Chapitre 8 Anita veut prendre les choses en main.

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Anita était vautrée près de Micky, Bruno venait de lui apprendre l’incarcération de sa mère. Le jour même, un article de journal apparut.

Un nouveau corps a été retrouvé dans une voiture à Luzarches quelques semaines après la découverte des cadavres de Nadia Bolcho et Michel Dumoulin. Marlène Hérésie est déjà inculpée pour complicité de meurtre, ce nouvel assassinat pose la question, il y aurait-il un lien avec les autres victimes ? Il s'agit cette fois de Maryline Douvet une employée de la mairie depuis une vingtaine d'années. Qui en veut à la mairie ? Et pourquoi ? Une psychose commence à naître. Une cellule psychologique est mise en place au service et à l'écoute des employés. Victor Rousselet déclare être choqué. Le procureur souhaite trouver l'assassin pour que Luzarches retrouve sa sérénité.

Anita était d'humeur maussade. Depuis que sa mère était partie, elle était senestre, désorientée. Comment consulter les comptes de l'association ? Où était le carnet de chèques ? Les papiers ? Les carnets de santé des chiens ? Des chats ? Qui prend un traitement ? À quel moment ? Y-avait-il des notes pour eux ? Où en était-elle avec la banque ? Combien de temps resterait-il à être entre ses murs ? Ce logis était loin d'être cossue, mais elle avait son histoire. Déménager de là définitivement serait un crève-cœur. Toute son enfance était là. Sa chambre d’enfant, un lieu où elle jouait avec ses poupées. Elle était leur maman, elle les habillait, elle les coiffait, elle les lavait, elle leur apprenait à écrire sur un tableau. Avec sa dînette, elle leur préparait des petits plats. Ses jeux, ses pleurs, ses rires, c'était hier. Lorsque les animaux arrivèrent à la maison, ce n'était pas l'arche de Noé mais ce n'était pas loin. Elle délaissait ses poupons pour pouponner des êtres à deux ou quatre pattes. Le divorce de ses parents avait bousculé son univers. Mais sa mère était toujours là à l’apogée de son action.
Anita grandissait dans l'univers de sa mère qui lui appartenait désormais.
Seul l'abat-jour éclairait la pièce.
Quelconque qui franchirait la salle de séjour se croirait à veiller un mort. Le cafard lui plombait le moral. Elle bâilla en étirant ses bras. Elle avait abreuvé ses animaux ainsi que les nourrir. L’étau se resserrait par la date butoir de l'huissier de justice.
Anita pouvait rebondir par un nouvel hébergement, mais pas l'association.
Pas la maison ni les animaux.
La vie lui parut abjecte.
Injuste. Glamour avait sa tête posée sur le genou, Anita lui caressa le dessus de son crâne.

— Ne porte pas crédit à mes paroles, mais la seule solution serait la mort. Je te mentirais en te parlant d'un départ pour un voyage. Je partirais dans la nuit pendant ton sommeil. Je serais dans un autre pays avec de la musique et de la danse J'espère et j'imagine meilleur que celui-ci. Je t'aime mon chien, comme vous tous.


Sous son parapluie, Monique lorgnait par la fenêtre. La pluie formait des gouttes et certaines étaient comme des petites vagues. Elle tourna la poignée de la porte. Cela provoqua tout un brouhaha par les chiens. Anita sourcilla. Monique frétillait comme une jeune fille. Anita avait une mine triste. Monique connaissait ce regard éteint qui appelait au secours. Ses yeux étaient vides sans vie. Monique était joyeuse et cette gaieté était dérangeante. Sa venue fera mouche, car Monique prenait les choses en main au point de déplaire Anita. L'autorisation de Bruno lui donnait des ailes.

— Il va falloir retrousser nos manches pour ces boules de poils avec de nouveaux maîtres. Pour cela, il faut mettre tout en règle avec leurs suivis de santé.
—Quoi ?
—Tu as très bien compris.
—De quel droit permettez-vous...
—Pas de chichi Anita, j'ai le feu vert de ton père.
—Pas celui de ma mère. Ils ne sont pas adoptables ou trop vieux.
Monique fronça les sourcils et tança.
—Anita, ta mère va être condamnée à des années de prison, elle n'est pas en mesure de décider.
Anita bondit de son sofa.
—Justement, elle est encore présidente de l'association et moi la vice-présidente.
—Elle est déjà suffisamment empêtrée comme ça. Et puis, des mesures draconiennes doivent s'établir dans les jours à suivre.
—Quoi ?
—Dissoudre l'association. Cela signifie vendre le patrimoine.
—Ah non !
—Tu ne vas pas pasticher ta mère. Elle a abondé en animaux pour vous mettre en banqueroute.
—Vous jetez tout le monde à la rue et au rebut.
Anita bredouilla, elle fonda en larmes.
—Il ne reste plus que quinze jours... l'ornière peut changer de direction pour toi, tu es jeune.
— Et eux ?
— Tu dois alpaguer, c'est élémentaire, n'empirons pas.
Anita bougonna. Comment remédier à tout cela ? Anita jeta un œil sur ses chiens. Elle enlaça autour du cou de Glamour en posant ses genoux à terre. Une maigre consolation. Elle avait le cœur déchiré. Monique ressentit la même chose. Elle avait ce mauvais rôle de la brusquer dans ses retranchements. La scène émouvante l'emportait sur la raison et perdit toute saveur de conquérance. Les animaux patissaient d'une décision de Tribunal sans le moindre humanité. C'était des êtres de chair ayant des sentiments. Ils étaient âgés avec des soins particuliers et jusqu'au dernier souffle. Anita admettait ne pas pouvoir subvenir à tous ces frais. Monique la jaugeait et Anita n'avait plus d'objection. Devant ce tableau attendrissant, Monique n'eut plus d'arguments pour la convaincre. Plus besoin. C'était la fatalité qui se chargeait. Il n'y avait plus de mots. Monique eu une extinction de voix qui brisa.
— Je suis désolée Anita, c'était salutaire.
— Il leur faut un foyer.
— Avec vingt chats et dix chiens ! C'est une facétie !
— Monique, vous pourriez faire l'effort d'adopter un par exemple.

