Episode 100.1 - La cuisine des démons
Faustine
Les au revoir, c’est pas mon truc. C’est peut-être pour ça que je ne peux pas clamser.
Les bonjours non plus, pour être franche.
Quand l’autre dame blanche s’est ramenée sur Great Harbor avec pas loin d’une demi heure de retard, j’ai bien failli lui coller mon poing dans les côtes. Et au même moment, je l’ai imaginée s’éclater, comme une babiole en cristal, dans ce bruit fantasmé de neige osseuse. Alors j’ai ravalé toute l’impatience dont je m’étais gonflé les crocs, à faire les cent pas sous les étoiles comme un maton… Gardienne de ma propre prison.
Truc étrange : cette colère, c’était la mienne. Pas un relent lointain qui me remonterait des boyaux comme un lait mal digéré. Pas une pulsion bouillante. C’était même décevant que ça s’essouffle aussi net. J’étais pas loin de me dire que Cerise avait déteint sur moi. J’étais carrément calme et posée en balançant à Alecto mon surplus de sale humeur :
— Si c’était pour me faire poireauter, fallait peut-être attendre pour me sonner !
— Sorry, Puppy. Tu étais occupé, peut-être ?
Elle a demandé ça comme si j’avais aucune vie en dehors de déboîter des tronches. J’ai bombé le torse et surjoué la rage qui m’avait laissé une sorte de vide dedans.
— Bah oui, figure-toi. Je taillais le bout de gras avec ma sœur. ‘Fin, pas littéralement, tu me suis ? J’ai dû me tirer pour ta belle gueule et, t’as de la chance, j’étais à deux doigts de me barrer dans la jungle pour de bon.
Assez loin de la vérité, suffisamment vrai pour qu’elle sente que faucher en son nom, au nom de Fate, je le fais parce que je veux, pas parce qu’on me l’impose.
Pour moi, c’est juste un sport quotidien.
Je pourrais très bien déboyauter ailleurs. Des grenouilles ou autre chose. Et pas pour servir sa Justice.
Vaste blague, ça aussi. Le concept universel ne pèse le juste que pour les uns. Toujours. Si vrai que l’on chasse les fantômes à grands coups d’exorcisme ; si vrai que, partout où sévit un voleur, il y a toujours un con pour réclamer qu’on lui coupe la main ; si vrai qu’un dogme vieux de mille ans prévaut sur le « non » d’aujourd’hui ; si vrai qu’on a hypothéqué la nature et tout ce qui y vivait…
La justice des vivants nie les morts.
La justice des riches nuit aux pauvres.
Celle des dieux broie des hommes.
Celle des hommes prive les bêtes.
Et la justice des monstres… elle n’existe pas.
La Justice est le Monstre.
Je remue mes idées en marchant dans ses pas. Sans faire gaffe au chemin.
Tulpstad, à la tombée de la nuit, ça n’a plus rien à voir avec l’espèce de marché aux fleurs géant qui colore les rues, une échoppe après l’autre, du matin jusqu’au soir. À cette heure, tout agresse les sens. Les pavés cabossés s’ouvrent sur de grandes flaques de couleurs, reflets des néons par dizaines. Des fumées d’herbe remontent des bars en sous-sol. Et si une ruelle échappe à l’odeur du cannabis, c’est juste parce que celle du sexe y est plus forte. La chair en vitrine y fait son show non-stop. Plus de peau nue que de dentelles. Lady Alecto s’arrête pour en jauger une. Un coup d’œil vers moi : elle espère se moquer, me trouver gênée. Mais non. Je vois à peine les corps dont la lumière rouge a lissé tous les stigmates. À cause de Roxane, je suis obligée de demander :
— Si elle arrête de se trémousser, elle explose ?
— Don’t be silly ! pouffe la dame blanche. Ce n’est pas la vieille ville. Ici, il n’y a que de fières auto-entrepreneuses qui payent elles-mêmes leur loyer.
— Parle pour toi… Personne ne veut vraiment faire ça.
— Toi, ne parle pas pour elles. Si on leur donnait le choix entre leur besogne et la tienne, je mets ma main à couper qu’elles resteraient à leur fenêtre.
J’ai comme l’envie de péter une vitre pour poser la question. Mais je me retiens. Parce que je sais aussi que, ce que je fais, personne d’autre ne peut le faire. Personne d’autre n’en rêve, encore moins n’en exulte. Je suis chez moi dans la nuit, à l’heure du crime et des fantômes. Ça, Lady Alecyo le sait encore mieux que moi. Elle nous fait zigzaguer entre les canaux, entre des portes dérobées et à travers des passages souterrains, juste pour que l’on s’imprègne un peu mieux des effluves de l’obscur. La connaissant, elle allonge le trajet de tours et de détours dans l’espoir de m’embrouiller.
