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Naëlle

Ce matin, au lever, un gout de cendre de fiel envahissait ma bouche, j'avais les genoux qui dansaient des castagnétes, ls jambes qui tremblaient,les mains indépendantes de ma volonté divaguaient à leur guise, renversaient tout, café, tasse, pain beurré et confiture, en larme, je terminais sur le parquet. heureusement il n'y avait aucun spectateur a cette déchéance, Tia Magda était partie la veille au soir. Je crois même que j'ai vomi, je crois que j'avais bu plus que de raison pour féter ma liberté enfin retrouvée.

j'y avais cru, j'avais cru que c'était lui le bon, je m'étais lourdement trompée. Pourtant, il y avait eu des signes avant-courreur que ce ne serais pas lui mon héros de tous les temps. Que de temps gaché pour m'apercevoir qu'il n'était qu'un imposteur, qu'il ne connaissait rien à l'amour ni au goût du bonheur, je ne cause même pas de ses piètres prestances au lit ! ( Là je suis peut-être mauvaise, il ne se défendait pas si mal dans ce domaine...)

A oublier, non pire ! Même le souvenir de sa voix me réveille en sursaut la nuit... je tâte le drap où il se reposait... il n'y est plus ! Ouf !

Là je vais mieux, un peu mieux, mais quand, tout de suite aprés le naufrage, je suis allée me réfugier chez Tata Magda, Tia Magda, j'étais pas belle à voir.

Je me souviens... juste aprés... Quand je suis arrivée chez elle, j'avais honte, honte de ce qu'elle pourrait penser, honte qu'elle ai eu raison.Ne m'avait-elle pas dit :

  • Cet homme n'est pas pour toi ? il est sans doute pour personne d'ailleurs, un tel connard !

Elle m'avait dit ça bien avant, bien avant ce carnage, bien avant les Kleenex et les larmes. Elle savait, et moi, trés conne, j'avais cru que je pourrais le changer.

  • Personne ne change les connards en prince charmants avait elle répondu, et je ne l'avais pas écoutée.

Bien évidemment, elle m'avait acceuilli les bras ouverts en me disant simplement :

  • Je t'ai fait du riz sale comme tu l'aimes et des churros au chocolat !

Le riz sale, ne cherchez pas la recette de ce plat, il n'existe pas, c'était papa qui avait inventé cette expréssion autrefois, le riz sale, en opposition au riz blanc : Un riz bien riche avec beaucoups de sauce ! je n'ai jamais aimée,le riz blanc trop cuit avec du beurre et du fromage qu'on nous servait le vendredi avec du poisson.

Tia y mettait n'importe quoi dedans, tout ce qui lui passait par la tête, tout les restes du frigo... Il y avait très souvent, des petits pois, des oignons frits, du jambon, de la côte de porc, du poivron et des oeufs...parfois du poisson et des petits lardons...j'adorais ça !

Quand à ses churros... je salivais juste à y penser... Elle servait à côté un grand bol de chocolat fondu, du chocolat "con léche", bien entendu dans lequel je trempais le beignet bien gras, si c'est pas gras, c'est pas des churros.

Elle en faisait toujours trop, et j'arrivais toujours à les manger, même si j'étais un peu écoeuré ensuite.

  • Caillate y come ! Me disait elle à chaque fois !

Et entre deux bouchées, la bouille barbouillée de sucre et de chocolat je pleurais, des larmes améres.

  • Pleure tout ton saoul, tu pisseras moins, me consolait elle à sa façon un peu rude,

Dans cet univers, quand tout ce débinait, elle restait une valeur sûre, un appui, j'étais plus proche d'elle que de mes parents. Elle restat chez moi le temps qu'il me fallut pour tourner cette sombre page. Elle venait de repartir hier au soir, c'est moi qui le lui avait demandée, j'avais besoin de reconstruire ma vie seule.

Depuis quelques jours, je m'interessait à nouveau à la vie, un jeune et beau garçon, peut être trop timide, peuplait mes rêves, les jours, que les jours pour l'instant, la nuit c'était l'autre qui me les abimaient avec ces cauchemars à n'en plus finir.