Récalcitrante mais elle était loin d'avoir l'apathie du sort de ses bêtes, elle axa la conversation vers un autre sujet. Elle jeta un regard sur les gamelles.
—Oh mais ils ont tout becté !
—Des vrais gloutons !
—Anita, nous n'avons pas réussi pour la maison, mais pour eux, j'ai une idée.
—Si seulement.
—Il faut alerter les médias et la population environnante pour une adoption. Il suffit de broder pour ...
—Ah non ! Après tout le mal répandu de votre part sur Majorie et Sylvie.
Monique fut piquée au vif et prit mal. Sur un ton, un tantinet, incisif, elle, comme à son habitude, lui fit une remarque :
— J'étais mieux initiée qu'elles au niveau français et sur le terrain. Marlène n'avait pas de prise sur elles contrairement...
— Peut-être mais elles nous ont permis de sortir de cet engluage pour une partie du moins.
Monique s'amoindrit.
— D'accord, je dois reconnaître leur implication a été payante, mais c'était elles qui gouvernaient pas Marlène.
— Elles attiraient un aréopage sur la toile, depuis leurs départs, il y a moins de partisans.
— Hé bien, je réunirai une escouade de quelques personnes pour tes animaux que tu veuilles ou non.
— Ceci dit vous dominiez ma mère mais je ne suis pas elle. Ma mère est en prison, c'est à moi...
— Belle constance, bon courage mais ne viens plus pleurnicher à ma porte.

Glamour s'ébroua dans la cuisine et projeta de l'eau un peu partout. Les carreaux devenaient vaporeux par la pluie incessante.

—Oh non. Je n'ai pas besoin d'une despote.

Outragée et effarée, Monique en avait assez entendu.

—Hé ben, je ne sais pas pourquoi générer autant de médisances à mon égard ?

—J'ai la maturité suffisante pour la suite.

Monique rit.

—Tu babilles ma pauvre enfant. Tu n'es pas une escamoteuse pour éradiquer le trou budgétaire de ta mère.

— C'est fichu pour cela.

—Oui tu as raison, cela l'était dès les prémices de...

— Je ne suis pas une cruche.

— Il n'y a plus que ta harde...

—Sachez que vous ne faisiez pas l'unanimité dans le groupe sur Facebook. Vous avez vite démasqué.

—Bien, je dois tisonner mon feu de cheminée. Je vais me ravigoter. Je suis mitigée sur ton cas. Ta mère est bien logée, cela lui évite de finir une belitre.

—Avec un stratagème bien réfléchi et une méthode de séduction, mon père ne l'aurait pas laissé...

La porte entrebâillait, Monique fut prête à repartir chez elle. Avec une voix placide, elle rajouta :

—Bonne chance !

Anita ne supportait pas Monique, un sentiment inamical. Devant sa mère, elle ne montrait pas inhospitalité. Elle ne serait pas comme elle à être mener par le bout du nez. Anita était une rebelle et indépendante. Monique l'abêtissait pour se croire indispensable. Elle embobinait facilement avec phrases rhétoriques. Elle s'était exclue jusqu'ici à cause de Monique. Elle n'aurait pas fait le poids devant elle. Monique était une ogresse qui avait une telle ascension sur Marlène que personne ne pouvait rien. Bien décidée à lui démontrer ses capacités, elle prit un stylo à la main et gribouilla sa feuille. La rêverie se défilait comme un film devant elle. Sa mère était quelqu'un d'extra à son goût. C'était une femme non non-violente sans paroles verbeuses. Les cancans autour d'elle s'écoulaient sur elle sans réaction. La face immonde la peinait. Mais Anita n'avait pas son caractère. Tout lui parut une plaie. Après plusieurs feuilles chiffonnées, elle réussit à écrire ces mots.

