Chapitre 63 :

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Savoir la Mère loin de lui soulageait vraiment Luc. Il se sentait libre à voler avec son père et il songeait vraiment à demander une nouvelle cérémonie dans l’espoir qu’un autre dragon serait d’accord pour se lier à lui. Luc ne voulait pas être retenu comme l’humain de l’Imposteur. Il ne voulait pas être celui qu’on estimerait être la perte de l’humanité ! Dans les virages, il sentait le bras de son père près de ses côtes au cas où il glisse par manque d’inattention. Le jeune homme s’empressa de chasser une larme de sa joue avant que son père ne la voit. Jamais son père adoptif avait pris de telle mesure pour le protéger au cas où ! Jamais !

– Nous sommes bientôt arrivés ! signala le dragon de M. Gomez.

– Merci mon ami. S’il-te-plaît, essaye de te poser loin d’eux. Je n’ai pas à être présent mais je préférerais ne pas laisser Luc seul sur l’île.

Il ne méritait pas toute cette attention. Luc avait passé sa vie sans qu’on tente de le protéger. Au contraire, on l’avait bridé, on l’avait brisé. Pourquoi Nicolas prenait-il la peine d’aider et de soutenir quelqu’un comme lui ? Nicolas avait passé beaucoup de temps à rassurer son aîné mais ce dernier peinait encore à croire que le Dresseur puisse l’aimer et être fier de lui. Le dragon de Sébastien se posa et les deux hommes purent apercevoir les fondateurs des Lignées présents. Ils ne les avaient pas vu, ils étaient arrivés dans leurs dos. Le père et le fils descendirent. Luc ne savait vraiment que faire, il aurait aimé pouvoir demander à son père de rester avec lui mais il comprenait bien que s’il ne venait pas seul, il ne regagnerait pas la confiance de son dragon. Alors qu’il fit un pas, soupirant pour se préparer à faire face à ce qui l’attendait. Soudain une main se posa doucement sur son poignet et la pressa.

– Luc, attend deux secondes avant de partir, lui intima son père.

Le jeune Dresseur n’hésita pas à se retourner vers son père. Il se sentit un moment lâche de repousser cette entrevue, mais il ne se sentait pas prêt pour tenir le poids de ses responsabilités sur ses épaules. Son père s’approcha un peu plus de lui.

– Je n’ai jamais rencontré les fondateurs des Lignées, je ne peux pas trop t’aider avec eux, mais tu dois garder la tête froide, d’accord ? conseilla l’adulte qui ne détourna pas son regard de celui de son fils. Je suppose qu’il va essayer de te manipuler et qu’il te questionnera. Ne prends pas de risque, d’accord ? Réponds la vérité ou ne réponds pas si tu le peux.

– La vérité peut mettre tout le monde en danger !

– Sauf que le mensonge peut te mettre en danger toi. Luc ne prend pas de risque. Si jamais il y a un problème, je suis là, il te suffira de m’appeler. Fondateurs ou non, je viendrais toujours à ton secours.

Luc aurait bien voulu ne pas pleurer, évidemment il n’y arriva pas. Il ne pleurait pas quand il se faisait frapper par les autres enfants au village et le voilà qui éclatait en sanglot car on lui disait qu’on tenait à lui ! Nicolas l’attira à lui. Le jeune Dresseur avait l’impression de redevenir un enfant.

– Ne prend pas de risque, répéta Nicolas à son oreille.

Luc répondit d’un hochement de tête pour répondre, sa gorge obstruée par l’émotion. Un son derrière lui, lui fit comprendre que les fondateurs des Lignées venaient de sentir leur présence. Soupirant, Luc se retourna et resta un petit moment immobile.

– Luc, quoique tu choisisses aujourd’hui, je serai toujours là pour te soutenir et je serai toujours fier de toi. Tu es mon fils.

Et il était son père. Le jeune Dresseur avançait vers la massa de dragon qui l’attendait. Le vent froid claquait contre son visage et il dut fermer les yeux parfois. Dès qu’il débarqua à proximité des dragons, ces derniers se déplacèrent afin de l’encercler. Ils l’intimidaient, ils le coupaient du monde, ils l’empêchaient de pouvoir jeter un regard à son père. L’isoler pour mieux le mettre dans sa poche ! Heureusement, la présence de Corail et Saumure le rassuraient un peu. Ils sont de tous côtés, essaya de se rassurer Luc. Si ça se passe mal, ils pourront nous aider à s’enfuir… ou alors ils me tueront pour finir cette histoire.

– Tu es venu accompagné, constata son dragon.