Trop d’efforts inutiles ! Rien ne me tord mieux les méninges que l’écho de ma propre tête.
Je sens les souffles sans les mots. Tout ce qui vit dessous mais s’est tû pour un temps. Boudée par les moi qui en temps normal se tapent dessus et se disputent mes décisions, tout pue la solitude. Et cette connasse semble éternelle.
— C’est là.
Lady Alecto ouvre le portillon d’une maison tout ce qu’il y a de plus bourgeois, au jardinet orné d’immondes sculptures de coquillages. Le comble du kitsch, c’est la boîte aux lettres : camouflée à l’intérieur d’une palourde géante, sertie d’éclats de nacre qui forment le nom “Sælus”.
— C’est pas une famille nombreuse, au moins ? J’suis pas d’humeur à saigner en série…
C’est vrai que d’habitude Ginger s’assure de m’assommer avec un topo à rallonge. Je crois que je préfère encore ça au silence sournois de notre cheffe de meute.
— La vie est une ombre qui passe, un pauvre acteur qui se pavane une heure sur scène, puis qu’on cesse d’entendre.
Je crois deviner Shakespeare. Luna le citait comme d’autres ressortent des proverbes tibétains. Le temps de déclamer sa tirade, on a gravi le perron aux colonnes torsadées ornées de coquilles du même genre, et Lady Alecto me pousse, trop en douceur, dans le hall exigu, aux murs étouffés de moquette. Ça me prend à la gorge.
Puis, ça me frappe. Comme une fausse bonne idée. Alecto, c’est la moquette faite femme : duveteuse à outrance, chaleur capiteuse. Au-delà des motifs baroques, des siècles et des siècles de poussière glissée sous le tapis. Derrière l’illusion du luxe cozy, des pans et des pans de lambris mal isolés.
C’est une putain de stryge grimmée en labrador.
Mes mots dégueulent d’instinct.
— Tes belles paroles, tu peux te les coller où je pense ! Ma sœur a failli y passer et j’devrais être près d’elle plutôt que dans cette piaule. Elle aussi, tu vas me dire que son heure sur scène est finie ? Mais tu connais rien d’elle, de moi ou de ce que veulent les gens, les vrais, pas ceux qui fument pour se donner l’air dur. Tu crois que t’es qui en fait ?
— I’m just like you… une pauvre âme qui craque sous le poids d’un trop grand pouvoir.
L’art de tout tourner en drame, encore une chose que la dame blanche partage avec ma sœur.
— Sois tranquille, Darling, dit-elle en allumant la cigarette qui sert juste d’accessoire à son personnage. Aujourd’hui, plutôt que de vous salir les mains, je vous propose de les mettre à la pâte. Avance, Ginger t’attend au fond.
La lady reste adossée au cadre de la porte ouverte. Fumée blanchâtre sur fond de nuit sans lune.
— Et toi, tu restes là ? Tu comptes nous laisser tout le boulot, même si y a pas de mort ?
— Qui a dit qu’il n’y aurait pas de mort ? lâche son sourire carnassier. Les cadavres pleuvront… mais, pour l’heure, nous amassons les nuages.
Il y a de la lumière au bout du couloir étriqué. Encore plus étouffant que la moquette d’entrée, avec ses murs blindés de cadres massifs, leurs moulures saillantes. Un piège de bois et de verre qu’on croirait voir se refermer à tout moment.
Si grande que soit la bouche, je n’ai pas peur des morsures. Je m’attarde, juste pour narguer Alecto, glisse les yeux de visages découpés en visages découpés… Même en vrai, je m’intéresse pas assez aux gens pour être bonne à la reconnaître. Alors en photos mutilées… C’est juste une intuition : ces personnes-là sont mortes, peut-être par ma main, et je viens de mettre les pieds dans l’antre de la stryge. Chez elle.
À voir les fleurs de moquette encore apparentes sur les bouts de murs vides, c’est limpide : Fate a encore du travail à abattre.
La lumière est toute proche, la blancheur aveuglante dans la pièce du bout. Mon bras tendu la chasse, mes pupilles trouvent refuge dans l’ombre. Un énième cadre dans mon angle mort, plus petit que les autres. Une femme dans la trentaine, cheveux noirs frisés, le visage encore intact. Je me fous de qui c’est, je sais seulement qu’elle va crever. Aujourd’hui où plus tard ? Pour ce que ça change…
Une main d’os et de velours grimpe à l’assaut de ma nuque.
— Hey, Puppy, tu ne me fais pas confiance ?
Bizarrement, si. Une infime part de moi croit en ce qu’elle débite et en ce que l’on fait. Pour le reste, Lady Alecto n’a pas les armes pour m’effrayer. Rien de comparable à mon ange de la mort.
— J’aime juste pas la clarté.
— Ça tombe bien, nous n’avons ici que de sombres desseins.
