Le livre de satan

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Quelque temps plus tard, j’eus dans ma salle d’attente, une femme seule. Je la regardai surprise et lui dit très gentiment que je ne traitais que les enfants. Elle passa dans mon cabinet sans y être invitée et s’assit devant mon bureau. Je soupirai et m’installai à mon tour. Je lui proposai, un peu malgré moi, de m’expliquer son cas. Elle me raconta qu’elle ne venait pas pour elle mais pour un enfant-chat qui rôdait autour de sa maison. Je lui demandai des détails.

Elle était la bonne du curé et avait l’habitude de servir aux nécessiteux une soupe après l’office du dimanche. Beaucoup de mendiants connaissaient l’adresse et venaient prendre une gamelle à midi trente. Le petit vint un jour, à cette heure-là. Puis il revint le lendemain. Elle lui expliqua qu’il n’y aurait de la soupe que le dimanche mais le gosse s’était mis à miauler.

  • Miauler ?
  • Oui exactement comme ça : miaouuuuu fit-elle en tendant son cou.

Je me retins de rire et d’une main, je lui demandai de continuer. Elle me raconta qu’elle avait dû lui donner un morceau de pain pour qu’il arrête ces jérémiades parce que tout le monde la regardait. L’enfant mangea son pain, en faisant comme si le pain était une souris. Il jouait avec en le lançant d’une main à l’autre et l’attrapait avec sa bouche entre les deux. Au bout de deux jours de comédie, elle se renseigna sur les parents de cet enfant. Personne ne les connaissait et tout le monde appelait l’enfant « Garou »

  • Garou ? Comme loup-garou ? m’exclamai-je outrée.
  • J’eus aussi cette réaction, moi, je le nommai « Spirou ». C’est quand même plus gentil, non ?
  • Certes, dis-je peu convaincue.

Spirou n’avait pas de parents et vivait avec les chats de gouttière. Il faisait les poubelles pour se nourrir et se léchait comme un chat. Ce serait quand même bien qu’il soit comme un vrai enfant, non ?

  • Ça, c’est sûr ! où est-il ?
  • Il est dans le jardin.

Je me levai et partis à sa recherche. L’enfant était assis comme un chat à côté de la porte, il se léchait le bras avec force. Je m’aperçus qu’il avait de grandes plaques d’eczéma sur les bras et sur les jambes. Je proposai directement de traiter cela ; l’enfant ne se lécherait peut-être plus. Je vis dans l’enfant beaucoup de détresse mais pas vraiment une incapacité à vivre comme les autres. Très doucement, je mis la main sur l’épaule de l’enfant. Il ne réagit pas. Qui jouait la comédie à qui ? me posais-je. L’enfant avait-il compris que pour se faire accepter par cette femme, il fallait jouer au chat ? Où l’avait-elle conditionné à ce point pour l’obliger à être un chat ?

Spirou s’étira, courut quelques mètres dans le parc, il retira son pantalon pour faire ses besoins.

  • Mais c’est une fille ! m’exclamais-je.
  • Oui, c’est une femelle, je ne vous l’ai pas dit ?

Cela me remplit de colère. Je commençais à percevoir un jeu profondément vicieux de cette femme sur cette pauvre gosse.

  • Non, vous avez toujours parlé d’elle en disant « il » et non « elle », pourquoi ?
  • Parce que sinon, elle se ferait embêter par les garçons du quartier. J’ai fait croire à tout le monde que c’était un garçon et c’est tant mieux pour elle.

Je soupirai.

  • Retournons à mon bureau et dites à Spirou de nous suivre. Voulez-vous ?

Madame Vanhennecker jeta des petits morceaux de jambon pour attirer l’enfant à l’intérieur. Cela m’exaspéra. Elles entrèrent et je refermai la porte à clé derrière elles, tout en laissant la clé dans la serrure. L’enfant miaula et se mit à gratter la porte.

  • Laissons-la miauler, dis-je de manière assez autoritaire, moi je ne parle qu’aux enfants. Quand cette petite fille me demandera un sucre d’orge, comme une personne à part entière, elle en aura un.

L’enfant s’arrêta de miauler et prit une mine boudeuse. Elle se plaça devant la fenêtre. L’enfant faisait la comédie, j’en étais certaine. Mais la femme qui était devant moi attendait un diagnostic complet. Elle avait les mains sur les genoux et me fixait calmement.

  • Votre petite fille souffre d’un syndrome de pithiatisme.
  • Ah ! dit la femme, avec un petit sourire.

