Chapitre 2 - Arrête de déprimer !

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Dans son étroite salle de bain, Rickie attachait soigneusement ses cheveux blonds mi-longs pour en faire une queue de cheval à l’aide d’un élastique discret. La buée du miroir essuyée, il regarda ses yeux noirs implorants de clown triste et sa moue exagérée. Allez crétin, arrête de déprimer. Tu vas passer une excellente soirée avec Barbara, ta meilleure amie, que demander de plus ? Faire une vraie rencontre, pour oublier l’autre tordu ? T’en demandes peut-être un peu trop. Deux petites tapes sur les joues pour s’encourager.

Il avait passé une semaine de travail harassante. Il fallait répondre aux dernières commandes des clients avant les vacances de Noël. Les contrats étaient arrivés en cascade à l’automne et l’imprimerie tournait à plein régime depuis. En décembre, deux intérimaires avaient renforcé son équipe. Il était rentré une fois de plus chez lui exténué. D’un autre côté, avec des journées bien remplies comme il en avait depuis des semaines, cela lui évitait de penser à lui, surtout à sa vie amoureuse. Le grand chaos. Barbara lui avait souvent remonté le moral. Ils avaient leur petit rituel. Se retrouver chez elle autour d’une tasse de thé à parler de tout et de rien durant toute une soirée. Souvent les mêmes conversations qui revenaient inévitablement à ses problèmes personnels. Il lui en était infiniment reconnaissant et repartait de chez elle avec le sourire, convaincu que la chance tournerait bientôt en sa faveur. Mais le lendemain matin, le petit déjeuner terminé, la machine infernale de ses pensées reprenait le dessus. Solitude. Résignation. Moral à zéro. Alors il filait travailler pour oublier ses obsessions. Mettre rapidement un terme à sa relation actuelle. Aucun futur ne pouvait s’écrire à deux. 1988. Une nouvelle année à l’horizon. Aller de l’avant, sans se retourner.

Il s’habilla d’un jean bleu délavé, opta pour un pull léger. Il faisait toujours chaud au “Petit Marcel”, café dans lequel il avait ses habitudes, surtout le vendredi soir où pas mal de monde venait pour se détendre et oublier sa semaine de travail. Une touche de parfum musqué, un dernier regard dans le miroir pour vérifier sa tenue. Sur le grand tapis sombre de son salon, il ramassa la pochette d'un 33 tours qu’il avait écouté en fin d’après-midi et le replaça dans son étui. Il le rangea avec sa collection posée contre une grosse enceinte. Il attrapa son perfecto en cuir noir, remonta le zip d’un coup sec et sortit de chez lui.

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