L’Imposteur ne ressemblait à aucun autre dragon. On lui avait souvent demandé de quelle lignée il provenait et Luc ne savait rien répondre, car il correspondait à aucune lignée. Il ne faisait pas partie des plus grands, ni des plus petits d’ailleurs. Ses écailles et ses piques étaient totalement noires, sa queue beaucoup plus longue que n’importe quelle espèce se terminait par une grosse sphère de graisse. Le jeune homme l’avait déjà vu détruit des choses grâce à elle ! Mais Luc dut contenir sa peur surtout lorsqu’il croisa ses yeux. Il se dit que depuis le début il aurait dû se douter que quelque chose n’était pas normal : les dragons avaient les mêmes couleurs d’yeux naturels que les humain, cependant les yeux de l’Imposteur étaient rouge sang. Pourquoi personne n’avait fait attention avant ?!

– Pourquoi es-tu venu accompagné ? répéta l’Imposteur qui s’avançait vers lui.

– Comment voulais-tu que j’arrive ? Par bateau ? Ça aurait pris plus de temps et je ne suis pas certain qu’il y en ait un qui dessert cette île.

Luc ne se souvenait pas d’avoir déjà entendu un rire de là part de dragon mais celui de Fournaise qui s’avançait vers lui le pétrifia un instant. Était-ce même réellement un rire ? Ce son entre une toux mélangé à un grincement de porte ne mettait pas du tout le jeune homme, cependant il se força à ne pas reculer lorsqu’elle avança et fit passer doucement sa queue le long de sa joue.

– Ton humain a l’air particulièrement distrayant, commenta-t-elle avec un sourire révélant de longue canine. Je serai ravie de te l’emprunter quelquefois…

– C’est mon humain, tu ne l’auras pas, répliqua fermement son compagnon.

La réprimande ne refroidit pourtant pas Fournaise qui fusillait du regard les autres fondateurs qui se moquaient d’elle. L’Imposteur poussa gentiment sa compagne pour être en face de Luc. Ce dernier devina bien qu’il ne comptait pas se répéter une troisième fois et que sa première réponse ne lui avait pas plu.

– Il fallait quelqu’un pour m’emmener jusqu’ici, insista-t-il. Alors mon père a décidé de m’accompagner, voilà tout.

– Ton père ? Ton père a été tué par mes hommes depuis bien longtemps pour ne pas avoir réussi à te faire sortir la vérité sur Laurène Maguy.

Luc se sentit coupable ne de rien ressentir suite à cette nouvelle. Ni douleur, ni tristesse. Rien. Il pensait que cet homme l’avait traité comme un père qui traitait son fils… peut-être n’avait juste pas la définition de traiter son fils comme Nicolas Maguy ? L’Imposteur sentait que quelque chose avait changé. Pas seulement parce que Luc et lui ne s’étaient pas entretenus depuis un moment.

– Alors c’est vrai, ton père est ici. Et comment peux-tu être sûr qu’il est digne de confiance ? Il t’a abandonné !

– Ce n’est pas vrai ! s’écria Luc qui ne pouvait pas dissimuler sa colère sur ce fait. On l’a forcé, il n’avait pas le choix ! Il a souffert pour rester en vie. Tout ça à cause de tes hommes.

Les fondateurs des Lignés reculèrent, sentant qu’ils n’avaient rien à voir là dedans. L’Imposteur fixa silencieusement son partenaire humain. Le célèbre dragon comprenait bien qu’il devait la jouer fine pour atteindre son but. Il regrettait d’avoir laissé son humain avec les autres, c’était dangereux et il pensait que Luc serait beaucoup moins influençable que ça. Cependant l’Imposteur ne connaissait pas toute l’histoire et Luc n’avait plus confiance en lui. Et cette situation faisait mal au jeune homme : il avait conscience que son dragon était dangereux, cependant il avait passé beaucoup de temps avec lui. Il avait été un réel partenaire pour lui… le seul qui le soutenait avec sa seule amie. Ils avaient souffert ensemble, un temps.

– Qui sont ces hommes ?

– Pardon ? hoqueta Luc.

– Dis-moi qui sont ces hommes qui on fait souffrir ton père et je m’occuperais du reste.

Il comptait les faire tuer, Luc le comprit. Le jeune homme fut soulagé de ne pas connaître l’identité de ses personnes. Il ne comptait pas aider l’Imposteur à tuer encore plus de personne ! Son père n’aurait pas voulu qu’on le venge, peut-être au début, mais plus maintenant. L’Imposteur s’approcha un peu plus de lui, Luc souffla pour extériorisé toute sa fébrilité, en vain.

– Luc, Luc, on peut toujours faire de grande chose ensemble, promit-il en tournant autour du jeune Dresseur. Je régnerais sur tous les dragons et tu pourras régner sur tous les humains ! Tu pourras te venger de tous les humains qui t’ont blessé ! Tu pourrais améliorer le monde…

La proposition était plus que tentante ! Luc avait tellement voulu pouvoir se venger du traitement qu’il avait reçu et amélioré la société pour les gens aussi démunis que lui… et voilà que l’Imposteur le lui proposait. Luc ne rêvait pas de tout diriger, ce n’était pas bon, ce n’était pas lui. Mais quelqu’un pouvait très bien le faire à sa place, à la fin de la guerre. Laurène ou Aaron seraient aptes, ou un adulte comme M. Gomez ! Néanmoins Luc doutait : l’Imposteur voulait sûrement quelque chose en retour !

