Les mains qui soulagent

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Sur le chemin du retour, nous nous arrêtâmes dans un supermarché. Nous achetâmes de quoi dîner, et de quoi bruncher le lendemain. Un avenir immédiat, presque banal, comme une promesse de continuité.

L’interruption de notre promenade par le CCSEG avait été un mot crié dans une bibliothèque, un coup de canon dans un concert de musique de chambre. Brutal. Incongru. Rappel violent à la réalité.
Nous étions des garçons sous contrôle, et nous l’avions presque oublié.

On pouvait nous contrôler, nous convoquer, nous imposer des activités, des week-ends.
On pouvait nous punir, nous infliger des châtiments corporels, comme ça, à la discrétion d’un OSD.
Cette pensée me serrait encore la poitrine.

Lorsque nous rentrâmes dans l’appartement de Raph, la porte se referma derrière nous avec un bruit mat, rassurant. L’espace nous engloutit aussitôt, comme un refuge. L’air sembla changer de densité. Plus léger. Plus sûr.

Raph me regarda attentivement.
— Tu as l’air tendu, murmura-t-il, comme si c’était une évidence. Comme s’il lisait la fatigue et la peur dans chaque muscle de mon dos.
— Oui… Ce contrôle…

Sa bouche trouva la mienne avant que je termine. Chaude. Assurée. Exigeante. Un baiser pour chasser d’un coup le goût amer qui me restait sur la langue. Ses mains glissèrent le long de mes bras, lentes, rassurantes.

— Tu es vraiment tendu, reprit-il contre ma peau. J’ai ce qu’il faut.

Il me guida jusqu’à la chambre, m’aida à me défaire de mes vêtements, puis m’allongea sur le lit avec une douceur qui contrastait avec l’autorité tranquille de ses gestes.
Je me tournai sur le ventre, le visage enfoui dans l’oreiller, tandis qu’il attrapait un flacon d’huile de massage.

— En STAPS, quand les muscles sont trop contractés après l’effort, il faut travailler en profondeur, expliqua-t-il en versant quelques gouttes dans ses paumes. Sinon, ça reste bloqué.

Ses mains, chaudes, sûres, se posèrent sur mes épaules. D’abord un simple contact. Puis une pression ferme, lente, circulaire. Comme s’il cherchait à défaire bien plus que des nœuds musculaires.

L’huile glissa entre nous, adoucissant le geste sans jamais en diminuer l’intensité. Ses pouces remontèrent le long de ma colonne, s’attardant sur les zones les plus tendues, celles qu’on lui avait peut-être apprises à repérer en cours, mais surtout celles qu’il avait découvertes en m’observant, moi.

— Respire, murmura-t-il.

Sa voix glissa alors d’un ton presque professionnel à quelque chose de plus intime, de plus bas.
— Lâche prise.

Je fermai les yeux.

Ce n’était plus un exercice.
Ou alors si... mais d’un autre genre.
Un geste appris, peut-être.
Mais un toucher qui n’appartenait qu’à lui.

Je sentais mes muscles se délier lentement, mais je ne savais pas vraiment si c’était dû à l’huile, à ses mains, ou simplement à la proximité de son corps, sa chaleur s’imprégnant dans la mienne.

Les contrôleurs s’étaient soudainement effacés, comme un nuage dissipé par la brise. La bibliothèque retrouvait sa sérénité, chaque coin semblant respirer de nouveau. La musique de chambre reprenait, ses notes s’élevant, légères, comme un duo où nos souffles remplaçaient les instruments. Chaque silence entre nous devenait une mélodie à lui seul, plus puissant que n’importe quelle harmonie.

Il versa un peu plus d’huile dans le creux de sa main et l’étala sur mon dos, avec une puissance et une tendresse qui frôlaient la magie. Je frémis sous ses doigts, une onde de chaleur m’envahissant.

— Putain, on vous apprend de ces trucs en STAPS, dis-je en riant, mes lèvres presque incapables de se détacher de cette sensation. En sciences sociales, le cours de méthodo, c’est beaucoup moins fun.

Il sourit sans relâcher sa pression, ses mains traçant des cercles lents sur ma peau, et je laissai échapper un léger soupir. Tout en moi semblait se fondre sous ses gestes, comme si chaque fibre de mon corps se mettait à l’écoute de lui, de ses mouvements.

Ses paumes glissèrent lentement vers le bas, épousant chaque muscle tendu, chaque ligne de mon dos, comme si elles cherchaient à dessiner quelque chose d’encore plus intime, plus profond. Il s’arrêta un instant, sa voix basse murmurant près de mon oreille.

— En STAPS, on apprend à détendre les muscles, dit-il en se penchant davantage, ses lèvres frôlant mon oreille. Pas à gérer les cas comme toi. Là, il va falloir que j'improvise un peu par rapport aux cours.

Ses doigts descendirent sur mes fesses, lents, mais sans hésitation, comme s’il avait attendu ce moment depuis le début. Je me cambrai malgré moi, offrant sans mots ce qu’il demandait déjà. Il glissa l’huile là où tout allait s’ouvrir, un geste à la fois expert et tendre, comme s’il connaissait déjà par cœur la géographie de mon désir.

— Ferme les yeux, Clément. Laisse-toi aller.

Je n’eus aucun mal à obéir. Les battements de mon cœur étaient devenus le seul rythme dont j’avais besoin, une pulsation qui se synchronisait avec la sienne. Un silence lourd et agréable nous enveloppait, et dans cet instant, il n’y avait plus que nous, plus que nos souffles et cette connexion invisible mais profonde entre nos corps.

Et il entra en moi d’un mouvement fluide, comme il savait si bien le faire.

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