Chapitre 3 l'arene

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L'arène privée du souverain, une enceinte circulaire aux murs de pierre froide, semblait soudainement trop étroite pour la tension qui y régnait. Au centre, Victoria ne décolérait pas. Elle faisait les cent pas sur le sable battu, les bras croisés, laissant échapper des grognements de mécontentement et des remarques acerbes sur l'obstination de son père.

Pendant que la princesse bougonnait ainsi, Soren s'avançait avec un calme déconcertant vers le râtelier d'armes massif qui avait été installé à son intention. Il la laissait s'agiter, son esprit déjà focalisé sur l'affrontement à venir. Ses yeux balayaient méthodiquement le bois et l'acier mis à sa disposition : épées longues, lances effilées, masses d'armes pesantes et boucliers de métal. Pour n'importe quel autre guerrier, ce choix aurait été crucial, mais pour lui, ce n'était qu'une question de circonstance.

Il s'arrêta devant le présentoir, sa main gantée de cuir survolant les différentes gardes. Il ne cherchait pas l'arme la plus puissante, mais celle qui lui permettrait de garder Victoria dans son champ de vision tout en tenant les dix condamnés à distance. Le silence de Soren, contrastant avec les plaintes de la princesse, pesait lourdement dans l'arène alors qu'il s'apprêtait à sceller son choix.

Soren ignora les boucliers massifs et les lances encombrantes qui auraient réduit sa mobilité. Ses mains se posèrent avec précision sur deux épées à une main, des lames d'acier noir au fil redoutable. Il les retira du râtelier d'un geste fluide, les faisant tournoyer brièvement pour en tester l'équilibre. Le sifflement de l'acier fendant l'air fit brusquement taire les récriminations de Victoria, qui le fixa, les yeux écarquillés.

Avant de se mettre en position, il leva les yeux vers l'estrade royale où le souverain et Virnax surplombaient l'arène, le regardant avec une curiosité mêlée de mépris.

— Majesté, demanda Soren d'une voix qui porta sans effort jusqu'aux tribunes, quel est le sort de ces hommes ? Dois-je simplement les neutraliser ou mon acier doit-il abréger leurs jours ?

Le Roi, surpris par ce sang-froid, échangea un regard avec son conseiller avant de répondre d'un ton impitoyable : — Ce sont des condamnés, Monsieur Vaine. Leur vie n'appartient plus qu'à leur capacité à vous vaincre. Faites ce qu'il vous plaira, tant que ma fille reste indemne.

Soren inclina brièvement la tête en signe d'assentiment. Il se tourna alors vers Victoria et se posta devant elle comme un rempart infranchissable, les épées croisées devant lui. La princesse, cessant enfin de bougonner, recula d'un pas, saisie par l'aura de mort qui émanait soudainement de son protecteur.

La première herse s'éleva dans un cri de métal supplicié. Le colosse s'élança, faisant tournoyer sa masse cloutée avec une force brute capable de briser un tronc d'arbre. Dans un rugissement, il abattit son arme vers le crâne du protecteur. Soren ne broncha pas jusqu'au dernier instant. D'un pivotement fluide de la hanche, il laissa l'impact mordre le sable à quelques millimètres de sa botte et, dans le même mouvement, sa lame droite jaillit comme un éclair. L'acier trancha net les tendons du poignet de l'agresseur, désarmant le géant avant même qu'il ne comprenne sa défaite. Une seconde plus tard, sa lame gauche se logeait avec une précision chirurgicale sous le menton du condamné, mettant fin au premier duel en un souffle.

— Restez dans mon dos, murmura Kyle sans même se retourner, alors que trois nouveaux prisonniers surgissaient.

