Le poids léger de la nuit
Raph et moi étions là, sur le trottoir devant le CCSEG. La nuit était encore fraîche, le silence de la ville pesant après le tumulte du week-end.
— On se voit demain matin ? demanda-t-il, un sourire en coin, sûr de la réponse.
— Oui… 5h30, répondis-je, avec un sourire.
Puis, après un instant, il demanda :
— Et demain soir ? Tu fais quoi ?
— Euh… rien… dis-je, les joues en feu.
— Moi non plus. On se voit chez moi ? lança-t-il, simple, direct.
Une vague de bonheur m’envahit, si intense que j’en eus presque le vertige.
— T’as… un appart ? m’entendis-je demander, surpris de réaliser à quel point je savais peu de choses sur lui.
— Oui, répondit-il, pas grand mais suffisant.
Puis, il ajouta, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde :
— Et puis… prends tes affaires, on pourra passer la nuit ensemble demain.
Une chaleur familière m’envahit, douce, plus apaisante que le désir lui-même : il me voulait encore. Pas comme une première fois, ni comme une découverte, mais comme une évidence. Une nuit entière à se retrouver, à se reconnaître. « On pourra passer la nuit ensemble. » Ces mots résonnèrent en moi, comme un écho doux mais insistant. Je souris, malgré moi. Il n’y avait plus besoin de se demander, de se tester. Juste l'attente. L'attente de ses mains, de sa peau, de ce corps que j'avais exploré sous la tente.
Puis, l’idée de l'attente me devint insupportable. « Demain. » Ce mot me brûla soudain. Pourquoi demain ? Pourquoi pas maintenant, tout de suite, ici, dans cette nuit qui nous appartenait déjà ? Je sentis mes doigts trembler dans mes poches, une impulsion soudaine de l’attirer à moi, de lui rappeler à quel point nos corps se retrouvaient, à quel point il n’y avait plus de raison d’attendre.
Mais je me contentai d’un hochement de tête, la voix trop légère :
— Super… on fait ça demain.
Ses doigts glissèrent lentement sur ma joue, un frisson courant le long de ma colonne vertébrale. Puis, après un instant de silence, il souffla doucement :
— Et toi ? Tu vis où ?
Je baissai les yeux, un peu honteux, alors qu'il n'y avait pas vraiment de raison :
— Chez ma mère… Mon père nous a laissés quand j’avais neuf ans. Il a « refait sa vie »…
Traduction : il s’est barré avec une fille plus jeune.
— Depuis, ma mère et moi vivons dans l’appart, ajoutai-je.
Il me regarda, silencieux, attentif. Pas un mot de jugement, juste cette présence qui me calmait et me faisait sentir… compris. Rien d’autre n’existait, juste ce moment suspendu.
Je sentis mon cœur battre plus vite, un mélange de fatigue, de tension et de désir qui me traversait tout entier. Je levai les yeux vers lui et dans ce regard, il y avait tout : l’urgence, le désir… mais aussi la tendresse et la sécurité.
Sans un mot, je me rapprochai un peu. Nos fronts se touchèrent, et le simple contact de sa peau contre la mienne suffisait à faire naître un frisson brûlant. Sa main sur ma joue, son souffle encore chaud, son odeur mêlée de sueur et de terre… tout cela me brûlait de l’intérieur.
Il me sourit, ce sourire fragile et incandescent qui me faisait fondre à chaque fois. Puis, d’un geste tendre, il posa ses lèvres sur mon front, un baiser léger, presque un serment.
— À demain matin… 5h30. Sport ensemble.
— Oui… murmurai-je, incapable de dire plus, sentant mon cœur battre à tout rompre.
Je pris mon sac et nous nous séparâmes lentement. L’air frais me frappa, la nostalgie de son absence me frappa aussi, mais la promesse de le retrouver dès demain me donnait une chaleur nouvelle.
Le chemin du retour vers mon appartement me parut long. Chaque pas, mes épaules encore endolories par le sac, mes jambes engourdies, étaient pourtant habités par le souvenir de sa proximité. Le vent sur mon visage, les bruits de la ville, le soleil descendant derrière les immeubles… tout semblait différent, chargé de cette tension douce et brûlante entre nous.
Je marchais, fatigué mais léger, le cœur plein d’un frisson nouveau. Demain matin, je retrouverai Raph à 5h30. Et pour la première fois depuis longtemps, j’avais hâte de me lever.

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