Ce qu'il reste quand on se tait
Une minute de lecture
Les années passèrent.
La lavande repoussa, chaque été. Fidèle. Muette.
Élise ne quitta jamais le village.
Elle se maria. Un homme bien. Doux. Mais elle ne l’aima jamais comme elle avait aimé Madeleine.
Elle eut deux enfants. Leur donna des prénoms simples. Leur apprit la tendresse.
Et chaque soir, elle écrivait.
Des lettres qu’elle n’envoyait jamais. À Madeleine.
Un jour, vingt ans plus tard, une femme descendit du train.
Les cheveux blancs aux tempes, un manteau de laine.
Elle portait un carnet noir dans ses mains.
C’était elle.
Elles se sont vues. Reconnaissables, malgré les ans.
Elles ne se sont pas embrassées.
Elles se sont prises la main.
Et dans ce simple geste, encore, tout était là.
*« Ce monde ne nous a jamais faites reines.
Mais il n’a pas réussi à nous faire disparaître. »*
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