Je n’aimais pas ce petit sourire, je ne savais pas à quoi il était dû. Était-ce parce qu’elle avait un nom sur une maladie ou tout simplement parce que tout ceci n’était qu’un mauvais canular. Je craignais la deuxième possibilité, cette femme n’était pas nette. Elle cherchait manifestement à me tendre un piège mais je n’arrivais pas à savoir lequel et pourquoi elle s’en prenait à moi. Je plissai les yeux, la dévisageai un moment.

Je me levai et très doucement, je mis la main sur l’épaule de la fillette. Madame Vanhennecker mit du jambon devant son nez pour que l’enfant me suive. D’un geste sec, je retirai le jambon et dis :

  • Ce n’est pas un chat, c’est une petite fille qui a très peur. Tu vas me suivre et on va laisser madame Vanhennecker, ici. Tu monteras toute seule sur la table d’auscultation, je vais seulement mettre de la pommade sur tes bras et sur tes jambes. C’est d’accord ?

La petite fille lança un regard craintif et interrogateur vers sa protectrice. Elle refusa d’un petit mouvement de tête presque imperceptible. Je continuai en faisant mine de ne pas avoir vu le signe :

  • Mais oui, madame Vanhennecker est d’accord. N’est-ce pas madame ? Vous voulez bien que je soigne cette enfant ?
  • Bien entendu, bredouilla-t-elle.
  • Parfait, allez nous attendre dans le jardin.
  • Il est préférable que je reste ici.
  • Pas de problème.

La petite me suivit avec une pointe de méfiance. Nous nous isolâmes dans la pièce voisine.Tout en lui parlant, je lui retirai doucement sa chemise. La petite me fixait avec de grands yeux apeurés. Je regardai la première plaque d’eczéma. Il ne s’agissait pas d’allergie mais plutôt d’une urticaire occasionnée par des orties. Je posai mes mains sur la plaie. La petite ferma les yeux doucement.

  • Tu peux avoir confiance en moi, lui soufflai-je. Je crois que madame Vanhennecker me ment. Elle me fait croire que tu te prends pour un chat mais il n’en est rien. Elle t’oblige à le faire, pour me poser des problèmes. Si tu ne le fais pas, on te battra avec des orties, je me trompe ?
  • Oui, chuchota-t-elle. Ça ne fait plus mal, là où vous avez mis vos mains.
  • C’est même terminé, lui dis-je. Comment t’appelles-tu ?
  • Julie.
  • Bonjour Julie, dis-je en posant mes mains sur le second bras.
  • Tu as des parents ?
  • Non, s’il vous plaît, vous pouvez mettre vos mains sur mon dos ?

Je soulevai la camisole, le dos était lacéré de coups. Deux longues plaies faites par un fouet rayaient le dos de l’enfant. J’en eus mal au ventre. Celles-là étaient plus anciennes. Je la soignai doucement avant de retourner au bureau.

Madame Vanhennecker était à la fenêtre. Elle se tourna vers nous, observa l’enfant d’un œil suspicieux. Julie baissa la tête. Puis dans un sursaut, elle se gratta l’oreille comme un chat. Cela sembla rassurer, sa pseudo protectrice qui dit :

  • Cette pommade fait des miracles ; on ne voit plus rien !
  • Ce n’était pas de l’eczéma mais de l’urticaire provoquée par des orties, répliquai-je en la toisant.

Elle fit un petit mouvement de la tête, plissa les lèvres et répondit :

  • Ah bon ! elle aura dû se rouler dans les orties, alors ! Quelle biesse !

C’est sans doute cette petite insulte qui décida Julie. Je vis ses yeux lancer des éclairs à son bourreau.

  • Bien, nous allons terminer la consultation par un petit récapitulatif que je note dans ce cahier. Ainsi si vous revenez, nous aurons déjà un dossier à son nom.

