Chapitre 36 :

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Après l’attaque, la situation de Laurène avait changé radicalement. Elle était passée de prisonnière restreinte à une sorte de déesse respectée. Cependant les ennemis gardaient la tête sur les épaules. Luc la suivait toujours partout à quelques exceptions près. Il ne lui lâcherait pas la grappe, par sécurité. Heureusement, elle n’était plus considérée comme une paria donc cela allait. Ils avaient de l’espoir, de la faire changer de côté afin d’obtenir l’avantage. L’adolescente quant à elle, continuait ce qu’elle entreprenait : gagner leur confiance. Laurène savait précisément son but, donc elle ne lâcherait pas. Pas maintenant.

Laurène émergea doucement, elle fixa son bras meurtri puis se leva pour écarter les rideaux. La Liée ne parvenait toujours pas à se sentir mieux, chanceuse. Elle dormait mal, se réveillait toutes les heures quasiment. La torture ne se décollait jamais d’elle, de sa peau, de son esprit, de ses rêves. Chaque nuit, Laurène revivait les pires moments, les pires douleurs, les pires pensées d’agonies. Elle avait tenté de s’y préparer tant bien que mal mais elle n’arrivait pas à maîtriser ses crises de panique. Luc lui avait proposé des somnifères mais Laurène s’y refusait, à la place, Ignisaqua utilisait le partage afin de la calmer. Mais sa panique était telle que cela ne pouvait qu’atténuer et non annuler. Résultat, elle dormait peu.

Elle cligna des yeux, éblouie par la lumière de 8 heures. Elle s’effondra assise au bord du lit, le réveil compliqué. L’adolescente sécha une larme en pensant à Aaron et à ses amis. Laurène savait qu’elle n’avait pas le droit de se laisser porter par ses émotions.

« J’ai parlé à Aquaventus. »

Laurène releva la tête même s’il ne se trouvait pas en face d’elle. Elle tourna la tête vers la fenêtre puis se rappela que c’était improbable si jamais Aaron venait. Puis… il ne fallait pas qu’il revienne !


« Vraiment ?! »

« Oui, vraiment. »

« Igni… que lui as-tu dit ? Il faut faire attention. On ne peut pas prendre la peine de mettre Aaron en danger. »

« Laurène, Aaron est prêt à tout pour toi. Tu en es consciente, j’espère ? », l’alerta son dragon.

« Tout ce que je veux, c’est le retrouver en un seul morceau ! On ne peut pas l’entraîner dans cela. »

« Tu sais autant que moi qui il est ? », s’assura Ignisaqua qui commençait à en douter.

« En l’occurrence non, il ne me l’a jamais dit. »

« Lau… », soupira Ignisaqua.

« Je l’ai juste deviné. Oui il fait partie des trois personnes et c’est justement pour ça que je ne veux pas l’embarquer dans mes péripéties ! Il en aura assez lui-même à un moment, je suppose. »

« Mais quoi qu’il arrive, Aaron se retrouvera dans tes péripéties. Vous êtes liés. Et pas seulement par la prophétie. Et tu en as conscience. »

« Bah moi, je ne peux pas le savoir puisque tu ne me dis rien. Tu en sais beaucoup sur la prophétie et pourtant, tu me laisses patauger. »


Ignisaqua tenta de se justifier mais Laurène coupa court à la conversation, agacée. Elle estimait être restée suffisamment patiente. Elle refusait désormais de faire des choses sans connaître et comprendre la situation. Et là, elle ne comprenait rien. Elle tentait donc de grappiller la moindre information.

« J’ai fait passé ton message à Aaron. », l’informa Ignisaqua.

« Merci. »

« Je lui ai transmis un autre message à ton nom. »

« Pardon ? Je ne savais pas que tu t’appelais Laurène Maguy, maintenant. »

« Il veut juste te dire qu’il ne te laissera jamais tomber. Et qu’il fera tout pour que vous vous retrouviez. »


Le cœur de la jeune fille se serra. Evidemment qu’elle souhaitait le retrouver ! Puis, elle sentit un peu coupable. Laurène avait passé des semaines à penser à Aaron mais l’idée de laisser un message à son frère ne lui avait même pas traversé l’esprit ! La jeune fille laissa son poing cogner contre le matelas… elle se rattraperait avec son frère ! L’adolescente s’habilla et descendit les escaliers tel un félin.

– Surtout fais moins de bruit, hein. Tu cherches à ne pas être vue ou quoi ? demanda Luc.

– Salut, lâcha la Liée.