  • Attend un peu pour les garçons m'avait dit Tia Magda avant de me quitter
  • Oui ma tante, Lui avais-je sagement répondue.

Mais, elle et et moi nous le savions, je ferais comme bon me plaira. Dans un sourire bizarre qui n'en était pas vraiment un elle me répondis :

  • Je sais ce que tu penses, l'autre est mieux, ça, ça ne sera pas compliqué à démontrer, mais ça n'empéche pas qu'il puisse te faire pleurer à nouveau. Les garçons, c'est comme ça, ça prend les tripes, ça échauffe le corps avant le coeur et ça fait perdre la raison et moi, je serais toujours là pour te consoler, je rentre chez moi, mais je serais là dés que tu en eprouveras le besoin, tu pourras toujours compter sur moi, et puis, moi aussi j'ai fait des choix discutables autrefois quand j'étais jeune et appetissante.Tes connards de grands parents et ton crétin de pére m'ont bannies alors. Mais tu n'es pas comme eux, tu es trop sensible.

Je l'ai sérrée trés fort, j'ai glissée deux ou trois larmes dans son cou et je lui ai dit à nouveau :

  • Oui ma tante, j'ai besoin de sentir la brûlure de la peau d'un garçon pour me sentir vivante, ne te fais pas de soucis, je vais mieux, je te remercie pour tout ça ( dans un geste circulaire je montrais les plats sales, le four encore fumant, les ramequins pleins d'une bonne créme catalane un instant plus tôt, vides à l'heure qu'il est...)

Au fond de moi même, je pensais aux prochaines heures de gymnastiques, aux prochains joggings dont j'aurais besoin pour perdre tout ça. Personne n'arrives à la cheville de Tia Magda lorqu'il s'agit de faire la cuisine.

Personne ne lui arrives à la cheville non plus pour ce qui est de réconforter et de dorloter, mais il est temps pour moi de tourner cette sombre page de ma vie, de foutre à la poubelle, cette triste robe moche de mariée, ces photos où nous avions des tronches de niais, où tout était faux

  • Heureusement avait dit Tia Magda, tu n'as pas eu d'enfant avec ce crétin !
  • Si j'en avais eu un, je l'aurais fait passer comme une vilaine "chiasse" et j'aurais tirée la chasse d'eau, qu'est-ce qu'on à pu rire toutes les deux de cette phrase à la noix !

Bien entendu, heureusement que je n'ai pas eu d'enfant avec lui, lui oui lui, vous n'aurez rien d'autre que lui, il ne mérite pas que je livre son prénom, qui rejoint la poubelle avec robe de marié et cadres photos de cette si belle journée même pas pluvieuse.

Quatre ans, six mois et trois jours, quatre ans six mois et trois jours à oublier, quatre ans six mois et trois jours dont j'aurais pus me passer.

Hier au soir,en sortant de la gare et du bar ou j'ai bu quelques verre, quelques verre de trop moi qui ne bois jamais. En rentrant dans mon appartement, j'ai pensé au garçon a qui à je trouves un air de chateaubriand, je ne connais pas Chateaubriand, enfin juste cette tête d'épagneul qu'il a sur les livres avec ces cheveux fous qui dansent dans le vent breton, j'avais visitée Saint Malo autrefois il y a sa tombe visible à marée basse, sur un coup de tête j'avais acheté un ou deux bouquins dont il est l'auteur

mémoires d'outre-tombe ( pas trés gai ) et...

Les aventures du dernier Abécérange ( ce titre m'a plu )

j'ai ouvert une page au hasard et j'ai lu :

On retourna le soir à Grenade par la vallée du Douro. Don Rodrigue, charmé des manières nobles et polies d’Aben-Hamet, ne voulut point se séparer de lui qu’il ne lui eût promis de venir souvent amuser Blanca des merveilleux récits de l’Orient. Le Maure, au comble de ses vœux, accepta l’invitation du duc de Santa-Fé, et dès le lendemain il se rendit au palais où respirait celle qu’il aimait plus que la lumière du jour.

C'est une histoire d'amour qui se termine mal je parie, ça tombe bien, je m'y connait en roman d'amour qui finissent mal.

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