Mains savonneuses
Le baiser fut long, langoureux. Puis nos lèvres se séparèrent.
La cuisine ressemblait à un champ de bataille : de la farine partout. Raph me regardait, les joues saupoudrées de blanc, les cheveux en bataille, et je ne pus m’empêcher de sourire en voyant à quel point nous étions couverts de cette maudite farine.
— Tu as sali mon caleçon, bravo ! dis-je en désignant le calçon qu'il portait du menton, faussement accusateur.
— Et toi le mien…, répondit-il.
— C’est la faute du paquet de farine.
— On devrait…
— Oui, murmurai-je, mes doigts s’enfonçant dans ses cheveux, sentant la farine coller encore à ses mèches. Se laver.
Un sourire lent, presque carnassier, étira ses lèvres. Il me prit par la main, ses doigts entrelacés aux miens, et m’entraîna vers la salle de bain sans un mot. L’air se chargea d’électricité dès qu’il fit couler l’eau, le jet chaud transformant instantanément la pièce en un nuage de buée épaisse. Nos silhouettes se fondirent dans la vapeur, nos contours flous.
Il me poussa sous l’eau la premier, et je sentis la farine se transformer en une pâte tiède qui dévala le long de mon torse, mes abdos, avant de disparaître dans le siphon. Ses yeux ne quittèrent pas les miens tandis qu’il attrapait le flacon de shampoing, ses doigts effleurant ma nuque avant de verser une noix de produit dans sa paume. Puis ses mains se posèrent sur mon crâne, ses ongles grattant doucement mon cuir chevelu, massant, tournant, chaque mouvement envoyant des frissons le long de ma colonne vertébrale. Je fermai les yeux, un gémissement sourd m’échappant quand il pressa un peu plus fort, ses pouces traçant des cercles sur mes tempes.
— Putain…, soufflai-je, ma voix à peine audible sous le bruit de l’eau.
Il rit, un son bas et rauque, avant de se pencher pour rincer mes cheveux, ses lèvres frôlant mon front. Je saisis à mon tour le shampoing, mes doigts tremblant légèrement en le versant. Quand je commençai à lui laver les cheveux, il gémit, sa tête renversée en arrière, exposant la ligne de sa gorge. Je profitai de son abandon pour déposer un baiser sur sa pomme d’Adam, sentant son pouls battre sous ma bouche.
Puis ce fut le tour du gel douche.
Je fis mousser mes paumes avant de les poser sur ses épaules, glissant lentement sur ses pectoraux, ses abdos, chaque muscle saillant sous mes doigts. La mousse blanche contrastait avec sa peau dorée, et je pris mon temps, traçant des sillons sur son torse, contourant ses tétons durcis, descendant vers son ventre. Ses mains se posèrent sur mes hanches Je sentis son souffle s’accélérer, son corps se tendre sous mes caresses.
— T’es en train de me tuer, murmura-t-il, sa voix rauque résonnant contre mon oreille.
— Juste de te laver, répondis-je, un sourire en coin, avant de faire glisser mes mains plus bas.
Ses doigts agrippèrent mes hanches en réponse, et il fit de même, ses paumes savonneuses glissant sur ma peau comme une seconde couche de désir. Quand il atteignit mon sexe, déjà dur, il ne s’arrêta pas. Ses doigts enveloppèrent ma longueur, ses mouvements lents et précis, chaque va-et-vient me faisant perdre un peu plus pied. Je fis de même, saisissant son érection, sentant son corps frémir sous ma main.
Ses yeux, noyés de désir, me fixèrent un instant avant qu’il ne m’embrasse violemment, sa langue s’insinuant dans ma bouche avec une urgence qui me fit bander encore plus. Ses hanches se pressèrent contre les miennes, nos sexes glissant l’un contre l’autre, séparés seulement par une fine couche de mousse.
BIIIIP. BIIIIP. BIIIIP.
Le son strident du minuteur du four résonna dans tout l’appartement, brisant l’instant comme si on venait de nous verser un sceau de glacée sur la tête..
Raph se figea, son front contre mon épaule, un rire incrédule lui échappant.
— Putain. La quiche.
Je grognai, frustré au-delà du raisonnable, mais ne pus m’empêcher de rire à mon tour. Il me lâcha à contrecœur, attrapa une serviette et me la lança avant de sortir en trombe, ses fesses encore mouillées.
— T’es sérieux ?! criai-je en m’essuyant rapidement, mon érection toujours douloureusement évidente. On était à deux doigts de...
— À deux doigts de faire brûler une quiche, oui, répondit-il en riant, tout en mettant la serviette autour de sa taille.
Je le suivis dans la cuisine, encore excité, encore frustré, mais incapable de lui en vouloir. Pas quand il me regardait comme ça, les joues roses, les yeux brillants de désir inassouvi.
— On reprend ça plus tard, murmura-t-il en ouvrant le four, laissant échapper une odeur de fromage grillé.
Je me collai contre son dos, mes lèvres effleurant sa nuque.
— T’as intérêt.

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