Elle saisit la carafe de chocolat et le versa dans un bol. La famille Lawrence avait vite compris qu’elle ne carburait pas au café alors la mère de Luc avait pris l’habitude de lui préparer un chocolat chaud maison. Sans vraiment savoir pourquoi, ça la réconfortait dans un sens.

Le Dresseur la fixa étrangement. Le jeune homme lui laissait plus de liberté ayant confiance en elle. Il recherchait plus son amitié qu’autre chose. Il avait senti qu’elle ne le détestait pas et il avait cruellement besoin de quelqu’un qui l’appréciait pour de vrai. Laurène n’était pas comme les autres pour Luc. Elle n’avait pas baigné dans le même milieu que lui et les autres. Et c’était pour cela qu’il l’appréciait : elle ne le voyait pas comme le petit soldat chouchou et parfait du doyen. Elle voyait un idiot sympathique. Il se contenterait de lui montrer qu’il n’était pas un idiot. Plus les jours passaient, plus il savait qu’il avait besoin de son amitié. Laurène releva sa tête puis fronça les sourcils.

– Quoi ?

– C’est juste que… fin, bégaya-t-il. Est-ce que ça va ? Je m’inquiète pour toi.

– Pourquoi t’inquiètes-tu pour moi ?

– Bah… tu es hyper chiante quand tu t’y mets, mais tu es cool aussi. Genre je t’apprécie bien donc je veux pas que ça aille mal pour toi. Enfin… voilà…

– Je vais mal depuis que je suis ici. Mais là, depuis la bataille, je me sens un peu mieux.

– On ne dirait pas pourtant. Tu ne dors presque pas, Laurène. C’est inquiétant. Tu dors peu et tu fais des cauchemars… je veux juste te montrer que si ça neva pas…

– C’est juste le traumatisme, trancha la jeune fille, plus sèchement qu’elle voulait. Mais je vais mieux… c’est juste que vous m’accordez tous trop d’attention, trop d’amitié, ça fait mal. Ça fait peur.

– C’est-à-dire ?

– Bah… Tu t’inquiètes pour moi comme si je représentais quelque chose d’important alors qu’on est juste amis. Mes amies, Aaron… ils m’aimaient tellement… et tout ce que j’ai su faire, c’est de les trahir. Même pas en face. Comme une putain de lâche.

– Tu regrettes ton choix ? s’enquit Luc les yeux brillants.

Le jeune homme s’étonnait de se rendre compte qu’il redoutait la réponse. Il sentait qu’il serait triste à l’idée que Laurène l’affirme.

– Pas vraiment. Déjà juste mon frère jumeau me manque. Je n’ai jamais été séparée de lui avant. Pas comme ça. Puis… c’est juste que je n’ai pas l’impression d’être digne d’eux et de leurs sentiments, c’est tout ! J’ai l’impression que je ne serai jamais digne pour quelqu’un.

La Liée n’osait même pas le regarder. Elle ne savait pas pourquoi elle s’était confiée à lui, elle qui ne disait rien sur ce qu’elle ressentait. Peut-être le surplus et l’illusion qu’il ressemblait à ce qui se rapprochait le plus d’une personne de confiance. Elle releva doucement la tête afin de voir son camarade. Luc se mordilla la lèvre en se levant. Il tira la chaise pour s’asseoir au côté de Laurène. Quelque peu gêné, il attrapa quand même sa main. L’adolescente fut étonnée par sa douceur, mais elle se fit surtout violence pour ne pas la retirer. Luc restait un ennemi et il lui fallait du temps pour supporter son touché dans les moments qui n’y nécessitaient pas. Comme actuellement.

– Écoute… je ne peux pas prétendre comprendre ce que tu ressens. Cependant… j’ai eu l’habitude d’être en marge, trop différent pour eux, se confia-t-il, sa voix se brisant. Je n’ai jamais su pourquoi on me traitait différemment. J’ai abandonné de comprendre ce qu’ils attendaient de moi. Mais cette sensation de ne pas être digne de certaines personnes… je la ressens depuis toujours. Et elle ne s’est jamais arrêté.

– C’est pour ça que tu fais le bon petit soldat idiot, comprit la Liée en rencontrant son regard. Tu as peur d’eux en faite. Tu as peur de ce qu’ils pourraient te faire. Tu as peur de ne jamais être reconnu par eux, dans cette société comme une personne à part entière et non un extraterrestre.

– Je… peut-être que oui, tu as peut-être raison un peu.

– Un peu ?

– Bon, plus peut-être. Mais je n’ai pas le choix. Je n’ai que ça à faire, nulle part où aller.

Laurène mit sa main sur la sienne. Elle voyait bien que ça faisait mal au jeune homme. Son envie de partir s’accroissait mais le laisser seul comme cela la peinait un peu. Luc restait juste un gamin manipulé et torturé. Sur certaines choses, elle se reconnaissait en lui et inversement. Il n’était pas mauvais, Laurène le savait très bien.