Poussée par sa douceur horripilante, je fais un pas en avant, cligne des yeux, expulse une flopée de larmes encore baignées d’obscurité. Mes rétines n’ont pas le temps de digérer le blanc criard des spots. De l’autre côté de l'îlot central, Ginger me lance un truc rose.
— Jamais d’la vie j’enfile ce tablier.
— Tu vas l’enfiler, Rain, and quickly. Nous n’avons pas toute la nuit.
Je ne comprends pas bien ce qu’on fout là, apprêtées comme des serveuses de cupcakes au milieu d’une cuisine – et de la nuit, aussi. Dans cette pièce-ci, tout est trop lisse, trop neuf, trop brillant de propreté. On voudrait planquer la saleté qu’on ne trouverait même pas où la fourrer. C’est le pire endroit possible pour saigner quelqu’un. Si blanc, si net. Même une mouche, rien qu’en se posant, laisserait une empreinte visible à plusieurs mètres.
— On va faire un putain d’gâteau ou bien ?
Lady Alecto étire un sourire vorace.
— Oh no, Rainy. Pas un vulgaire gâteau, un authentique crumble aux pommes.
Une partie de moi a compris bien avant que Ginger ne soulève un gros cageot de pommes rouges, luisantes, un délice même pour les rétines.
— Des pommes de Pantar, hein…
— Je constate que notre Rainy s’y connaît. En aurais-tu déjà goûté ?
— Pas de celles-là.
La pâtisserie, ça vide la tête, ça me détend. Si j’en avais eu la moindre idée, j’aurais proposé à Cerise de l’aider en cuisine, plutôt que de lui piquer un fruit en partant tuer le temps – et d’autres choses – dehors. Peler, découper, écraser, émietter. Faut croire que, depuis tout ce temps, je fais du crumble sans le savoir !
Mais, forcément, Ginger ne peut pas s’empêcher de foutre en l’air mon instant de quiétude avec ses potins :
— Eh Smoothie, tu te rappelles notre discussion de la dernière fois ? Vas-y, demande un peu à Alecto comment on s’est rencontrées.
— Ça ne m’intéresse pas.
— Allez, sois pas timide ! Je parie que ça va t’amuser.
J’explose un fruit à pleines griffes, histoire de lui rappeler comme ma patience est maigre, du genre à jeûner plus d’un jour sur deux. Notre cheffe de meute n’a pas dû piger le message, parce qu’elle prend les devants :
— Pour te le narrer en bref, dear Rain, notre belle collaboration a débuté par une prise d’otage.
Je hais son silence, plus profond qu’il ne l’est. J’ai horreur des stratagèmes dont elle use pour titiller le peu que j’ai de curiosité.
— Bah vas-y, lâche-toi. Pourquoi t’as pris Gin en otage ? À cause de son fabricant ?
— Les cyborgs n’ont pas de “fabricant”, me reprend la concernée. Des chirurgiens, à la rigueur. Mais figure-toi que c’est moi qui ai pris notre lady en otage.
— Ah. J’connais pas la famille Sælus. Ce sont des gens importants ?
— Assez importants pour être conviés à la garden party des Orsbalt, se vante la stryge en brandissant fièrement l’holo-carton en question. Puisque nous avons réveillé ton plus joli défaut, je ne te ferai pas languir, Puppy. Ginger m’est tombée dessus alors que je me promenais hors des sentiers recommandables. Elle voulait m’échanger contre le haut militaire qui a tué son… chirurgien. Seulement, jamais Lord Orsbalt et ses pairs n’auraient consenti à envoyer au casse-pipe l’un des architectes de la Pacification. Alors, Ginger et moi avons passé un accord.
— Lady Sælus est parvenue à briser ses chaînes. Elle est plus forte qu’il n’y paraît... Mais au lieu de s’enfuir, elle m’a proposé un marché. Si je lui prêtais mes talents pour renverser le régent de l’archipel, alors j’aurais le champ libre pour exterminer autant de pacificateurs que je le souhaiterais.
— Donc la lady se rêve régente, et toi gardienne de l’ordre.
Je croque un morceau de pomme, pur réflexe d’agacement. Ginger et Alecto se dédouanent à tour de rôle.
— C’est plus complexe que ça. Je te l’ai dit, je rêve d’un monde où tous puissent sortir en plein jour : les cyborgs, les psykos et même toi. Qui le dirigera, ça m’indiffère.
— Quant à moi, une fois la Justice rendue, j'ai pour projet de disparaître.
Tout mettre à sac et disparaître. J'envie l’ambition d’Alecto. Mais quand ? Quand être sûre qu'on a suffisamment brisé de codes, de cases, de cages pour pouvoir sortir de scène ? À moins peut-être de mettre en pièces la scène elle-même, d'en fracasser les planches et de brûler le rideau.
