Le seuil

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Demander conseil à Petrov semblait être une bonne idée. C’était un érudit. Et surtout, c’était lui qui nous avait donné les premières pistes.

Lucas intervint, un peu sec :
— Non, mais je ne sais pas si vous êtes au courant, mais en temps normal, on ne débarque pas comme ça chez un prof. Encore moins aussi tard dans la soirée.

Manon répondit aussitôt :
— Non, mais je ne sais pas si tu es au courant, mais les temps ne sont pas exactement… normaux.

Mehdi, l’air sceptique, demanda :
— Et vous savez au moins où il habite ?
— Oui, presque en face de la fac, répondit Emma. Il habite dans l’immeuble juste à côté de l’entrée principale, au-dessus du café-boutique. Je l’ai déjà vu sortir de chez lui plusieurs fois.

Adam trancha :
— OK. On y va.

Manon secoua la tête, ferme :
— Non. Une fille et moi, on y va. Vous, les garçons, vous êtes trop exposés. Vous sortez, vous vous faites contrôler, on est dans la merde. Nous, on passe. On y va à deux, on lui expose la situation, on lui demande conseil, et on revient.

La sœur d’Adam acquiesça :
— Je viens avec toi, Saphir.
— OK, Limonade. Allons-y.

Manon et la sœur d’Adam partirent.

Nous restâmes là.

Nous dépliâmes les plans de la fac. Où bloquer. Comment ralentir. Comment gêner sans être immédiatement repérés. Quels points névralgiques. Ce qu’il nous manquait. Tout paraissait à la fois possible… et dérisoire face à la machine qui nous faisait face.

Mehdi et Emma étaient assis côte à côte. Je vis la main d’Emma posée sur la cuisse de Mehdi.

Putain.
Ils étaient ensemble ?

Mehdi croisa mon regard et me sourit. Un sourire simple. Évident. Oui. Ils étaient ensemble. Et manifestement, c’était nouveau.

Moi, j’étais assis à côté de Raph.
Je sentais sa chaleur, son corps tout près du mien.

J’eus envie de poser ma main sur sa cuisse, comme Emma le faisait avec Mehdi.
Un geste banal. Un geste qui dirait : nous aussi.

Mais ma main resta immobile.

J’étais coincé entre ce désir violent de hurler à tout le monde que Raph était mon mec…
et ce besoin tenace de le cacher.

* * *

Après un temps qui nous parut interminable, la sœur d’Adam et Manon réapparurent.

Petrov n’avait donné aucune réponse toute faite.
Il les avait plutôt amenées à se poser les bonnes questions.

Il avait été clair sur un point : il n’y avait pas de bonne option. Dans tous les cas, nous prenions des risques.

Elles étaient revenues avec une certitude : la surprise était essentielle.
Frapper vite. Avant que le dispositif ne nous détecte. Avant qu’il ne s’adapte.

Mais aussi avec un constat brutal : nous étions encore sous-critiques en nombre. Pas assez nombreux pour peser réellement. Bloquer toute la fac demanderait plus de monde. En revanche, bloquer une partie. Un bâtiment. Ça, c’était peut-être possible.

Petrov les avait aussi amenées à réfléchir à un danger précis : plus il y avait de monde, plus on devenait visible. Une parole de trop. Un message mal transmis. Un traître. Ou simplement un garçon qui a peur, qui craque sous une série de questions.

Les réponses auxquelles Manon et la sœur d’Adam étaient arrivées étaient claires.

Consacrer le week-end au recrutement. Élargir. Discrètement.
Puis lancer quelque chose, au plus tard lundi ou mardi.

Et si nous n’avions pas le nombre suffisant pour bloquer toute la fac, alors il faudrait réduire l’objectif. Bloquer un bâtiment.

Et attendre, ou espérer, des ralliements. Des personnes pas assez téméraires pour lancer un mouvement, mais suffisamment courageuses pour rejoindre un mouvement lancé.

* * *

Après de nouvelles discussions, nous tombâmes d’accord.
Le plan serait le suivant :

1.
Jusqu’à lundi : recrutement.
Sans bruit. Tester les fiabilités. Ne garder que ceux qui tiendraient.

2.
En parallèle, travailler sur plusieurs scénarios de blocage.
Des scénarios modulables, avec des objectifs différents selon les moyens réellement disponibles.

3.
Mardi matin : lancement de l’opération.
Avec ce que nous aurions. Sans plus attendre.
Nous appliquerions le scénario le plus adapté à nos ressources du moment, en pariant sur une chose : qu’une dynamique visible entraîne des ralliements. Que le mouvement fasse boule de neige.

Et, en plus de ces trois points, il y en avait un quatrième.
Un 1 bis, non négociable : exfiltrer ceux dont nous sentirions qu’ils ne tiendraient pas.
Les mettre à l’abri. Dans des lieux sûrs. Les cacher.

Les protéger.

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