Chapitre 1 - III

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Ne pouvant pas faire plus pour l’animal, elle le laisse partir avec la vétérinaire et les agents du bureau. Son intervention aura duré deux bonnes heures en comptant l’attente et l’accompagnement de la docteure.

Maintenant que tout s’est calmé, la jeune femme ressent enfin le froid de l’eau qui s’infiltre depuis qu’elle est arrivée. Puis ce sont les premières brises d’automne qui viennent ensuite lui caresser la nuque dans un frisson de froid. La chaleur que son corps émettait tout à l’heure s'est finalement dissipée. Comme si tout son être se mettait au repos.

Après un tel évènement, Eliana se sent vidée de toute énergie. - Qui ne le serait pas ? - Malgré l’urgence, elle n’est pas venue les poches vides. Depuis qu’elle a découvert son don, elle a aussi appris à combien il est épuisant. Alors elle a toujours un sucre sur elle. Ce qu’elle ne tarde d‘ailleurs pas à croquer. Sans ça, Eliana n’aurait pas la force de rentrer chez elle.

Après une bonne sieste qui s‘est prolongée en une longue nuit de sommeil, la jeune femme se réveille, pleinement reposée. Il faut dire que douze heures, ça commence à faire long pour une simple sieste. Dès le lendemain, Eliana reprend ses habitudes matinales. Comme prendre soin de ses cheveux mi-longs aux couleurs du soleil, par exemple. Elle va ensuite faire le tour du village pour rendre service ici et là. Elle n’a pas de travail à proprement parler. Alors en échange de ces services, les villageois la laissent loger dans le petit chalet à l’extrémité du hameau. Pour la nourriture, elle a le droit de se servir en même temps qu’elle aide aux récoltes.

Il y a de cela une dizaine d’années que la jeune femme errait, le regard vide et le coeur silencieux. C’est le chef du village de l’époque qui l’a trouvée aux alentours du patelin. Personne ne sait vraiment ce qui lui est arrivé. Elle n’a jamais souhaité répondre aux questions qui concernent son passé. Perte de mémoire ou non, nous ne saurons peut-être jamais pourquoi elle errait sans but dans cet état. Ce qui est sûr c’est que le vieil homme l’avait accueilli comme si elle faisait partie de la famille. Peut-être que c’est pour cela qu’elle n’en est jamais partie. À l‘inverse des jeunes de son âge qui fuient vers les villes plus développées.

Mais ce n’est pas juste par gratitude que la jeune femme reste au village. Elle s’y sent bien. Surtout, elle peut aider les autres sans avoir à se soucier de quoi que ce soit. Elle ressent la bienveillance des habitants. Et c’est ce qui la fait vibrer de vie chaque jour.

Si seulement ses jours pouvaient passer sans éclats, sans problème ni tristesse, la vie serait trop belle. Trop. C’est sans doute pour cela que quelques semaines plus tard, une mauvaise nouvelle arrive à ses oreilles.

« Eliana ! l’interpelle la maraîchère du village après l’avoir cherché partout.

- Oui ? s’enquiert la jeune femme en se tournant subitement.

- Il est sorti… Monsieur Benoît… Il est revenu de prison, annonce-t-elle, encore essoufflée. »

Les yeux enjôleurs de la jeune femme répondent pour elle. Le choc s’inscrit sur son visage. Ce Monsieur Benoît n’augure rien de bon. En fait, son retour fait peser une énergie bien sombre sur les beaux jours de la jeune femme. Plus inquiétant encore : il n’était pas censé sortir avant quelques années au moins.

Le corps élancé de la jeune femme se tend et son cœur palpite. Il n’aurait pas dû sortir si tôt. Comment ? Pourquoi est-il là ? Va-t-il vraiment mettre à exécution ses menaces ? Est-ce qu'il s’en souvient encore ? boue l’esprit d’Eliana. Rien que le nom de cet homme pourrait faire hérisser le poil de n'importe qui et n’importe quoi.

« Et Madame Bertin. Elle va bien ? demande Eliana, le regard plein d’inquiétude.

- Ne t’en fais pas. Dès qu’on l’a su, on l’a fait emménager dans le studio au-dessus de notre petit bureau de police, répond la maraîchère compatissante.

- C’est bien, j’espère que tout ira bien… finit la jeune femme avant d’errer jusque dans son chalet. »

La porteuse de mauvaise nouvelle n’ose pas la retenir. C’est rare de voir la favorite du village dans cet état. Et ce n’est jamais pour rien. Personne n’est rassuré. Cet homme est dangereux.

Un sentiment d’insécurité s’installe alors dans tout le patelin. Eliana, étant l’une des cibles des menaces proférées lors des événements passés, ne dort plus que sur une oreille.

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