Un matin de répit

3 minutes de lecture

Vendredi 9h00
49 heures avant le début de la révolte

Je me réveillai sans la cloche stridente du réveil, sans précipitation, comme si le temps lui-même avait décidé de me laisser souffler un peu. La lumière du matin filtrait à travers les rideaux, douce, pâle, presque irréelle. L’appartement était d’un silence total, comme si l’air lui-même retenait son souffle. Je pouvais presque entendre mon cœur battre, calme, régulier, et le souffle lent qui remplissait ma poitrine.

Il était doux.

Cette pensée me frappa, comme un éclair de lucidité. Depuis combien de temps n'avais-je pas ressenti ça ? Depuis quand un matin n'était-il pas une course effrénée, une accumulation de contraintes de peurs à repousser ? Et là, ce matin, rien. Juste le calme.

Je m'étirai lentement, m'extirpant du lit sans hâte, me permettant une pause. Je me dirigeai vers la cuisine. Ma mère était déjà partie. Même le samedi, l’hôpital avait besoin d’elle.

Je m’assis à la table, cette vieille table en bois qui semblait avoir absorbé les souvenirs de milliers de matins. Un bol, une tasse, un paquet de céréales à moitié vide. Je mangeai lentement, savourant chaque bouchée comme si c'était un luxe que je m’accordais enfin. J'avais oublié qu'un matin pouvait être lent, agréable, normal. Et cette normalité me semblait presque… anormale.

Je pensai à Sam. Il était sûrement en train de marcher dans le froid, avec un sac trop lourd sur le dos, comme un esclave de la discipline du CCSEG. Pauvre Sam. Il n’avait pas la chance de vivre ce calme.

Après avoir terminé mon petit-déjeuner, je m'habillai et partis à pied. J'avais deux potes à convaincre de la fac de sciences, deux personnes à ajouter à notre révolte. Paul, un ancien ami du collège, et Léo, un voisin d’enfance avec qui j’étais resté en contact. Deux contacts supplémentaires, deux voix à rallier à notre cause. Mardi approchait, et chaque nouvelle personne embarquée dans l’idée me semblait être une petite victoire.

Et puis, il y avait Raph. Cette pensée me fit sourire. Un week-end avec lui, enfin. Jusqu’à dimanche après-midi, bien sûr, à cause de son satané entraînement de volley. Mais avant ça… tout le temps. Le temps de nous perdre dans son appartement, de nous rappeler que nous étions plus que des garçons sous contrôle, que nous étions nous. Nous.

Je marchais tranquillement en direction de l’appartement de Paul quand je fus contrôlé. Le scanner passa sur ma carte, et le bip caractéristique résonna. Puis vinrent les questions, comme d’habitude.
— D'où viens-tu ? Où vas-tu ? Pourquoi ?

Je savais quoi répondre.
— Je vais au centre commercial acheter un cadeau pour ma mère.
C'était crédible. Son anniversaire approchait et le centre commercial n'était pas bien loin de chez Paul.
— Pourquoi si loin ?

Je souris intérieurement, la réponse toute prête.
— Il y a une boutique avec des théières qui lui plairaient.

Il me laissa repartir sans plus de questions. Une chance, mais pas de quoi s'enflammer. Mieux valait garder l’alibi intact, juste au cas où. Je fis donc un détour par le centre commercial, histoire de renforcer mon histoire. On ne sait jamais… Mieux vaut prévenir que guérir.

Enfin, je me dirigeai chez Paul.

Il n'y eut pas de longue introduction, juste quelques banalités avant de plonger dans le vif du sujet. Paul était partant. Il était en excellent en informatique, il était d'ailleurs licence d'informatique et il pensait pouvoir pirater le système du CCSEG, organiser une attaque ciblée. Un terrain qu'il connaissait bien. Un atout précieux. La révolte devenait de plus en plus concrète.

Je repassai par le centre commercial, juste pour ne pas perdre de crédibilité. Puis je pris la direction de l’appartement de Léo. Merde, se déplacer à pied, c’était vraiment galère. J’avais l’impression de n’aller nulle part, mais c’était nécessaire. Chaque pas était calculé.

Chez Léo, l'enthousiasme était palpable. Lui aussi était partant. Putain, ça commençait à prendre forme.

Les autres étaient sûrement aussi en train de recruter, de parler à de nouvelles personnes. On avait bien fait de repousser la révolte de quelques jours. J'avais l'impression que tout était en train de se structurer, de prendre une forme plus claire. Une conviction naissante que notre révolte avait une chance de réussir. On pouvait peut-être faire la différence. L’espoir était enfin là, fragile, mais tangible.

Le travail était fait. Les contacts établis.
Maintenant, il n'y avait plus qu’une seule chose à faire : aller là où je voulais aller… chez Raph.
J'avais un sourire dessiné sur mes lèvres.

Je me mis en chemin, mes pas légers...

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