Ceux-là étaient plus vils, cherchant la faille. Ils se séparèrent pour encercler le duo. L'un d'eux, armé d'une dague effilée, tenta une percée latérale pour atteindre la robe de Victoria. Soren réagit par une volte-face éblouissante. Il écarta l'attaque d'un revers de lame et, utilisant l'élan de son adversaire, il le projeta violemment contre le deuxième assaillant qui arrivait de face. Tandis que les deux hommes s'écroulaient, le troisième tenta de frapper dans le dos du guerrier. Sans le regarder, Soren bascula son corps en arrière, laissant passer la lame dans le vide, puis faucha les jambes du traître d'un coup de pied circulaire avant de l'achever d'un coup de pointe inversé.

Victoria, haletante, sentait le souffle des lames passer près d'elle, mais Soren bougeait avec une telle économie de mouvement qu'il semblait être partout à la fois. Il n'attaquait pas seulement ; il déviait chaque trajectoire qui menaçait la princesse, transformant son corps en une barrière d'acier infranchissable. Alors que les corps des quatre premiers gisaient sur le sable, la grande grille vomit les cinq suivants. Ils arrivèrent en meute, conscients que seule la coordination pourrait briser ce rempart d'ombre.

Les cinq derniers condamnés s'élancèrent d'un seul bloc, mais trois d'entre eux se détachèrent de la meute avec une rapidité vicieuse, fonçant droit sur la jeune fille. Prise de panique devant ces lames qui convergeaient vers elle, Victoria se replia brusquement, ramenant ses genoux contre sa poitrine et plaquant ses mains sur sa tête dans un réflexe de terreur pure. Elle restait là, figée dans cette position vulnérable, attendant l'impact. Mais Soren fut plus prompt.

D'un bond athlétique, il se projeta au-dessus d'elle, ses deux épées s'entrecroisant dans un fracas d'acier étincelant. Il bloqua les trois lames ennemies à quelques centimètres seulement de ses bras levés. Maintenant l'effort face à la pression combinée des trois hommes, il baissa brièvement les yeux vers la princesse ainsi protégée.

— Cette position me donne une impression de déjà-vu, n'est-ce pas, Princesse ? lança-t-il avec une ironie glaciale, rappelant l'attaque du matin.

D'une poussée herculéenne des épaules, il repoussa les trois armes d'un coup sec, envoyant les assaillants basculer à la renverse dans la poussière. Sans leur laisser le temps de se reprendre, il pivota avec une fluidité inhumaine pour faire face aux deux derniers qui arrivaient dans son dos, ses lames fendant l'air dans un sifflement mortel.

L'estrade royale était plongée dans un silence stupéfait, seulement rompu par le souffle court du souverain. Le Roi se pencha en avant, ses mains agrippant les accoudoirs de son trône sculpté.

— Regardez cette puissance, Virnax... murmura-t-il, les yeux brillants d'une fascination mêlée d'effroi. Il a contenu la charge de trois hommes tout en protégeant ma fille d'un seul mouvement. Sa force physique dépasse l'entendement pour un homme de son âge.

Le conseiller, bien que visiblement décontenancé, ne put s'empêcher de hocher la tête, le regard rivé sur la silhouette de Soren qui dominait encore Victoria.

— Sa réputation de Vaine ne semble pas usurpée, Majesté, admit Virnax d'une voix traînante. Ses mouvements ne sont pas ceux d'un simple garde ; il y a une précision chirurgicale, une économie de geste que l'on ne trouve que chez les légendes. Mais restons prudents... la meute n'est pas encore vaincue.

Sur le sable de l'arène, la réalité reprit ses droits. Le combat était loin d'être terminé. Les trois hommes repoussés par Soren se redressaient déjà, crachant de la poussière et resserrant leur prise sur leurs armes, la rage au ventre. Derrière lui, les deux derniers condamnés entamaient une manoeuvre d'encerclement, leurs pas feutrés glissant sur le sol. Soren, les sens en alerte, sentit la menace se refermer. Il ne quitta pas sa position au-dessus de Victoria, ses deux épées pointées vers l'extérieur, prêt à transformer cette démonstration de force en une exécution méthodique.

Les cinq derniers condamnés formèrent un cercle menaçant, la poussière de l'arène collant à leur peau transpirante. Victoria, refusant de rester une cible au sol, s'était relevée d'un bond pour se coller dans le dos de son protecteur.

