Repartir à la Grande Boucherie
Cahier de Valentin
Je repars demain au front. Je comptais prendre avec moi un livre de Steiner, mais je m’en abstiens. Si je meurs au combat, je n’ai pas envie que lorsqu’on ramassera mes affaires, on tombe sur un livre allemand. Je serais directement soupçonné de traitrise et mon nom serait tâché comme celui de Charles.
J’ai tourné longtemps dans la bibliothèque en remâchant la conversation que j’ai eue avec la petite Belge, Églantine. Avais-je manqué de respect vis-à-vis de mère ? Je m’en mords les doigts, je ne veux certainement pas ça. Ma famille est mon seul havre de paix, pourquoi ai-je joué avec elle ? Face à cette jeunette, je me suis senti aussi ridicule qu’un poireau parmi des tomates. De plus, à chaque réplique, cette garce fille me remettait en place avec l’autorité d’une institutrice. Cela m’a relativement énervé ; même si, je l’avoue quand elle a émis « le marquis de Sade » cela m’a profondément amusé.
Je sens que c’est la dernière fois que je pars à la guerre. Cette fois, soit je reviendrai les pieds devant, soit, je serai mutilé. Dans tous les cas, je serai foutu.

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