L’eau qu’on ne peut saisir
Nous marchions côte à côte, épaules contre épaules, le long du canal, quand deux silhouettes surgirent devant nous... des contrôleurs.
— Présentez vos cartes, aboya l'un d'eux.
Nous leur tendîmes nos cartes. Bip. Bip. Le scanner clignota. Puis vinrent les questions, routinières, mais chaque syllabe pesait soudain comme une menace.
— On a mangé ensemble, répondis-je. On se connaît des séances de sport imposées par le CCSEG. On a décidé de se promener le long du canal, c’est tout. Marcher, c’est bon pour la santé.
Être en relation avec un garçon, ce n’était pas interdit. Mais lors de notre dernier passage à l’OSD, nous n’avions pas déclaré notre relation. Pour une raison simple : nous n’étions pas encore en relation. Et moi, je ne savais même pas que j’étais attiré par les garçons. Enfin, si. Je le savais. Mais je ne voulais pas le savoir. Alors je ne le savais pas vraiment. Et j’avais dit que j'étais attiré par les filles, comme on dit un mensonge par habitude.
Ne pas avoir dit la vérité à l’OSD, était-ce une infraction ? Je n'en savais rien. Probablement. Tout était possiblement une infraction.
Il ne fallait pas prendre de risques.
Peut-être avions-nous été imprudents, à nous tenir la main en public, à échanger ce baiser volé plus tôt. Mais les contrôleurs n’avaient rien vu.
L’un d’eux plissa les yeux, nous détaillant tour à tour. Puis, sans un mot, il nous rendit nos cartes et nous fit signe de passer.
Mes muscles s'étaient tendus.
Mes épaules s’étaient changées en pierre.
Le canal, lui, était toujours féerique.
Il continuait de couler, indifférent et libre.

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