Soudain, deux prisonniers chargèrent Soren de front avec une fureur sauvage. Alors que l'un d'eux semblait viser le torse du guerrier, il effectua une feinte brutale au dernier moment, pivotant sur lui-même pour tenter d'atteindre Victoria sur le côté. Sans une once d'hésitation, Soren lâcha ses deux épées qui s'enfoncèrent dans le sable. D'un mouvement d'une rapidité foudroyante, il projeta ses mains en avant et empoigna fermement les avant-bras des deux agresseurs.

Avant qu'ils ne puissent réagir, deux dagues jaillirent de ses manches, dissimulées jusqu'alors. D'un geste sec, précis et parfaitement synchronisé, il trancha la gorge des deux hommes. Leurs corps s'affaissèrent lourdement tandis que Soren, dans un mouvement fluide, récupérait déjà ses épées plantées au sol. Il se remit immédiatement en garde, le regard fixé sur les trois derniers condamnés qui reculèrent d'un pas, terrifiés par cette démonstration de maîtrise absolue.

Alors que Soren se préparait à s'occuper des trois survivants, un fracas métallique assourdissant retentit. Sans attendre l'ordre du souverain, Virnax s'était précipité vers le levier de contrôle, activant l'ouverture de toutes les herses simultanément. Dans un rictus de haine, le conseiller libéra la totalité des prisonniers restants, une meute hurlante et désespérée qui se rua dans l'arène, brisant toutes les règles du test initial.

Le Roi se leva brusquement, le visage pourpre de colère, sa main s'abattant violemment sur le rebord de pierre. — Virnax ! De quel droit osez-vous passer outre mes ordres ? rugit-il, partagé entre l'indignation et l'inquiétude pour sa fille.

Victoria, voyant cette marée humaine fondre sur eux, laissa échapper un cri étouffé et s'agrippa désespérément à la ceinture de Soren. L'air devint électrique. Soren, lui, ne broncha pas. Ses yeux balayèrent la masse d'assaillants qui arrivait de toutes parts. Loin de s'inquiéter, il resserra sa prise sur ses deux épées, un calme glacial s'emparant de lui. Le test venait de se transformer en un véritable champ de bataille, et c'était précisément dans ce chaos qu'une ombre comme lui excellait le plus.

L’arène bascula dans un chaos total. Ce n’était plus un test de garde, c’était une exécution de masse. Une vingtaine de condamnés supplémentaires, affamés et désespérés, se déversèrent sur le sable, formant une marée humaine hurlante qui convergeait vers le centre.

Soren sentit Victoria se coller contre son dos, ses petites mains agrippées à sa tunique de cuir. Il ne lui parla pas, il n’en avait plus le temps. Ses yeux, d’un calme prédateur, calculèrent instantanément les angles d’approche.

Le premier choc fut brutal. Trois hommes arrivèrent de face, haches levées. Soren ne recula pas d’un pouce. Il croisa ses épées, bloquant les trois fers dans un jaillissement d’étincelles, puis, d’un coup de pied latéral foudroyant, il brisa le genou d’un quatrième qui tentait de le contourner par la gauche. Sans attendre, il fit pivoter son corps, entraînant Victoria dans son sillage protecteur, et trancha horizontalement. Les deux lames d’acier noir décrivirent un arc parfait, fauchant les gorges de ceux qui s'approchaient trop près.

À chaque mouvement, il restait l’axe central d'un tourbillon de mort. Quand un prisonnier tenta de s'attaquer directement à la princesse en rampant au sol, Soren lâcha une de ses épées, l'utilisant comme un poignard de lancer qui vint se ficher droit dans le crâne de l'agresseur. Sans marquer de pause, il saisit le bras d'un autre assaillant, s'en servit comme d'un bouclier humain pour encaisser le coup de masse d'un complice, puis brisa la nuque du malheureux d'une torsion sèche.