– Fais attention à toi, OK ? Ne les laisse pas te descendre de la sorte.

– Pardon ?

– Ne me fais pas croire que tu n’as pas des moments où ça ne va pas, encore moins dans ta position. Tu ne dois pas les laisser te détruire. Tu comprends ?

Luc ne lui répondit rien. Laurène lui pressa la main en lui faisant un sourire triste. Elle songea qu’elle n’avait jamais partagé de telle discussion avec Aaron. Peut-être même qu’ils ne s’étaient jamais ouverts comme Laurène et Luc venaient de le faire.

– Tu penses à ton copain Lié ? devina Luc.

– Ce… ce n’est pas mon copain…

– Alors c’est quoi ?

– Un ami, répondit Laurène mais ses mots lui brûlaient les lèvres. Il me manque, c’est tout. J’ai eu l’habitude de passer beaucoup de temps avec lui, donc il me manque… et quelque part, j’ai peur qu’il m’en veuille.

– Je ne suis pas sûr qu’il t’en veuille. Je pense juste que… il est dans l’incompréhension. Mais… peut-être auras-tu l’occasion de lui parler et de le rallier à nous. Peut-être qu’il te suivrait.

Si elle lui avait partagé son plan, il l’aurait sûrement épaulé. Mais jamais Aaron ne serait resté che les ennemis. Après un soupir, l’adolescente se leva pour aller voir le doyen. Son ami la retint par la main.

– Quand tu auras fini avec le doyen, rejoins-moi là où on s’entraîne. J’aimerais te montrer quelque chose.

– D’accord, je serai là !

Laurène sortit de la maison pour aller retrouver le doyen. Alors qu’elle s’apprêtait à ouvrir la porte, l’adolescente entendit des voix dans la salle. Elle décida donc de ne pas signaler sa présence afin d’épier la conversation en quête d’informations intéressantes. Elle colla donc son oreille contre la porte.

– On devrait peut-être lui dire la vérité, non ?

– À qui ? À Luc ?

– À qui d’autre ? Peut-être que si on lui explique tout, il pourra nous éclairer. Peut-être qu’il peut nous aider.

– On l’a gardé mais ça ne sert à rien. Il est inutile. Ça sera encore pire. On l’a formé extrêmement bien, il reste très fort, alors si on lui dit, il risque de se retourner contre nous. Au vue de sa proximité avec Laurène, on ne peut pas risquer deux pertes en même temps.

Les adultes continuèrent à parler. Laurène s’appuya contre la porte. Luc avait raison, il n’était pas dupe du tout : on lui cachait quelque chose de bien mystérieux. Mais si la Liée comprenait bien, quelque chose qui pouvait lui ouvrir les yeux. Laurène l’appréciait assez pour espérer qu’il le découvre un jour. Il ne méritait pas d’être traité de la sorte !

Après quelques secondes, elle toqua à la porte avant d’entrer. Elle se retrouvait face aux personnes les plus influentes chez les ennemis dans ce village : le doyen, le responsables des formations et le responsable du bien-être des dragons. La jeune fille fit mine d’être impressionnée sauf qu’elle ne l’était absolument pas ! Laurène savait qu’elle pouvait les éliminer facilement, que ce soit avec eau, feu ou lumière. Elle décidait juste de ne pas les éliminer car elle avait besoin d’eux, mais après leurs propos sur Luc, la Liée serait ravie de s’occuper d’eux plus tard.

L’adolescente se posa docilement au côté du doyen qui lui embrassa la main, un sourire aux lèvres tel un parfait gentleman.

– Avez-vous bien dormi Laurène ?

– Oui très bien, mentit la jeune fille. La maison des Laurewce est très confortable.

– C’est le principal, Luc ne vous embête pas trop, j’espère ?

– Non, non. On s’entend très bien. Tout va bien, il ne me torture pas.

– Eh bien… Qui l’aurait cru ? Luc est un gentil garçon mais il n’est pas très social et ne se laisse pas approcher. Je ne pensais pas que cela serait le premier à être proche de l’élue !

– Comme quoi, tout arrive ! commenta Laurène avec une teinte de joie dans sa voix. Et donc… vous vouliez me voir ?

– Tout à fait.

Le doyen se leva avec sa canne qu’il portait depuis l’attaque. Il demanda aux autres de les laisser seuls. Il se rassit en face d’elle, l’air soucieux.

– Tu m’as bien dit que tu ne connaissais rien à la prophétie, n’est-ce pas ?