Je pris un cahier d’écolier et écrivis en grand sur la couverture « Spirou ». Puis, j’écrivis tout en prononçant les mots notés :

  • Vous avez pris en charge une enfant des rues que vous avez nommée « Spirou ». Vous avez constaté un comportement étrange ressemblant à peu de chose près pour un chat. L’enfant boit à même l’écuelle, il vous suit que si vous jetez des morceaux de jambon devant lui. Vous dites que, chez vous, il vient ronronner sur vos genoux. Vous me parlez de cette enfant et vous l’habillez comme s’il était un garçon parce qu’il y a trop de mauvais garçons autour de chez vous.
  • Certes.
  • Vous vous inquiétez de ce comportement et vous venez ici pour que cette fillette quitte ces agissements. Ça, c’est l’anamnèse, n’est-ce pas ?
  • En effet, bredouilla la femme qui ne semblait plus si sûre d’elle.
  • Bien. J’en viens donc à la consultation :
  • Je constate que l’enfant est propre. À première vue, je crois que cette enfant est couverte d’eczéma, mais il n’en est rien, elle a été battue avec des orties. J’en viens à la maladie : je détecte un cas pithiatisme, dis-je.

Madame Vanhennecker eut une mimique quelque peu vainqueur. Cela me conforta dans l’idée qu’elle était de mèche, qu’elle attendait que je me trompe pour pouvoir me faire du mal. Je ne comprenais pas vraiment le pourquoi mais cela viendrait bien assez tôt. Je déposai mon stylo et demandai :

  • Vous comprenez le sens de cette maladie ?
  • Non, c’est la première fois que j’entends ce mot.

Je lui expliquai en utilisant les mots les plus médicaux possible afin de la noyer dans un flot de paroles qu’elle ne comprenait pas. Comme elle était relativement prétentieuse, elle n’osa pas demander que je réexplique en d’autres termes. Au bout de l’explication, elle me fixait avec une pointe de mépris.

  • Et comment ça se soigne, tout ça ? dit-elle
  • Avec beaucoup d’amour, d’affection et de temps. Je vais vous décrire la marche à suivre dans le protocole.
  • Un protocole maintenant !

Je bouillonnais mais je ne relevai pas la réplique et pris une autre feuille de papier calmement. J’eus soudain une inspiration qui me sauva plus tard de la prison :

  • Tenez, signez ici !

Ce n’était pas dans les habitudes mais ainsi je protégeais mes arrières et cette femme me paraissait bien vicieuse. Madame Vanhennecker fut étonnée de devoir signer le cahier mais elle le fit sans rouspéter. J’hésitai aux mots à employer pour ne pas me compromettre si cette femme me voulait des ennuis. Je prescrivis une pommade apaisante pour les plaies à appliquer trois fois par jour

Ensuite, je lui fit payer cher, deux fois le prix des autres, juste pas plaisir. J'ouvris enfin la porte d'entrée. Elle appela Julie en claquant la langue. Il n’en fallut pas plus pour que l’enfant filât entre nous.

  • Julie ! cria madame Vanhennecker.
  • Julie ? répétai-je en la fixant d’un air étonné. Elle s’appelle Julie ? Je croyais que vous l’appeliez Spirou !
  • Je me suis trompée, je parlais de ma nièce.
  • Ah ! appelons-la alors.

La femme me regarda puis cria à nouveau Spirou. Nous fîmes la recherchâmes pendant près d’une heure. Pour finir, je lui dis :

  • Appelons la police, nous avons le téléphone.
  • Non. Pas la police !
  • Bien, alors voilà ce que nous allons faire, vous rentrez chez vous, soit elle arrive directement et dans ce cas, vous me faites prévenir par téléphone, soit elle se montre ici, et je viens vous la ramener. Ça vous va ?
  • D’accord, dit-elle sans grande conviction.
  • Ne vous inquiétez pas, j’ai des chats, je sais comment m’en occuper !

La femme me dévisagea interloquée, elle se demandait manifestement, si j’avais été dupe à cette mascarade ou pas. Je ne soutins pas son regard très longtemps, j’avais peur d’éclater de rire. Mon œil fut attiré vers le fond du parc où une silhouette familière et tant attendue avançait vers moi. Je respirai profondément. D’un petit signe de la tête, je pris congé de cette mégère et me dirigeai vers elle.

  • Je ne vous ai pas tout dit, mademoiselle ! Je testais seulement votre capacité à diagnostiquer. Et je ne me suis pas trompée, vous n’êtes qu’un imposteur !
  • Ah bon pourquoi ?
  • Vous lui avez trouvé une maladie !
  • Non justement, j’ai diagnostiqué du pithiatisme et manifestement, vous ne savez pas ce que ça veut dire : je vais vous l’expliquer plus clairement : cette petite fille n'a rien si ce n'est qu'elle est traumatisée par un très mauvais traitement : elle est battue et sans doute abusée. Sous la menace d’une nouvelle torture, vous l’avez obligée à ce jeu stupide. Voulez-vou que nous appelions la gendarmerie?