Le sable n'était plus qu'une bouillie rouge. Soren se déplaçait avec une économie de gestes terrifiante. Il n'était plus un homme, mais une machine de guerre. Il récupéra sa seconde lame au passage, enchaînant les estocs et les revers avec une fluidité que l'œil humain peinait à suivre. À un moment, cinq hommes chargèrent de concert. Soren agrippa Victoria par la taille, la souleva presque pour la faire basculer de l'autre côté de lui, tout en effectuant une fente basse qui sectionna les jarrets des cinq assaillants d'un seul mouvement circulaire.

Dans les tribunes, le silence était devenu sépulcral. Le Roi restait debout, pétrifié par la démonstration de force brute et de grâce macabre de ce "Soren Vaine". Virnax, lui, avait pâli, réalisant que le carnage qu'il avait orchestré ne faisait que prouver l'invincibilité de l'homme qu'il voulait abattre.

Le dernier condamné, un homme immense rendu fou par la peur, s'élança avec un cri de damné. Soren l'attendit de pied ferme. Au moment de l'impact, il s'effaça d'un simple pas de côté et enfonça ses deux lames jusqu'à la garde dans les flancs de l'imprudent. Le géant s'écroula dans un dernier râle, soulevant un nuage de poussière qui mit quelques secondes à retomber.

Soren se redressa, les épées pointées vers le sol, le souffle à peine altéré. Autour de lui, plus rien ne bougeait. Il se tourna vers Victoria, qui tremblait mais ne portait pas la moindre égratignure, pas même une tache de sang sur ses guenilles. Il rengaina ses lames avec un claquement sec.

Soren baissa les yeux vers la jeune femme, ses prunelles d'acier s'adoucissant à peine pour s'assurer qu'elle était entière.

— Êtes-vous blessée, Princesse ? Tout va bien ? demanda-t-il d'une voix dont le calme tranchait avec le carnage environnant.

Victoria resta un instant sans voix, fixant les corps qui jonchaient le sable. Elle tenta de faire un pas, mais ses jambes flanchèrent légèrement. Elle porta une main à son front, le regard flou.

— Je... je crois que oui, murmura-t-elle d'une voix blanche. Mais je me sens soudainement épuisée... et tout se met à tourner autour de moi.

Un petit rire discret, presque imperceptible, s'échappa alors des lèvres de Soren. Ce n'était pas de la moquerie, mais une sorte de détente nerveuse devant la réaction si humaine de la jeune fille après un tel déchaînement de violence. Il la soutint fermement par le coude pour l'empêcher de vaciller davantage.

Relevant ensuite la tête vers l'estrade royale, son expression redevint instantanément de glace. Surplombant l'arène, le spectacle était presque aussi violent que le combat : le Roi, hors de lui, s'était rué vers Virnax. Le souverain pointait un doigt accusateur vers la gorge du conseiller, l'accablant d'insultes et de reproches hurlés. Virnax, blême et recroquevillé, tentait bafouiller des excuses qui se perdaient dans les rugissements de colère de son maître. La trahison du conseiller venait de se retourner contre lui de la plus humiliante des manières.

Soren raffermit sa prise sur le bras de Victoria pour l'aider à stabiliser son équilibre, ses yeux balayant une dernière fois les cadavres qui jonchaient le sable. Alors que les cris du Roi contre Virnax résonnaient dans toute l'arène, Victoria, l'oreille tout près de son protecteur, l'entendit murmurer pour lui-même d'une voix presque inaudible :

— « J'espère que votre vision est réelle, Maître... j'ai l'impression de perdre mon temps ici. »

La princesse se figea, le souffle court, ses yeux s'écarquillant de surprise. Elle leva la tête vers lui, se demandant de quelle vision il parlait et pourquoi il considérait sa mission de sauvetage comme une perte de temps, mais le visage de Soren était redevenu un masque de marbre, froid et impénétrable. Elle décida de garder ce secret pour elle, comprenant que l'homme qui venait de lui sauver la vie obéissait à une volonté supérieure et que sa présence à Snowdown cachait un dessein bien plus vaste qu'une simple audience royale.

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