chaque mouvement. Les journalistes hurlaient, les photographes ajustaient leurs objectifs. L’information éclatait avant que l’air n'ait le temps de se poser.

Marc observa la scène par la fenêtre, puis se tourna vers Clara.

- Avec les agendas, on a le rythme, avec les photos, on a le cercle et avec la fuite des informations, on a la pression.

Clara acquiesça.

- Et avec lui… On va atteindre le sommet du réseau.

La chasse venait de changer de nature. Elle avait maintenant une cible politique clairement identifiée.

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