Madame Vanhennecker me dévisagea un moment. Je vis dans son regard la peur de la justice. Elle plissa les lèvres et répondit :

  • Vous avez peut-être pu voir les coups, mais comment osez-vous prétendre qu’elle a été abusée ?
  • Je suis médecin, diplômée de l’université de Paris ; ce qui ne vous suffit manifestement pas, puisque vous vouliez me jouer ce mauvais tour. Je n’en comprends d’ailleurs pas la raison, nous ne nous sommes jamais vues, je ne pense pas vous avoir fait du mal.
  • Vous paierez pour votre famille, grinça-t-elle.
  • Ma famille vous aurait fait du tord? Et la fillette ? Elle paie pour qui ? Qu’ont donc fait ses parents pour que vous la traitiez ainsi ?

Elle dodelina de la tête d'un air dédaigneux. Elle me désigna du doigt et déclara :

  • Si vous avez diagnostiqué les abus, c’est seulement parce que vous êtes d’une famille de dépravés. Je le sais !
  • Encore une accusation stupide et sans fondement !

Elle sortit de son sac un petit livre d’une centaine de pages dont le titre était « ton papillon ». Elle me le tendit et je l’observai sans comprendre. Je relevai les yeux vers elle et grimaçai mon incompréhension. Elle me le prit des mains et l’ouvrit à une page précise.

  • Lisez ! dit-elle.

Il s’agissait d’une histoire érotique qui me fit rougir. Une nonnette travaillait une vigne dans une orangerie attenante à un château. Une autre nonnette vint la distraire en lui soulevant la robe. Loin d’être offusquée, la nonnette écartait les jambes afin que sa comparse y glissât des raisins et que celle-ci les mange. La comparse souleva sa robe, c’était un homme.

Mes yeux sortaient de leurs orbites. J’arrêtai ma lecture et rendis le livre en déclarant :

  • Je ne vois pas en quoi cela me concerne, je ne suis pas écrivain et je n’aurais jamais écrit un livre de la sorte !
  • Je pense le contraire, c’est le même style de mots que ceux qui sont utilisés dans vos articles sur l’hygiène et la santé.
  • N’importe quoi ! ce sont des calomnies ! alors que vous, vous devez être assez avilie pour acheter un livre pareil !
  • Je ne vous permets pas, dit-elle offusquée. Ce n’est pas moi qui l’ai acheté, c’est ...

Elle s’interrompit brutalement. Elle regarda à gauche et à droite comme si elle en avait trop dit.

  • C’est ?
  • Je l’ai trouvé sur le banc de l’église...
  • Et vous l’avez lu ! dis-je. Vous auriez pu très bien le jeter mais vous ne l’avez pas fait. Pour ma part, je ne pourrais pas lire plus que la page que vous m'avez ouverte!

Piquée par cette dernière remarque, la femme tourna les talons. Je la regardai partir avec soulagement. Valentin était assis sur le petit muret du jardin de la conciergerie. Il attendait que j’en finisse avec cette femme. Elle arriva à sa hauteur, fit semblant de ne pas le remarquer. Elle déposa le petit livre à côté de lui. Elle se tourna vers moi, et me dit :

  • Je rends à César ce qui appartient à César ou plutôt à Satan ce qui appartient à Satan !
  • Disparaissez ! hurlais-je.

Elle fit trois pas vers moi et dit :

  • Pour Julie, dites-lui que si elle n’est pas dans trois jours à la maison, ce n’est pas moi qui viendrai la rechercher, c’est ...

Elle s’interrompit une nouvelle fois.

  • C’est ? Celui qui laisse traîner ces torchons sur un banc d’église ?
  • Elle sait qui !

Elle fit demi-tour et partit d’un pas rageur. Arrivée à nouveau à l’endroit où elle avait déposé le livre, elle lança un regard vers lui et hurla : le livre flambait ! apeurée, elle courut sur la route comme si elle avait rencontré le diable.

Valentin riait en la regardant détaler, je ne doutai pas un instant qu’il était responsable de cette farce. Je me dirigeai vers lui. Il se tourna doucement vers moi. Il était aussi beau que lorsque je l’avais vu la première fois. Aucun stigmate d’opium ne ternissait son visage. Ses yeux bleus plongèrent dans les miens et sans attendre que je prenne la parole, il me dit :

  • Je suis venu te demander pardon. Pardon pour t’avoir brutalisée, humiliée, trompée. Pardon de n’avoir pas été là à la naissance de Louis ni à sa mort. Pardon de n’avoir pas entendu tes besoins. Pardon pour les inquiétudes ;pardon pour les débordements. Je t’ai aimée. Intensément. Je m’en vais définitivement. Je voudrais que tu sois heureuse. Tu trouveras un autre mari et celui-là sera ton binôme. Adieu, Églantine.

