La nuit avant la révolte

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Adam fit signe à Raph et à moi. Cinq minutes s’étaient écoulées. Nous pouvions sortir de la maison.

Raph sortit en premier, je le suivis.
L’air froid me frappa le visage.

Notre relation était désormais connue de mes copains. Je m’étais souvent demandé comment le leur dire, comment cela se passerait. Et finalement, tout s’était fait avec une telle simplicité que cela m’en surprenait presque.

Ma mère n’était pas d’astreinte ce soir-là, elle était à la maison. Et bien sûr, pas question d’arriver avec un garçon, ni même avec une fille, et de passer la nuit dans ma chambre alors qu’elle était là. Ce serait vraiment… bizarre.

Raph se dirigea vers l’arrêt de bus ; je l’accompagnai.

Le bus arrivait déjà. Je jetai un œil autour de nous, vérifiai l’absence de contrôleurs du CCSEG, puis je l’embrassai. Raph monta dans le bus et je pris le chemin de chez moi.

J’arrivai à mon immeuble, montai les escaliers, échangeai quelques mots avec ma mère, puis j’allai me coucher.

Je fermai les yeux mais je ne trouvais pas le sommeil. Chaque fois que je les fermais, la douleur me ramenait en sursaut, brutale, implacable. J’avais d’abord tenté de m’allonger sur le ventre, les bras en croix, le visage enfoui dans l’oreiller, comme si je pouvais m’effacer moi-même. Au moins, dans cette position, rien ne touchait les marques. Rien ne pressait contre les stries enflammées que la pagaie avait gravées dans ma chair.

Mais le matelas, même mou, devenait une surface hostile après un long moment d’immobilité. Mes épaules s’engourdissaient, mes hanches s’embrasaient. Mon corps entier semblait hurler en silence : change de position. Change, ou suffoque.

Je me tournai sur le côté, lentement, retenant mon souffle comme on retient un sanglot. Une décharge électrique me traversa les fesses, remonta jusqu’à la base de mon dos. Je serrai les dents. Respire. Juste respirer.

Sur le dos, ce fut l’enfer : mon propre poids écrasait les plaies, réveillant une douleur si vive que j’en eus le vertige. Je me recroquevillai alors en position fœtale, les genoux contre la poitrine, les doigts enfoncés dans le drap, comme si je pouvais en extraire un peu de soulagement.

Je finis par me redresser, m’asseoir au bord du lit, les pieds nus sur le parquet glacé. Je posai les coudes sur mes genoux, enfouis mon visage dans mes mains. Dix coups. Le chiffre résonnait dans ma tête, lourd de conséquences. La dernière fois, cinq coups m’avaient fait souffir pendant des jours. Alors dix… Combien de temps avant que cette brûlure ne devienne un simple écho ?

Je me recouchai, enfin, sur le côté gauche, une jambe repliée, l’autre tendue. Je calai un coussin entre mes cuisses, un autre sous ma hanche meurtrie, comme une barricade fragile contre la souffrance. La douleur était toujours là, tapie, tenace.

Dehors, une voiture passa, lointaine, indifférente.
Moi, je restais éveillé, à fixer l’obscurité.

Dans quelques heures, il faudrait se lever pour le sport obligatoire.
Pourquoi y aller, alors que la révolte m’attendait ?
Pourquoi leur offrir encore cette obéissance-là ?

Parce que ne pas y aller, c’était s’exposer.
Parce qu’à partir de 5h30, le moindre contrôle pouvait tout faire basculer.
Parce que la révolte commençait à 10h00, et que chaque faux pas avant pouvait la fragiliser.

Je n’étais pas indispensable.
Mais j’étais attendu.

Alors j’irais au sport. Malgré la douleur. Malgré le corps qui brûlait encore.
La course jusqu’au stade. Les exercices. Les dents serrées.
Encore tenir.

Je restai immobile dans le noir, à écouter mon propre souffle.
À compter les heures.

Demain, tout commencerait.

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