Chapitre 7 Un nouveau meurtre
Maryline enfilait ses mitaines assorties à son manteau et à son foulard autour du cou prête à partir. Elle ne se ménageait pas dans son travail ni comptait ses heures supplémentaires. Luronne, elle s'organisait à sa guise pour les courriers administratifs, elle débordait souvent à les reformuler et se corriger. La mort de Nadia et Michel bouleversait les administrés. Cela demandait une organisation pour les remplacer et leur rendre hommage. Encore à son bureau, Victor Rousselet l'interpella. Il était dix-neuf heures, elle n'était pas à l'aise d'être face à lui depuis la dispute de Nadia avec lui. Elle resta sur le pied de la porte.
—Maryline nous n'avons jamais eu l'occasion de faire causette ensemble. Il l'invita à la rejoindre.
—Oui, mais je.. Maryline se méfia.
—Voyons, nous sommes en train de parler de votre évolution.
Le cœur serré, elle posa sa main sur sa poitrine. Elle e avait en tête la mort de Nadia surtout. La dernière fois qu’elle avait vu et entendu la conversation avec Victor Rousselet. La peur d’un retour de bâton par des admonestations de sa part. Marilyne adossa son dos contre la porte et plia une jambe. Sa robe violette sélecte en velours se retroussait et ses jambes avec ses collants apparaissaient. Elle n’avait pas une tenue paillarde, elle n’avait pas de décolleté. Elle n’était pas vilaine ni jolie avec sa mine de sainte nitouche, mais c'était un signe évocateur, il aurait volontiers répondu à l'appel de cette femme célibataire. Depuis vingt ans, elle était dans ses murs et elle avait toute sa place. Lui avec ses soixante- neuf ans loin d’être un bellâtre avec sa carrure ossu, il n'avait pas l'habitude de freiner son appétit sexuel. Mais ce n'était pas à la ferme de démarcher, c'était à lui avec un chantage humiliant et un air bourru. Il prenait les femmes pour des objets jetables. La carte de la séduction le distrairait et ainsi il oublierait son objectif premier de sa visite. Il baissa les yeux.
—Vous êtes une personne loyale, un vrai moteur et d'atouts.
Maryline retira un pied de sa chaussure et se frotta le long de sa jambe.
- Vous avez été interrogé par la police d'après ce qu'on m'a dit.
Marilyne positionna plus convenablement et déglutit. Il braqua ses yeux sur elle avec dureté.
—Sur le contenu de conversation ?
—J'aimerais que cela sorte de votre bouche.
—Serait-ce vraiment une obligation d’entamer sur ce sujet ? J’ai dû me démettre l’épaule par une mauvaise manipulation au niveau de l’épaule.
Maryline se frictionna l’épaule et fit semblant d’avoir mal.
—Cela va enchevêtrer entre la mairie et la police si je me dois disculper, déjà c’est la pagaille avec la perte de Michel Dumoulin et Nadia Bolcho. Si vous avez témoigné en ma défaveur, vous pourriez tourner dans le sens d’un mauvais jugement de votre part.
La lèvre du haut était relevée et celle du bas descendait. Les dents apparaissaient, Maryline fut embarrassée. Son regard sévère et dur en disant long sur le sérieux de son questionnement. Il semblait excédé ses yeux reflétaient la colère les rides du le front se pliaient. Jamais elle ne l’avait mis dans cet état. Il était abusif de sa part de lui demander de déclarer un faux témoignage et elle récusa.
—Ce n’est pas un secret de vos pratiques.
Victor tapa ses mains sur son bureau.
—Vous fiez à des calomniateurs comme par exemple Nadia Bolcho ! Je n’avalise pas ce genre…
La sonnerie de téléphone portable sonna, elle pivota d’un quart de tour pour décrocher.
—Ah tiens bonsoir Bruno quelle surprise !
Inattentive, elle n’entendit pas Victor. Le foulard se désajusta et pendilla.
—Dîner ensemble ?
Il fut derrière elle, il le renoua et serra, serra, serra.