– Tu doutes n’est-ce pas ? reprit l’Imposteur en s’immobilisant devant lui. Je pourrais te protéger ton père et toi.

– Mais il y a quelque chose en retour, n’est-ce pas ?

– Hmm, un peu intelligent mine de rien, commenta Fournaise qui se tue bien rapidement suite à un regard de Brasier.

– Luc, commença l’Imposteur. Tu dois comprendre que je ne sais pas si je peux te faire totalement confiance. J’ai besoin que tu me prouves que tu es toujours de mon côté.

– Comment ?

Luc regretta directement de s’être laissé emporté. Il s’engageait dans une pente qu’il ne pouvait pas suivre, il le sentait bien. Mais pourtant… un monde dans lequel tout irait bien et il pourrait profiter et découvrir son père l’intéressait plus que n’importe quelle autre chose.

– Je veux que tu tues Laurène Maguy.

– Quoi ?! s’exclama Luc horrifié.

– Tu la considères comme une amie, n’est-ce pas ? Mais elle ne l’est pas ! Je suis sûre qu’elle pense en ce moment même à un moyen de t’éliminer pour m’éliminer et que tout soit fini. Il faut prévoir et le faire avant qu’elle agisse.

Laurène ne ferait jamais ça et le jeune homme fut bien conscience qu’il ne devait pas avouer qu’elle était sa sœur. S’il le faisait, l’Imposteur comprendrait, il ne lui ferait plus confiance et il ne pourrait pas diriger les fondateurs des Lignées ! Le jeune homme ferma les poings et ferma les yeux pour faire le vide dans son esprit. L’Imposteur ne devait surtout pas s’apercevoir à quel point cette mission le dérangeait.

– Je sais que les humains peuvent rechigner à commettre de telle action, alors je te laisse un peu de temps, mon ami. Si d’ici la nouvelle année, je n’ai pas vent de sa mort, alors j’attaquerais sans plus attendre, que tu sois de mon côté ou pas, je suis prêt à ne pas t’épargner pour, et je me ferai un plaisir de voir tes amis mourir, sinon.

Luc ne parvenait pas à parler. Dans quoi s’était-il encore embarqué ? Dans quoi ?! Comment allait-il annoncer ça au autre ? Il ne s’attendait pas à cette proposition alors il supposait bien que son entourage ne réagirait pas mieux. Pire, que comptait lui réserver l’Imposteur quand il se rendrait compte qu’il ne s’acquitterait pas de sa tâche ?

– L’un des fondateurs va te raccompagner jusqu’à chez toi, assura l’Imposteur.

– Ne vous embêtez pas avec ça, assura-t-il. Je peux voler avec mon père, ça me fait passer du temps avec lui, et je chéris ces moments-là.

Luc avait peur qu’un des fondateurs des Lignés soient de ceux qui n’était pas encore convaincu de l’élimination de l’Imposteur. Si un d’eux l’accompagneraient, il tomberait sur Laurène et Luc puis finirait à comprendre. Pour le moment, Luc devait maintenir le doute, sa survie en dépendait. L’Imposteur n’eut rien à redire. Luc voyait bien que ça ne lui plaisait pas de ne pas avoir un de ses sbires avec son humain. Mais il savait aussi que s’il laissait Luc partir seul, le Dresseur pourrait à nouveau avoir confiance en lui. Alors le cercle des fondateurs des Lignées s’envola. L’Imposteur fut le dernier à quitter le sol, il regarda un long moment Luc avant de les suivre. Sans se retourner.

Luc resta un moment immobile, un main sur le front. Il croisa les doigts pour que tout se passe bien pour récupérer la fille du Père car il se sentait de moins en moins sûr de rallier les autres fondateurs des Lignés. Il sentit une main sur son épaule et se souvint qu’il n’était pas seul, que son père était là et l’attendait. Il se retourna pour se laisser aller dans ses bras.

– Est-ce que tu veux en parler ? murmura Nicolas à son oreille.

– Il veut que je tue Laurène, soupira-t-il contre son épaule. Il menace de lancer une attaque si je ne le fais pas avant le nouvel an… il dit que c’est pour me prouver sa loyauté et qu’il ferait de moi le chef des humains… comment on va faire ? Comment !

– On a encore du temps pour réfléchir, lui assura son père. Tu n’es pas seul, on va t’aider, Luc.

– Est-ce qu’il y a une solution ?

– Il y a toujours une solution. Parfois, on ne la voit pas dès le début, mais on finit par la voir.

Luc hocha la tête et les deux hommes montèrent sur le dragon de M. Gomez qui patientait calmement.

– Allez, oublie ça pour le moment. On va passer un bon noël et c’est l’essentiel, OK ?

– OK.

Et Luc voulait vraiment croire son père, car il sentait qu’il pouvait enfin finir par trouver sa place quelque part.

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