Chapitre 3 - III

5 minutes de lecture

Elle met un premier pied dans l’eau sans hésitation. Puis, le deuxième. « C’est froid ! se crie-t-elle à elle-même. » Mais il en faut plus pour décourager une enfant déterminée. Elle avance de plus en plus dans l’eau jusqu’à ce qu’elle lui atteigne les genoux. Elle s’accroupit alors pour se laver les jambes en premier. Les premières sensations de froid sur sa peau sèche remontent tel un frisson qui lui parcourt le corps. Elle en tremble presque. Mais cela ne l’arrête pas. Elle en profite même pour se laver les bras, le cou et le visage. Sans oublier la nuque.

Elle en profite également pour observer la faune et la flore aquatique de plus près. Soudain ! Un gros et long poisson, comme une anguille, semble lui foncer droit dessus. Elle fait un pas en arrière pour s'écarter de sa trajectoire. Son pied atterrit alors sur un petit rocher vaseux. L’anguille inconnue passe très près. Trop près. La petite, voulant bien faire, perd l'équilibre et glisse sur la pierre. C’est alors qu’elle tombe en arrière dans la rivière. Mais pas d'inquié… Le fond. Il est plus profond derrière le rocher. L’enfant s’enfonce dans l’eau. Elle n'a pas le temps de réagir qu’elle se fait emmener par le courant.

Tout cela se passe devant les yeux de la grande panthère ailée. Elle pousse un râle inquiet. Elle se dépêche, saute contre un arbre pour prendre de la hauteur et déploie ses ailes. Elle profite de cet élan pour se rapprocher le plus vite possible de l’enfant. Non sans effort, elle doit aussi aller plus vite que le courant déjà très rapide. L'inquiétude monte. Elle ne voit pas l’enfant. Elle grogne puis râle en boucle pour signifier sa présence et demander un effort à la petite.

De son côté, la petite essaie de se débattre contre la puissance de la rivière. Rien que pour reprendre son souffle. C’est sa première inquiétude. Et pour la première fois, la peur s'inscrit sur son visage déjà crispé par l’effort et la douleur. Son cœur palpite, le bruit de l’eau est assourdissant. Toutefois, elle finit par se calmer. Comme si elle comprenait, de manière instinctive, qu’elle doit d’abord se laisser porter pour se repérer ensuite.

Elle prend donc une longue respiration intérieure. Enfin, elle se concentre. Sa position, la direction de l’eau, les courants. Elle essaie de tout ressentir. Maintenant ! exclame sa pensée. Elle s'élance tant bien que mal hors de l'eau, le bras tendu vers le ciel. Elle n’arrive cependant pas à crier. Mais ce n'est pas grave. Car son geste fut assez pour que l’animal en vol la remarque.

La panthère s'élance le plus vite possible aux devant de l’enfant et tente d’amener sa queue à portée de l'enfant. L’effort n’est donc pas fini. La petite doit d'abord reprendre son calme et une nouvelle fois se concentrer. Elle y parvient assez tôt et réussit enfin à attraper la queue de l’animal, après deux ou trois tentatives.

L’animal le pressentait. Mais le savoir n'enlève pas la tension. Celle qui lui tend tout son dos dès que l’enfant s'accroche au prolongement de sa colonne vertébrale. Le courant de la rivière ajoute plus de force à cette tension face à laquelle il doit lutter. Battant des ailes avec des à-coups puissants, il parvient à ramener la petite sur la rive.

Une fois le danger passé, la créature observe l’enfant resté allongé et les parties de son corps visibles sont couvertes d'égratignures. Et sa peau prend une couleur qui ne la rassure pas. Elle a déjà vu des êtres humains et cette couleur n’est pas normale. Elle râle alors vers l'enfant comme pour lui parler. Puis caresse son visage avec sa queue pour pour obtenir une réponse de sa part. Une fois que la petite bouge un peu la tête et regarde la bête. L'animal s’allonge donc, les ailes déployées et légèrement battantes pour lui faire comprendre de monter sur son dos.

La petite ne sait pas comment, mais elle pense comprendre sans trop de doutes. Alors elle utilise presque toute l'énergie qui lui reste pour ramper et se hisser sur son dos. Elle se surprend à s’accrocher instinctivement au buste de l’animal. Et s’en remet totalement à lui.

La panthère, pas sereine, se donne tout le même la mission de ramener la fille à ses semblables. Alors après s'être relevée, elle s'élance dans une course à plus de cinquante kilomètres par heure. Elle a besoin d’une rampe pour prendre assez de hauteur et prendre son envol. Et elle le sait, cette rivière a plusieurs cascades. Le temps presse. Elle ne peut se permettre de ralentir. Heureusement elle atteint rapidement la falaise et saute dans le vide. Elle peut alors enfin battre des ailes avec toute leur envergure.

L’enfant entend vaguement un bruit de battement d’ailes et la sensation d'apesanteur. Moi aussi je veux voler comme ça ! Mais son corps épuisé ne peut tenir plus longtemps et elle s’endort. Ce qui rajoute de la difficulté pour l’animal qui doit adapter son vol, tout en étant assez rapide, pour ne pas que l’enfant tombe.

Volant juste au-dessus de la cime des arbres de la forêt, la panthère aperçoit le scintillement des lumières d’un village. Pendant un court instant, elle inspire profondément l’air qui lui caresse le visage. Les odeurs de la sève, des épines des pins et de l’humidité des feuilles s’entremêlent. Ce bouquet olfactif l’apaise. La pâleur de la lune se reflète sur le poil sombre de la créature tandis qu’elle se dirige vers le village. Mais la quiétude ne dure pas longtemps. Une bourrasque surgit et brise le rythme de la grande panthère tandis qu’elle se décale. Un râle lui échappe dans le mouvement. Et le moment tant redouté arrive. Elle sent le corps de l’enfant bouger, il glisse de plus en plus d’un côté.

Les battements d’ailes de la panthère se font plus rapides et irréguliers au fur et à mesure qu’elle essaie de rééquilibrer le poids de l’enfant le long de son dos. En vain. Elle plonge de manière disgracieuse à travers les cimes. Le bruit des fines branches qui se brisent et du frottement des plumes contre les feuilles résonne dans la nuit.

Les pupilles dilatées, les muscles crispés, elle atterrit tant bien que mal pour éviter que l’enfant se blesse davantage. Les quatre membres au sol, griffes ancrées dans la terre fraîche, la gueule ouverte, elle halète. Ses ailes se replient dans un mouvement doux encore tremblant. Elle tourne la tête autant qu’elle le peut pour vérifier l’état de l’enfant. Un souffle de soulagement se libère alors avant de ré-adopter une posture droite, détendue, gracieuse. Si ça, ce n’est pas une scène d’action, alors je ne sais pas ce que c’est.

Une fois calmée, la panthère reprend ses esprits et s'imprègne de son environnement. Ses oreilles bougent à mesure qu’elle entend des bruits, sont museau s’active à la recherche d’odeurs, et ses yeux observent.

Elle s’aventure lentement à travers un champ de fougères dont l’humidité forme une brume discrète. Elle marche la tête juste au-dessus des plantes endémiques qui lui chatouillent le ventre. Parfois elle s’arrête pour recueillir de nouvelles odeurs en levant la tête. Et parfois, elle l’a baisse pour chercher des indices au sol. Sa mission n’a pas changé. Trouver des humains.

Annotations

Vous aimez lire Lusiuna ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0