—Ben…
Elle la lâcha son téléphone. Elle ne pouvait rien faire, il était plus fort qu’elle avec sa poigne. Les yeux de Maryline sortaient de leurs orbites. C’était sa dernière heure, il ira jusqu’au bout, il se déchaîna sur elle, elle devait se taire. Les muscles de son visage se dessinaient et il grimaçait, sa mâchoire se crispait. Il mettait toute sa force et sa volonté pour lui ôter sa vie. Il comprima sa gorge, elle étouffait de plus en plus. Elle se débattait en essayant d’avoir une prise sur ses mains, elle échoua, elle était chétive. Il lui coupait l’air qui ne pénétrait plus. Elle mourut et tomba sur le parquet. En nage, sa sueur ruisselait sur son front, il s’essuya avec son mouchoir. Il fuma son cigarillo. Il était dix-neuf heures sans plus aucune clarté dans le ciel, mais un noir ébène. Il aurait bien amener à l’étang des trois sources à l’Isle-Adam au milieu des oiseaux migrateurs avec la forêt en face en prenant sa voiture mais comment repartirait-il ? Il recevait des convives à 20 heures, une idée surgit brusquement : simuler un racket et le corps de Maryline serait dans sa propre voiture. Son argent liquide et sa carte bancaire disparaîtraient, pour son téléphone portable, il avisera plus tard. Il était déjà dix- neuf dix. Il prit les clés de voitures de Maryline dans son sac à main, il partit ouvrir les portières pour préparer le terrain. Sa Clio grise contiguë à la sienne, toutes les ouvertures de portes étaient prêtes, il l’installa sur le siège conducteur, ses mains sur ses genoux, ses yeux grands roulés en arrière et sa bouche entrouverte avec son foulard noué au repose-tête. La mise en scène était prête, le sac à main avec le portefeuille vide et le téléphone portable restèrent sur ses genoux. Sa femme avait préparé la table. Les assiettes vertes décorés de feuilles blanches recouvertes de serviettes rouges en papier et par-dessus les couverts et à côté les gamelles de raclettes, divers bols dispersés avec des tomates, de la feta, des olives vertes, des oignons, du gouda et du jambon n’attendaient qu’à être dégustés. Les invités arrivèrent en retard, cela donna une chance à Victor Rousselet lui souffla :
—Si la police te demande à partir de quelle heure étais-je rentré ? C’était avant dix-neuf heures.
—Ah…encore…
—Ne sois pas une traite sinon tu finiras dans une tombe.
—Je ne serais pas la première ni la dernière. Je n’ai pas les yeux fixés sur l’heure de toute façon. Je suis encore ta femme sur les papiers mais c’est tout.
—Tu es contente de profiter de mon argent et toit.
La sonnette retentit, elle mit un terme à leur dispute.
***
Un soleil étincelant dans le ciel projetait ses lignes sécantes orangées. Un froid sec. Des plaques de glace s'étaient formées sur des flaques d'eau pendant la nuit.
La ville se réveilla de nouveau dans l'horreur. Encore sous le choc de deux meurtres de Michel Dumoulin et Nadia Bolcho, l'adjointe administrative était retrouvée morte dans sa voiture étranglée. Maryline était très appréciée par ses administrés par sa gentillesse. La police scientifique ainsi qu'Olivier Charreau, Joël Bruni , Franck Bidier étaient là. Olivier Charreau s'occupa du maire pendant que Franck et Joël notèrent les premières constatations du médecin légiste. Victor était aux abois, ilIl s'était pressé sans prendre de précautions. Il s'attachait plus à être présent chez lui rapidement. Sa femme dira exactement selon ses désirs, il ne s'inquiétait pas pour ça. Le commandant Charreau le questionnait. Victor ne le regardait pas en face, un air abattu et un ton larmoyant.
—C'est beaucoup de morts en peu au sein de notre mairie. Maryline était une perle.
—Comment cela se passait-il avec les autres ?
—Je n'ai pas eu d'écho négatif sur elle.
—Et sa vie ? Avait-elle un homme ?
—Ça je ne le saurais pas vous le dire. C'était une belle femme.
—Avant de mourir, elle aurait rapporté au capitaine Bruni, une querelle entre vous et Nadia Bolcho.
Victor réagit au quart de tour.
—Oui et alors ?
Il releva la tête et confronta au regard. Un regard dur sans sourire. Les sourcils se soulevèrent vers le haut.
—Sa mort a peut-être un lien entre eux.
—Qu'insinuez-vous ?
—Une mort intentionnelle... qui vous concernerait, mais pourquoi Michel Dumoulin ?
Victor avait un sourire forcé.
