Fouilles et réalités

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J'avais cours dans une heure.
Le fameux cours du vendredi matin, celui qui nous faisait littéralement sombrer dans l'ennui.
Je courais en direction de la fac.

Je tournai sur un boulevard, et là, un contrôleur du CCSEG me fit signe de m'arrêter.
Il scanna ma carte. Bip.
— Rejoins la queue, dit-il en me montrant un groupe de garçons qui attendaient.

Putain, une fouille aléatoire. Encore ?!
Je me mis dans la file, détestant déjà le moment à venir.

J'avais déjà été fouillé il y a une dizaine de jours, et comme les contrôles, les fouilles étaient régulières… et aléatoires. Ils nous prenaient par surprise pour trouver des objets interdits. La dernière fois, un mec s'était fait prendre avec un smartphone.

Le garçon devant moi dans la queue me dit que c'était la troisième fois qu'il subissait une fouille.
Moi, c'était la deuxième.

Quelques minutes plus tard, un garçon fut placé juste derrière moi. Lui, il n'avait jamais été fouillé. Il ne savait pas ce qui se passait ni pourquoi il se retrouvait dans cette queue. Comme moi la première fois. Je lui montrai le barnum un peu plus loin et lui expliquai qu'on y entrerait par groupes de six, qu'ils nous fouilleraient à la recherche d'objets interdits.

— Et ils fouillent tout ? demanda-t-il.
— Oui, ils nous foutent à poil et fouillent nos affaires.
— Putain ?
— La dernière fois, un mec s’est fait prendre avec un smartphone. Tu n'as pas de smartphone sur toi, si ?
— Non, mais j'ai...

A cet instant, une gifle violente me secoua la tête.
— Tiens-toi droit, regarde devant toi et ferme-la, dit le contrôleur qui venait de me frapper.

Je me retournai, frappé par la stupeur, un frisson glacé me traversant. C’était comme ce que doit ressentir un mouton lorsqu'il est mordu par un chien de berger : un coup brutal et sans appel. Nous n’étions que ça, après tout : du bétail. Des corps qu’on pousse, qu’on dresse, qu’on aligne. La même logique. La même soumission, inévitable et silencieuse.

Alors je restai là, immobile, silencieux, fixant devant moi, attendant mon tour.

Au bout de quelques minutes, on nous fit entrer sous le barnum, six garçons, dont celui qui était juste derrière moi, toujours aussi perdu et silencieux. L’air devenait plus lourd à chaque seconde. Un à un, nous nous déshabillâmes, l’atmosphère vibrante d’une tension insoutenable. Chaque mouvement semblait alourdi par l’humiliation.

Nous fûmes fouillés, l’intimité de nos corps exposée à la froideur d’un règlement cruel. La même honte que la dernière fois. Le même sentiment de dévalorisation qui me dévorait à chaque seconde. Je pouvais entendre les respirations tremblantes des autres garçons, mais les miens étaient les seuls que je parvenais à entendre, battant à un rythme effrayé.

Le garçon derrière moi avait de l’herbe sur lui, et l’annonce de sa sanction résonna comme un coup de tonnerre dans le silence oppressant. Infraction de niveau 2. Une sentence, une marque indélébile. Il se tenait là, pétrifié, alors que l’un des agents du CCSEG lui jetait un regard indifférent, sans aucune compassion.

Quant à moi, j’étais toujours aussi vide de tout objet répréhensible. Mais la peur, la tension, la sensation que tout pouvait basculer à tout moment, m’écrasaient. Rien n’était sûr. Rien n’était jamais sûr.

Je repartis en direction de la fac, mon esprit encore saturé de cette expérience.
J'accélérai le pas pour être à l'heure mais je fus pris d'un point de coté.
J'arrivai à 8h45, un peu après le début du cours.

Je me plaçai à côté de Lucas et Sam. Le prof, comme d'habitude, ne se rendit compte de rien, tellement soporifique qu'il semblait s’être auto-anesthésié. Il continua son cours sans se soucier de ce qui se passait dans la salle.

Sam était là, vidé, son regard éteint, comme la veille.
Mehdi était à côté d'Emma, deux rangées plus bas.

Lucas se pencha vers moi et me dit qu’un contrôle d’assiduité avait eu lieu en début de cours. Je lui répondis que, pour une fois, j'avais une bonne raison d'être en retard. Et au moins, pour une fois, je ne serais pas sanctionné.

Le cours continua jusqu'à l'heure du déjeuner.
Chaque minute s'étirant comme la voix du prof.

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