Chapitre 3

Une minute de lecture

Ils ne savaient plus trop depuis combien de temps ils marchaient. Impossible non plus de savoir s’il faisait jour ou bien nuit. La brume était devenue ciel, terre et temps. Mais à mesure qu’ils approchaient du cratère, la lumière changeait, s’épaississait, se matérialisait. Ils s’y enfonçaient comme dans un rêve trop dense.

Taren chancela encore et posa un genou au sol. Son corps tout entier semblait traversé de convulsions légères mais douloureuses.

Son implant vibrait sans relâche, saturé d’impulsions et d’ordres superposés. Depuis leur départ du refuge aux champignons, les voix des Régulateurs ondoyaient telle une houle électrique, un grondement de fer et de peur. Un grondement de haine. Prélude à la destruction.

Éléa s’agenouilla à ses côtés et lui caressa le visage.

— Ils se connectent à moi mon amour. Je ne suis pas sûr de tenir, balbutia-t-il. Il faut que tu m’aides retirer l’implant.

— Qu’est-ce qu’ils te disent ?

— Rien… ce ne sont pas des mots. Des injonctions électromagnétiques pour me détourner de toi.

— Taren, mon adoré, écoute-moi. Ne lutte pas.

— Tu veux que je me laisse pirater ? Tu souhaites que je te livre ?

— Non. Je veux que tu entendes ce qu’ils n’entendent pas. Je veux que tu lui fasses confiance. Écoute ce que la brume te dit.

Elle lui enserra le visage avec délicatesse et l’embrassa longuement.

Autour d’eux la brume se mit à vibrer au même rythme que leurs cœurs, tandis qu’une multitude de filaments luminescents les enveloppaient.

Taren ferma les yeux pour mieux se concentrer. Loin du vacarme dans son implant, il commença à percevoir d’autres sons, plus profonds, plus doux, plus chauds — comme une respiration, la respiration de la planète.

Éléa Varn aida le commandant Taren Sol à se relever.

— Nous devons continuer. C’est là-bas qu’il faut aller. Elle nous attend.

Ils se remirent en route.

La brume s’ouvrait désormais devant eux, docile mais protectrice.

Leurs silhouettes se perdirent dans la lumière mouvante.

Au-dessus de la nappe infinie, le ciel s’illuminait doucement. L’aube d’un nouveau cycle.

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