—C'est vous l'enquêteur !
— Cependant, le recel est aussi possible.
Franck le dérangea dans son interrogatoire et lui chuchota à l'oreille, puis s'en alla.
—Nous serons bientôt fixés, des empreintes sont sur les poignées, son sac et à l'intérieur. Les clés sur le tableau de bord et le téléphone portable bien en évidence. L'heure approximative du décès serait entre 19 heures et vingt heures. Question de routine : où étiez-vous... ?
—Chez moi avec ma femme. Nous avions un repas prévu avec des amis à notre domicile.
—Nous vérifierons. La pauvre morte étranglée, un voleur irait-il jusqu'à là pour de l'argent ou est-ce pour une autre raison ? ... Bien, je vous mettrai au courant. Nous serons peut-être amenés à nous revoir.
Les deux hommes se serrèrent la main. Olivier Charreau ne croyait pas à la thèse d'un voleur. Les portières n'étaient pas verrouillées, le téléphone portable encore allumé, le dernier appel était de Bruno Hérésie. Il pressentait que le maire était peut-être mêlé. La place de parking qui lui était réservée correspondait à la voiture aperçue par Bruno. Il avait dû urger pour autant de négligences.
***
Bruno était à son garage avec ses employés. Il démontait une roue avec un cricket. Joël pénétra dans l'atelier. Sa secrétaire n'était pas encore là.
—Monsieur Hérésie, puis-je m'entretenir quelques instants ?
—Je vous ai déjà...
—Un événement est arrivé.
—Ce n'est pas Marlène...
—Non, je vous rassure, il s'agit de Maryline Douvet.
—Quoi ?
Bruno se releva.
—Maryline... mais que lui est-il...
Bruno comprit que si Joël était là, c'était pour une mauvaise nouvelle.
—Non ne me dîtes pas...
--Malheureusement si...
Bruno répéta plusieurs fois.
—Oh non... non... non...pas possible...
Bruno s'accouda à la voiture et baissa la tête. Il suffoqua dans les larmes. Joël posa sa main sur son épaule, touché par son chagrin. Il pouvait être son père. Mais Bruno ne l'était pas.
—vous devriez-vous asseoir.
—Oui, vous avez raison.
Bruno alla devant, sa marche nonchalante, il prit un coup par ce deuil. Il s'assit et réfugia sa tête entre ses mains.
—vous avez eu une conversation avec Maryline Douvet
Bruno haussa les yeux au ciel.
—Et alors est-ce un crime de ...
—Non de quoi...
Bruno se chauffa, cela lui parut désagréable de s'introduire ainsi dans la vie intime. Il riposta.
—Je dois vraiment me justifier comme un criminel !
—C'est pour vous rayer de la liste des...
—Purée ! Je n'ai rien à voir avec sa mort !
—Je ne fais que mon job.
Rien n'y faisait, il devait se prêter au jeu.
—C'était juste pour dîner avec elle.
—Depuis combien de temps la connaissez-vous ?
—Depuis mon mariage avec Marlène, on avait vite sympathisé avec elle. On l'a souvent sollicité pour des renseignements pour l'association. Elle était plus âgée que nous de quelques années.
—Et sur ses relations amoureuses ?
—Sur ses prétendants, rien de sérieux.
—Des ennemis ?
—Elle n'avait pas toujours pris des hommes libres. Elle n'était pas ricrac de ce côté-là. Où a-t-elle retrouvé morte ?
—Sur le stationnement de la mairie.
— Elle était encore là quand...j'ai entendu quelque chose qui est tombé et plus rien. Elle devait être avec quelqu'un.
—Oui le tueur.
Bruno se mordit la lèvre.
—Je suis vraiment un imbécile.
—Pourquoi ?
—J'ai eu un appel en attente et je l'ai pris. Après, je n'ai plus pensé à elle.
Joël le fixait dans ses mouvements des yeux, des lèvres les expressions du visage, sur ses tics, sur son physique. Il cherchait un point commun avec lui, sur sa taille, sa voix. Il brûlait d'envie de savoir sur son passé avec sa mère. Ses demi-sœurs, ses goûts.
—Et pour Marlène ?
—Je ne suis pas en mesure de...
—C'est la mère de mes enfants !
—Elle va être incarcérée.
—C'est bizarre, vous me rappelez quelqu'un.
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