Cette stryge, quelque chose me dit qu’elle aime trop jouer son rôle pour pouvoir démolir son théâtre. Donc elle a besoin de moi.
Le crumble est au four. Son parfum chaud et beurré me ferait presque oublier l’ennui propret de cette cuisine. Je dévore le dessert à pleines narines, parce que le manger vraiment me ferait trop de nœuds à l’estomac. Juste un coup de crocs tout à l’heure, et mes intestins se tordent dans des directions pas probables. J’ai beau être increvable, Adoria m’a déjà appris à ne pas abuser du poison. Le truc bien, c’est qu’au moins je suis sûre que Feng m’a toujours filé des pommes de première qualité, sans un pépin de cyanure. Une vraie amie !
Quand trois coups frappent à la porte d’entrée, le minuteur surenchérit avec une sonnerie stridente. Ginger saute de son siège.
— Ah ! Les voilà enfin.
Un aller-retour plus tard par la galerie de portraits sans visages, la cyborg revient dans la lumière avec un drôle de trio. Clair a enfin ramené sa gueule d’elf. Sûrement que, massacrer des pommes, c’est trop pour sa mythique empathie ! Un autre type l’accompagne, avec les cheveux longs et verts, un jogging moulant, une dégaine de paumé. À eux deux, ils tirent le corps ligoté mais trop en vie, tout gesticulant, d’une femme qui les insulte sous son baillon. Il me faut trente secondes pour la remettre. La femme de la photo. Celle qui, d’ici l’aube, faut croire, n’aura plus de visage.
— Faites asseoir notre invitée, commande Alecto.
Et les garçons obéissent. Ils font ployer ses genoux et, pendant que Gueule-d’elf braque son harpon entre ses deux yeux, l’autre blaireau l’attache à une chaise de l’ilôt, si haute que ses petits pieds ne touchent même plus terre.
— Tu dois être Enkidu, susurre Alecto en s’approchant de Tignasse-d’épinard. D’après les dires de Ginger, tu aurais déjà trompé la seringue de Gilgamesh. Comment ?
Il est plus âgé que nous tous. Trente ou trente-cinq ans, et l’éclat sombre dans les yeux, typique des bêtes des Enfers. Il les a traversés neuf ou dix fois, à la nage plutôt qu’en barque. Pourtant, je ne le sens pas. Ce type a quelque chose de nuisible.
— Et tu dois être la fameuse Alecto, minaude-t-il. Eh bien… j’ai senti l’intention, et j’ai vu sa couleur. En fait, je l’ai vu, lui. Je connais la vraie teinte de Gilgamesh, je pourrais la reconnaître entre mille.
Il a glissé la main sous ses cheveux, découvert un instant son oreille à la pointe mutilée. Encore une connerie d’empathe ! Encore un qu’une putain de nuance imaginaire empêchera de finir le boulot.
— Et comment déniches-tu les Succubes ? Clair n’est jamais parvenu à définir leur couleur.
— Dans un… salon de beauté. Mon travail me donne accès à… l’intimité de certaines. Mais à moi seul, je ne peux pas… tout nettoyer.
— Be welcome. Ainsi, nous sommes au complet. Fate, cette nuit nous accueillons notre cinquième organe : Enkidu. Enkidu, voici Fate : Ginger, notre cyborg de génie, Clair, l’artiste du macabre, et enfin Rain, le monstre le plus miséricordieux que l’on connaisse. Soyez une équipe, comptez les uns sur les autres. Notre corps divin a besoin de tous ses organes pour accomplir ses prophéties.
— Et l’autre là, c’est qui ?
Ma griffe pointe l’invitée. Tout le long des tirades et des politesses, elle n’a pas cessé de se débattre sous ses liens.
— Pour ce soir, cette charmante Succube sera notre goûteuse.
Succube ? Comme un démon séducteur ? Y a un truc qui m’irrite.
— Gin. T’as bien dit que, dans ton monde idéal, tout le monde serait libre, non ? Pourquoi pas la démone ?
— Tu te méprends, Deary, souffle Lady Alecto dans une caresse glaciale. Les Succubes, c’est ainsi que l’on nomme les descendantes des plus infâmes sorcières ; une secte aussi vieille que les premières pierres de cette ville. Ses fanatiques sont persuadées qu’en ingérant du sang de belle, jeune et noble appartenance, elles s’assureront la jeunesse éternelle. Alors, elles entrent aux services des familles fortunées, jettent leur dévolu sur la pauvre héritière la plus manipulable et lui promettent l’amitié la plus loyale en échange de saignées quotidiennes. Vois-tu, Rain, ma mère est décédée sous les morsures de ces vampires. Avant de renverser l’Ordre, je dois m’assurer qu’aucune goule perfide ne gangrénera nos utopies.
Venant d’elle, c’est bien le vampire qui se fout de la banque du sang !

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