– Effectivement, mentit une nouvelle fois la Liée. Je sais juste que j’ai un rôle à jouer. Rien d’autre.

– Notre voyant, qui se trouve dans une grotte des Pyrénées nous a donné plusieurs informations qui te seront surtout intéressantes. Des informations que les autres voyants n’ont pas. Tu les veux ?

– Comment dire non ?! Je serai infiniment reconnaissante de votre part.


« Tu connais les Pyrénées ? », demanda la jeune fille, décidant de mettre de côté sa rancune envers son dragon.

« Ce n’est pas pire que l’Australie. »

« Il faudra que tu me racontes un jour, ce qui s’est passé en Australie. »


Le vieillard alla chercher des bouts de papiers qu’il déposa devant Laurène. Cette dernière regarda intriguée. Sur ces feuilles, on y voyait des dessins qui paraissaient presque préhistoriques. Pourtant, ils ne semblaient pas très vieux puisque les papiers n’étaient pas jaunis.

– Je… suis censée comprendre ?

– Non ! s’esclaffa le doyen. Mais je vais te l’expliquer. Tu dois savoir que notre voyant s’exprime plus facilement en dessinant. Cela peut poser quelques soucis de compréhension, mais généralement on s’en sort.

– Généralement ?

– Il reste toujours des parties d’ombre, c’est la vie. C’est les prophéties.

Laurène fixa une brochures avec trois bonhommes en bâton. Il y avait quatre situations : les trois mourraient, deux des trois mourraient, un des trois mourrait et personne ne mourrait. Laurène comprit que c’était en lien avec ce que la voyante lui avait révélé durant sa crise : il y avait trois personnes centrales dans la prophétie dont elle faisait partie. Elle, Aaron, elle l’avait compris sans qu’il lui dise ainsi qu’une autre personne. Laurène venait juste d’apprendre comment cela pouvait se finir. Elle pouvait mourir, cela elle s’en doutait. Mais Aaron… Non, pas Aaron, elle ne se le permettrait pas.

– Je pense que tu as compris ce que tout cela signifiait et je suis vraiment navré que cela t’effraie autant. Nous savons tous à quel point c’est dur d’être Lié et en plus une personne importante de la prophétie.

– Je n’ai plus peur de mourir, avoua Laurène. J’ai surtout peur pour les autres.

C’était surtout le cas pour le moment, elle n’avait pas peur car ses proches s’habituaient depuis presque un an à son absence. Sa mort leur ferait moins mal. Cependant si elle revenait, ses peurs s’amplifieraient définitivement.

– As-tu idée des autres de la prophétie ?

– Bah… pas trop non. Il y a tellement de monde… je n’ai jamais vraiment aimé jouer au ‘‘Qui est-ce ?’’.

– Aaron Mackenzie, peut-être ? Il est puissant et très protégé.

– Je ne sais pas, mentit encore Laurène qui dissimula sa gêne tant bien que mal. On ne parlait jamais de la prophétie. Il n’avait pas l’air au courant de grand-chose.

– Ah bon ? Pourtant sa formation a été très intensifiée de ce que l’on sait…

– Car il est extrêmement doué, plaida Laurène. C’est la personne la plus puissante et la plus douée que je connaisse, ils ont remarqué son potentiel… je pense que si vous l’avez déjà rencontré, vous l’avez senti vous aussi.

– Alors ce n’est peut-être pas lui finalement. Mais on ne peut être sûr tout de même… il pourrait t’avoir menti.

– Jamais Aaron en m’aurait menti, laissa échapper trop rapidement la jeune fille.

Il y eut un moment de flottement et Laurène se mordit la langue pour avoir laisser échapper cette phrase. Elle cherchait à protéger Aaron des ennemis en tentant de les convaincre qu’il ne faisait pas partie de la prophétie, cependant cette phrase faisait bien suspecte.

– Je peux comprendre que vous ayez des amis de l’autre côté, Laurène. Et je vous promets que si nous apprenons qu’un de vos proches fait partie de la prophétie, nous ne lui ferons pas de mal. Vous avez ma parole.

Sauf que sa parole ne valait rien, Laurène le savait bien. Néanmoins elle s’efforça d’hocher la tête. Elle devait paraître sûre d’elle.

– Aaron ne fait pas partie de la prophétie, répéta-t-elle avec conviction. En tout cas, il ne me l’a pas dit et les autres adultes non plus… je suppose qu’en tant qu’élue, j’aurais été au courant tout de même si je connaissais une autre personne de la prophétie !

– Ce n’est pas faux, reconnut le doyen les lèvres pincées. Il faudra tout de même garder ses supposions au cas où…

– Et vous ? lança Laurène. Vous avez des idées ?

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