Chapitre 1 - II
« Mais ! Elle est malade, s’exclame le collègue de l’agent, prêt à intervenir.
- Je t’ai dis qu’elle avait sa façon de faire et qu’elle ne rate jamais. Alors détends toi petit, réagi le quinquagénaire.
- Mais là ça va beaucoup trop loin, rétorque-t-il en commençant à s’avancer. »
Son collègue plus âgé l'agrippe par col pour le stopper. Puis passablement agacé il enchérit :
« Je t’ai dit de te tenir tranquille. Tu veux que la situation reste sous contrôle ? Tu te tais et tu regardes. Tu ne supportes pas de regarder ? Va dans la voiture. Mais je te défend de t’approcher sinon c’est toi qui te prend une balle. Tu m'as compris ?
- Oui monsieur, répondit-il, les yeux de chiens battus sur son visage. »
L’animal aussi choqué que le jeune homme au sang chaud, termine son hurlement sur un ton de surprise. Les yeux parlant d'émotions, il essaie de comprendre ce que fait cette étrange humaine. Surtout il se demande d'où peut bien venir cette chaleur si douce qui lui sort des mains.
De son côté Eliana observe attentivement l'énorme paume qu’elle vient d'attraper. Une large entaille sanglante lui apparaît alors. Mais, ce n’est pas tout. Selon la jeune femme, une entaille de cette taille est certes douloureuse mais pas assez pour une telle réaction. Comme si elle pouvait savoir ou ressentir la douleur de l’ours, même dans son intensité.
C’est après trois secondes qui parûrent des lustres que la jeune femme aperçoit le bords d’un bout de verre logé dans l’un des coins de la plaie. C’est alors qu’une chaude larme lui tombe de la joue. Elle regarde à nouveau l’ours dans les yeux et comme s’il pouvait comprendre, elle lui dit d’une voix troublée :
« Je suis désolée… Ça va aller.»
Puis elle lui sourit comme après une promesse faite à un ami.
L’animal commence à montrer des signes de fatigue. Qui ne serait pas fatigué après avoir lutté si longtemps ? Eliana comprend alors que le temps est, une fois de plus, compté.
« Tu me fais confiance ? demande-t-elle intensément du regard. »
L’ours lui répond de façon émouvante en se laissant tomber de fatigue à ses pieds.
« Vite ! crie-t-elle alors en faisant signe au quinquagénaire. Il faut arrêter le saignement de sa plaie en attendant le vétérinaire, explique-t-elle à voix haute pour que les agents l’entendent.
- Tout de suite ! s'exécute l’homme d'âge mûr, son collègue suivant de près. »
L’agent ramasse alors la mallette de premiers soins qu’il avait gardée près de lui. Il se met ensuite à courir vers la jeune femme et l’animal. Son collègue, abasourdi par ce qu’il vient de voir, le suit mécaniquement, l’esprit ailleurs.
Les policiers tout aussi perdus ne savent plus vraiment ce qu’ils font sur place. Mais l’un des trois imbéciles heureux les ramène vite au présent en tapant du pied contre la portière de voiture. Les officiers s’en vont alors sans trop dire un mot. De peur de perturber les agents. - On ne va pas se mentir, inutiles déjà avant, maintenant ils sont ignorés par la situation elle-même. -
Eliana reste le temps que la vétérinaire évalue la situation. Et comme elle redoutait, l’animal va devoir être emmené au refuge. La vétérinaire préfère extraire le bout de verre sous sédation. D’autant plus que la plaie va devoir être suturée. Cela veut aussi dire que l’animal devra être sous observation pour éviter qu’il n’arrache les fils. Ce n’est l’affaire de quelques jours, mais pour Eliana, ce sont quelques jours de trop.

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