Le désert et la source

4 minutes de lecture

Il était presque midi lorsque j’arrivai au bas de l’immeuble de Raph.
Je montai les escaliers quatre à quatre, le cœur battant déjà trop vite, comme si mon corps avait pris de l’avance sur moi, comme s’il savait avant moi ce qui l’attendait.

Je sonnai.

La porte s’ouvrit presque aussitôt. Raph m’attendait.
Son regard accrocha le mien, sombre, brûlant, sans détour.

— J’ai trop envie de toi, souffla-t-il, la voix râpeuse, basse, venue de quelque chose de profond. J’en pouvais plus d’attendre.

Ces mots me traversèrent de part en part, nets, irréversibles.

— Moi aussi, murmurai-je. À en crever.

Je franchis le seuil. La porte se referma derrière moi dans un claquement sec, définitif, comme si le monde extérieur venait d’être expulsé.

Raph me poussa contre le mur. Sa bouche captura la mienne avec une faim qui n’avait rien de timide. Ses mains trouvèrent mes hanches, s’y ancrèrent, me collant à lui comme s’il voulait effacer l’espace entre nous, dissoudre la distance, confondre nos souffles.
Je gémis contre ses lèvres. Mes ongles glissèrent dans son dos. Un jour et demi sans lui avait été une torture, un manque physique, douloureux, qui ne se calmait que sous ses mains, sous sa bouche, sous lui.

— T’as envie de moi comment ? murmura-t-il, ses lèvres frôlant mon cou, sa langue traçant une ligne brûlante jusqu’à mon oreille.

Je sentis son souffle chaud, son désir palpable, et je me cambrai, offrant mon cou sans réfléchir.

— Comme si tu étais la seule chose qui pouvait me sauver, répondis-je, haletant. Comme si j’allais mourir si tu ne me touchais pas partout, tout de suite.

Un rire sourd, presque animal, lui échappa.
Il me souleva d’un geste sûr. Mes jambes s’enroulèrent autour de sa taille sans que j’y pense. Je sentis contre moi cette impatience tendue, cette promesse brûlante, tandis qu’il me portait jusqu’au canapé.

Je tombai sur le dos. Il me surplombait déjà.
Ses yeux brillaient d’une lueur sauvage et tendre à la fois. Ses mains s’affairaient, défaisaient, exploraient. Les vêtements tombèrent, vite, sans importance. Je fis de même. Rien ne devait rester entre nous.

Nous étions là.
Nus.
Offerts.
Vivants.

— Je suis à toi, Raph. Entièrement. Prends ce qui t’appartient.

Il attrapa mes poignets d’un geste sûr, décidé, et les leva au-dessus de ma tête. Il les maintint là. Son regard ne me quittait pas.
Je sentais son corps musclé et puissant, son contrôle partout : dans sa façon de se pencher, dans le poids qu’il faisait peser sur moi, dans cette certitude tranquille avec laquelle il occupait l’espace.

Quelque chose céda en moi, sans bruit.
Je n’avais plus envie de garder quoi que ce soit. Tout pouvait lui appartenir. Je voulais être pris comme on saisit ce qui a été offert sans retour possible, comme on accepte un don en en mesurant la profondeur.

Je relevai légèrement le bassin, presque malgré moi. Un geste infime, mais clair. Un oui muet.
Il le vit. Il le sentit. Son corps s’imposa davantage, m’ancra, me maintint exactement là où je voulais être. Chaque mouvement disait la même chose : il savait. Il guidait. Il prenait ce que je donnais, sans brutalité, sans hésitation, avec cette autorité calme qui me faisait lâcher encore plus.

Je cessai d’être celui qui décide.
Je devenais celui qui se laisse faire, et qui s’y abandonne.

J’étais comme un homme perdu dans le désert retrouvant l’eau, fraîche, claire, indispensable. Et cette eau avait un corps, un souffle, un regard qui me tenait.
La soif et ce qui pouvait l’apaiser étaient enfin réunies.

Le reste n’avait pas besoin de mots.

Alors il fit ce qu’il fallait.

Il avança lentement, sûrement, comme on entre dans quelque chose de déjà consenti. Son corps trouva le mien avec une évidence troublante, ajustant les gestes, le rythme, la profondeur, jusqu’à ce que nos limites se brouillent, jusqu’à ce que je ne sache plus quel corps était à qui.

Je respirais par lui.
Je tenais par lui.
Je brûlais, et il savait exactement comment nourrir ce feu sans jamais le laisser s’éteindre.

Il y eut cette cadence, profonde, insistante, qui nous emportait tous les deux au même endroit, au même instant.
Nos souffles se brisèrent, se cherchèrent, se retrouvèrent.
Je sentis la tension se nouer, trop forte pour être contenue encore, cette montée irrépressible qui faisait trembler tout mon corps, et je compris, sans avoir besoin de le voir, que la sienne lui répondait, exactement au même rythme.

Quand cela arriva, ce fut ensemble.
Un même vertige.
Une même vague.
Quelque chose se rompit en nous à la fois, se déversa, se libéra, chaud, total, partagé.
Je me cambrai contre lui, un gémissement arraché de la gorge, et il se laissa aller aussi, son corps se tendant, puis s’abandonnant contre le mien.
Nous étions au même endroit, au même moment.
Pris. Donnés. Vides et pleins à la fois.

Puis tout ralentit.

Il resta un long souffle, commun.
Des battements de cœur trop rapides, qui peu à peu retrouvèrent leur cadence.
La chaleur de nos corps encore mêlée.

Raph relâcha mes poignets. Ses bras me ramenèrent contre lui, simplement, naturellement, comme si c’était la seule suite possible. Je roulai légèrement sur le côté, contre sa poitrine. Il m’entoura, fort, protecteur, et je glissai ma tête dans le creux de son épaule.

Nous restâmes là, nus, collés l’un à l’autre.
Sa main caressait mon dos.
Ma jambe s’était calée entre les siennes.
Nos souffles se répondaient encore, apaisés.

Il n’y avait plus de désert.
Seulement la source, tout près.
Et ce calme dense, profond, qui vient après la tempête.

Nous ne parlions pas.
Nous n’en avions pas besoin.

Nous profitions de l’instant.
Du bonheur.
De la plénitude.
De cette sérénité rare qui n’existe que quand deux corps, après s’être perdus ensemble, choisissent de rester.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire qwed2001t2 ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0