Il me caressa la joue, sa main était douce, étonnamment réconfortante. Mes larmes coulèrent sur mes joues, j’étais incapable de prononcer un mot. Il sourit :

  • Tu as compris, n’est-ce pas ?

Je hochai doucement la tête :

  • Tu es mort, soufflai-je.
  • Oui. Merci de ta sollicitude, dit-il encore.

Puis il disparut.

Je restai longtemps assise sur le muret à le pleurer. C’est Alice qui me trouva complètement vide de larmes et d’émotion. Je lui racontai la visite de Valentin d’une manière assez décousue. Elle ne dit rien sur la mort de mon mari, je me doutai qu’elle ne s’en attristait pas. Elle fronça les sourcils, et me demanda :

  • Dis, la gamine, elle est où ?
  • Oh mon Dieu, cherchons là ! m’écriai-je.

Nous partîmes directement à sa recherche. Nous la trouvâmes endormie contre le chien du palefrenier.

Nous rejoignîmes le château avec Julie dont l’esprit était encore fort dans les brumes du sommeil. La première personne qui vint à notre rencontre fut Olivier. Julie se réveilla en une fois et se cacha dans mes jupes. Dorothy arriva quelques instants plus tard. Alice prit l’enfant par la main et l’emmena aux cuisines afin de lui donner un bain et des vêtements propres.

Durant ce temps, mes parents et moi, nous rejoignîmes le salon où l’heure du thé avait sonné. Je racontai la visite de madame Vanhennecker, sans parler de Valentin. Lorsque je parvins à la dernière partie, celle du livre honteux dont elle m’avait fait lire une partie, Olivier se leva brutalement et se planta devant la fenêtre, dos à nous. Je m’interrompis, un peu surprise. D’une main agacée, il me fit signe de poursuivre.

  • Quand je lui ai expliqué qu’avec ce qu’elle venait de signer, dis-je, elle ne pourrait pas me poursuivre pour quoi que ce soit, elle s’en est allée.
  • Bien joué, me dit-il.
  • Mais qu’y avait-il dans ce livre de honteux ? demanda assez naïvement ma mère.
  • C’était l’histoire de deux nonnettes qui forniquaient dans l’orangerie d’un château, répondis-je sans reprendre mon souffle.
  • Bref, rien à voir avec nous ! répliqua un peu brutalement Olivier.
  • Certes, répondis-je moins sûre de moi, cependant...
  • Cependant ? releva Dorothy.
  • Cependant, Fanny a reçu la visite d’un curé menaçant qui lui a dit qu’il avait fait le lien entre l’achat d’un livre honteux et l’imprimerie. Elle s’est demandée si...
  • Je suis au courant, m’interrompit Olivier.

Dorothy et moi nous le fixâmes légèrement interdites. Le ton de mon père avait été relativement pressé. Il nous dévisagea un instant et s’expliqua :

  • André m’en a parlé. J’ai fait une petite enquête auprès de mes ouvriers, rien d’opprobre dans leur travail. J’irai voir ce curé et je lui clouerai le bec.
  • Pourquoi ne pas aller à la police ?
  • Et que lui dirait-on ? répliqua Olivier. Nous n’avons pas le droit d’enlever un enfant même si celui-ci est maltraité ! tout d’abord, nous devons signaler aux autorités que nous l'avons recueillie et que tu as diagnostiqué de mauvais traitements.

Dorothy servit le thé. Je tournai machinalement dans ma tasse en pensant à cet après-midi mouvementé. Je repensai à Valentin qui devait gésir dans son hôpital à Gand.

  • Autre chose Églantine ? me demanda Olivier en me voyant changer de tête.
  • Valentin est mort.

Les cuillères s’arrêtèrent de tintinnabuler dans les tasses. J’expliquai sa venue, juste après celle de Vanhennecker, très calmement. Personne ne trouva mon récit étrange. Je finis mon récit en demandant simplement que son corps nous soit rendu afin que nous puissions l’enterrer auprès de Louis. Olivier me promit de s’en occuper.

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