Aujourd'hui, je suis résignée. L'association va fermer ses portes définitivement. C'est un fait. Nous n'avons pas obtenu gain de cause . Il ne reste plus que quinze jours dans ses murs. Toute ma vie était là, une page se tournera pour une nouvelle histoire. C'est un membre de famille que je perds. Je suis en deuil. Ma préoccupation est surtout pour mes chiens et chats, je pense à eux en priorité. Je suis secondaire. C'est une charge pour moi même si j'ai mal au cœur de vouloir pour eux un nouveau foyer. Je fais appel à votre côté Samaritain. Oui, certains sont âgés, malades et inadoptables, ils ont droit à une chance, offrez-leur un bout de vous pour leur fin de vie. Je suis seule, ma mère paie déjà pour une complicité de meurtre malgré elle. La justice et l'huissier ont tranché sur sur elle. Elle porte une pancarte au-dessus d'elle : coupable. Les animaux ne devraient pas subir sur les erreurs des humains. Pensez à eux . Adopter avec votre cœur.

— Je l'ai fait. Cela semblait impossible au premier abord, voire fou ou suicidaire, mais pourtant, je l'ai fait. Comment puis-je les regarder en face ? Je me déteste, j'ai mal, c'est indigeste. Cette annonce va les amener directement à l'abattoir !

Chaque lecture de sa feuille lui enfonçait un poignard dans le cœur. Elle saignait à l'intérieur. Un profond spleen en elle, elle était inconsolable. Sa mère n'aurait pas voulu ça. Mais elle n'était plus là et la sentence tombait comme un couperet. Un adieu à son habitat, à un mode de vie hors du commun.

Anita planta son regard dans les yeux de ses chiens. Ils la sentaient mal. L'un d'eux lui lécha sa main qui pendait. Elle n'avait pas le choix, son père ne recueillera pas dix chiens et vingt chats. Ce sera dur d'être sans eux, sans leur affection. Ils prenaient tant de temps avec sa mère entre le nettoyage des litières, les soigner, les nourrir, passer l'aspirateur à cause des poils qui s'éparpillaient partout. Sa mère en prison ne reviendra pas avant plusieurs années. D'ici ce temps-là, elle aura peut-être changé et ne reproduira plus les mêmes fautes. Pourtant, souvent, c'est le cas. Elle sera obligée de repartir à zéro en n'ayant plus rien. Si seulement, elle en prenait de la graine. Pas sûr. C'était déjà difficile d'être comme nue sans toit, mais ses compagnons poilus ne se remettront pas d'un nouvel abandon. Elle ne pardonnera jamais à sa mère de lui avoir fait vivre une telle torture. C'était elle qui payait les pots cassés. Tout cela était une source d'inquiétude.

— Que va-t-on penser de moi ? Cela devrait être le cadet de mes soucis ! Je vais demander au journal, pas un encart, mais un article qui se voit.

Anita téléphona à son père, elle avait besoin d'entendre sa voix. Ses parents avaient divorcés à cause des animaux, mais pour sa fille, il ferait tout pour elle. Ce n'était pas une vétille ce qu'elles vivaient toutes les deux, il n'était pas à ce point insensible. Sinon cela serait décisif. Elle y avait été un peu à l'esbroufe avec Monique, mais la densité des émotions des derniers mois était stressante. Elle était excusable. Elle était encline à se méfier de Monique à cause des messages reçus de personnes qui voyaient clair en elle. C'était Monique qui poussait Marlène à voir Michel. Pas en étant une entremetteuse, mais pour l'association. S'ils ne s'étaient pas vus, elle serait à ses côtés, sans être au milieu de tout ça. Elle n'aurait pas suivi Michel pour enterrer Nadia, elle n'aurait pas endormi Michel avec des médicaments. Michel n'aurait pas collé Marlène pour être sa maîtresse. Marlène était piégée dans une souricière. Anita n'était plus elle-même entre colère et chagrin, Bruno lui promit de passer après son travail, il fermait à 18 heures 30.

Anita se vêtit d'une veste polaire. L'averse refroidissait la maison. Elle avait besoin de se ressourcer dans ses souvenirs et décida de monter dans le grenier. Elle accéda par une trappe et elle utilisa un escalier en bois. Il était grand, une fenêtre donnait sur la cour. Elle éclaira la pièce. Les frissons lui parcouraient tout le corps. Dans le fond, ses jouets s'entassaient, la poussière se recouvraient sur eux. Des cartons s'empilaient les uns sur les autres, il y a un peu de tout, entre les anciens cahiers d'école et ustensiles de cuisines, des appareils ménagers qui avaient rendu l'âme. Anita examina un à un chaque objet et chacun d'eux étaient dans sa mémoire. Sur la droite, une grande malle qui possèdait de multiples renforts dont des cornières aux angles et des traverses de renfort en bois pour résister aux coups. Elle se fermait par des loquets et serrures en laiton. Elle ouvrit et là, surprise : des anciens actes notariés datant de 1930, elle devait éplucher tout cela.

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