L'aube dorée
Dimanche, 11h00
47 heures avant la révolte.
Le matin me surprit avec une douceur presque coupable. Une odeur de café torréfié et de beurre fondu flottait dans l’air, dense, enveloppante, comme une caresse prolongée. La lumière filtrait doucement entre les rideaux.
Raph apparut dans l’embrasure de la porte, un plateau entre les mains. Le jus d’orange scintillait comme de l’ambre, le café noir fumait lentement, les œufs brouillés luisaient, et les croissants étaient dorés à point, comme s’ils avaient capté la lumière de sa peau.
Il s’approcha sans bruit, avec cette grâce féline qui était la sienne, et glissa une main dans mes cheveux, lentement, presque avec dévotion.
— Salut, Belle au bois dormant, murmura-t-il. Il est onze heures.
Je souris, engourdi, rempli d’un bonheur trop vaste pour être raisonnable.
— Je vais suivre la recommandation de Charles Perrault… ajouta-t-il, penché sur moi. Et t’embrasser.— Oui, répondis-je en inclinant la tête, déjà offert. Suis les recommandations de ce cher Charles.
Son baiser fut profond, étiré, chargé d’une douceur affamée. Pas pressé. Ses lèvres prirent les miennes comme on goûte, comme on reconnaît. Ses doigts s’attardèrent sur ma nuque, y dessinant de lents cercles, puis s’y ancrèrent doucement, comme pour me garder là, contre lui.
Nous prîmes le petit-déjeuner lentement, presque religieusement, assis dans le lit. Chaque bouchée de croissant fondait sur ma langue, sucrée, beurrée, presque érotique dans sa richesse. Le café réchauffait les derniers frissons de la nuit. Raph me regardait par-dessus sa tasse, le regard lourd, tendre, brûlant à la fois. Ses doigts trouvaient les miens, s’y accrochaient, glissaient sur mon poignet, remontaient parfois jusqu’à mon avant-bras. De simples contacts. Mais chargés de promesses.
Tout était parfait.
Tout était calme.
Tout était beau.
Puis nos lèvres se retrouvèrent, plus près, plus longtemps. Ses mains quittèrent le drap pour explorer mon torse, lentement, avec cette attention amoureuse qui me faisait perdre pied. Je frissonnai quand ses doigts descendirent, plus bas, effleurant sans hâte, éveillant tout ce que je contenais encore.
Un gémissement m’échappa contre sa bouche. Il sourit, un sourire bas, complice, avant de me rapprocher de lui, corps contre corps. Nos souffles se mêlaient, nos peaux se reconnaissaient. Chaque mouvement semblait une évidence.
Le désir monta, dense, inévitable. Une tension douce, vibrante, qui nous liait. Ses lèvres quittèrent les miennes pour descendre le long de mon cou, s’y attarder, tandis que ses mains me connaissaient déjà trop bien.
— Tu es beau le matin, murmura-t-il contre ma peau. Tellement beau.
Ses doigts s’aventurèrent sous les draps, espiègles, provocants. Des jeux érotiques commencèrent : caresses furtives, effleurements calculés, doigts qui glissaient là où la peau était la plus sensible, frôlant sans jamais saisir tout à fait, attisant le feu sans jamais l’éteindre. Il joua avec moi, me taquina, me fit gémir en retenant ce que je désirais le plus, prolongeant le plaisir jusqu’à ce que je sois prêt à supplier.
Alors je fis de même.
Les baisers devinrent plus intenses, plus profonds, plus exigeants. Nos bouches se cherchaient, s’emparaient, se dévoraient presque, tandis que ses mains continuaient leur danse, l’une glissant le long de mon torse, l’autre s’aventurant plus bas, plus intime, plus insupportablement douce.
Puis les mots s’évanouirent.
Il ne resta plus que nos corps enlacés, la lenteur envoûtante de nos mouvements, la chaleur qui montait entre nous, le frottement qui électrisait chaque parcelle de ma peau.
Le jour s’insinuait par les rideaux entrouverts, complice et doux, comme s’il voulait assister à ce moment où tout n’était plus que désir, plaisir, et l’abandon total de l’un à l’autre.
Le jour commençait divinement bien.
* * *
Nous restâmes à savourer le reste du matin puis le début d’après-midi.
Un peu avant 14 heures, Raph rompit enfin le charme, sa voix un peu rauque, encore emplie de l’écho de nos rires et de nos soupirs.
— C’était… super, dit-il en me regardant comme s’il craignait que les mots ne suffisent pas. Le meilleur week-end de ma vie. Putain, j’avais jamais ressenti ça avant.
Il passa une main dans ses cheveux, désordonnés par nos étreintes.
Je ne trouvai rien à répondre. Je me contentai de l’embrasser comme pour sceller ses mots, les graver quelque part en nous où rien ne pourrait les effacer.
— Je dois filer à l’entraînement de volley, murmura-t-il contre mes lèvres, à regret.
Mon cœur se serra. J’aurais voulu que le temps s’arrête, que cette bulle ne se rompe jamais, que nous restions là enlacés, à l’abri de tout le reste. Mais je savais déjà que ces instants deviendraient des souvenirs, précieux et douloureux.
Il se leva, sans hâte, et ouvrit un tiroir du bureau. Il en sortit une clé et la déposa dans ma paume, refermant mes doigts dessus avec délicatesse.
— Tiens, dit-il, son regard accroché au mien. C’est la clé de l’appart. Prends ton temps. Ferme derrière toi.
Après une hésitation, il ajouta, plus bas :
— Et garde-la. C’est la tienne, maintenant.
Un frisson me parcourut.
Il fit son sac, puis s’en alla.
Quand il disparut derrière la porte, je la laissai se refermer, mais je serrai la clé dans ma main, sentant encore sa chaleur.

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