Chapitre 4 - III

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Cette dernière soulève ses genoux pour faire remonter le long tissu qui l'empêche d’avancer. Elle s’approche tant bien que mal en évitant de tomber. La panthère ne peut retenir son instinct qui lui dicte de se préparer à reculer. Mais avant qu’elle ne fasse un pas en arrière, la princesse s’arrête. Elle tend les bras, paumes vers le ciel. Les yeux de l’animal suivent le mouvement avant de revenir, encore une fois, sur son visage.

L'humaine place alors son attention sur le dos de l’animal. La panthère tourne un peu la tête sans quitter la jeune femme des yeux. Lana répond en inclinant le menton et renouvelle le geste de ses bras, patiemment. Les oreilles toujours à l’affût, la veltrali relâche la tension contenue dans ses muscles.

Une petite bourrasque de vent soulève les cheveux de la princesse. Personne ne bouge. Le silence imposé par la scène reste intact, si ce n’est pour le soldat en soif de savoir. Pour les personnes les plus proches, on peut entendre son crayon glisser sur la page de son carnet.

La veltrali, bien qu’hésitante, tourne légèrement son corps. Juste assez pour que Lana comprenne son intention. La princesse s’avance alors. Elle se trouve maintenant à deux pas de la panthère qui abaisse son aile. La jeune femme se rapproche, les bras devant et les mains ouvertes, paumes visibles.

Instinctivement, elle demande la permission du regard. Ce que l’animal lui offre en baissant la tête avant de la relever pour surveiller les autres humains.

Lana se redresse finalement vers le dos de l’animal et pose ses mains sur le tissu. Elle s’étonne du froid glacial qui lui mord les doigts. Mais elle n’a pas le temps de réfléchir. Elle s’empresse donc de récupérer ce que la veltrali porte sur son dos. Elle recule de deux, puis trois pas, s’écartant de celle-ci. Maintenant assise par terre, ses bras se mettent à trembler quand ses doutes se confirment. C’est une enfant. Mais elle est complètement…

– Une couverture ! Vite ! s’écrie la princesse, oubliant totalement la situation dans laquelle elle se trouve.

Les muscles de la créature ailée se crispent aussitôt. En un instant, elle s’est tournée vers la jeune femme, les oreilles en arrière et les pupilles dilatées. Les soldats, surpris par le silence rompu, commencent à s’agiter. Les pièces de métal de leur armure s’entrechoquent, quelques-uns commencent à parler.

Alors que la panthère lit l’inquiétude sur le visage de la jeune femme, certains soldats posent discrètement leur main sur la poignée de leur épée. L’animal feule en regardant Lana puis la petite et inversement. Sans en comprendre la raison, la même préoccupation s’empare d’elle. Mais son ouïe capte un bruit bien singulier. Celui d’une épée qui sort de son fourreau.

L'instinct reprend le dessus. La panthère ailée bondit entre les soldats et la princesse. Ses muscles redoublent d’efforts, gonflant sous sa peau, prêts à l’action. Le vent se lève soudainement par rafales. Il fait virevolter des particules de terre sur son passage. Les feuilles dansent, au sol et dans les arbres. Sa mélodie siffle dans les oreilles de tous. Mais rien ne distrait la veltrali.

Une lueur dorée illumine ses iris tandis que ses crocs apparaissent sous ses babines retroussées. Les ailes à moitié déployées et les griffes plantées dans la terre, elle adopte une position de défense plus hostile que tout à l’heure. Son regard change rapidement de cible. Elle scrute un à un les soldats prêts à l’encercler.

Un des soldats tente d’apporter la couverture, mais la situation est chaotique. L’animal ne le laissera sûrement pas passer. Il regarde autour de lui en espérant trouver une solution. Mais avant même qu'une idée lui vienne, Lana, lui tournant toujours le dos, lui en donne une.

– Demande à Marinette de l’apporter, dit-elle simplement.

La goutte de sueur coulant sur sa tempe, il hésite un instant puis fait demi-tour. Il s’en va, le pas rapide, vers le palanquin. Juste en dehors se trouve Marinette, servante personnelle de la princesse. Elle n’a pas loupé une miette de toute la scène. Une grande responsabilité lui est alors remise dans les bras. Elle pourrait être plus effrayée qu’elle ne l’est, mais toutes ces années à suivre la princesse lui ont appris à ne plus s'étonner de ce genre de choses.

Elle s’avance alors à son tour. Le vent soulève le bout de ses cheveux courts et les extrémités de sa robe simple. Elle arrive à la limite de la ligne de soldats. Lana lui fait signe d’avancer. Elle fait alors un pas. Un frisson de peur lui parcourt l’échine quand elle croise le regard de la veltrali. Elle s’entend déglutir sa peur. Puis c’est le soulagement qui prend le relais quand celle-ci l’ignore en changeant de cible.

Elle rejoint donc Lana le plus silencieusement possible. Elle marche sur la pointe des pieds. Bien qu’inutile, cela lui apporte le sentiment de bien faire. Elle tend donc les bras pour donner la couverture à la princesse.

– Aide-moi s’il te plaît, demande Lana en soulevant gentiment la fillette. On ne peut pas la laisser dans ce tissu mouillé, ajoute-t-elle en approchant la couverture.

– Toute de suite, madame, répond Marinette en s'exécutant.

Pendant que le duo de jeunes femmes se débrouille pour aider l’enfant, un imprudent s’avance. Tête en avant et épée en main, son hostilité est très mal reçue par la veltrali. Elle répond en poussant un long râle. Mais au lieu de le prendre comme un avertissement, deux autres soldats le prennent comme une menace et s’avancent à leur tour.

La panthère resserre ses griffes dans la terre, prête à leur bondir dessus. L’expression de la colère s’installe de plus en plus dans son regard. Mais au moment où les choses s’apprêtent à tourner dans un bain de sang, Lana, à l'affût du moindre changement d'atmosphère, réagit.

– Ça suffit, dit-elle à haute voix, avant de se tourner vers eux, la petite maintenant dans la couverture. Reculez, ordonne-t-elle dans un calme terrifiant.

– Mais… comment un des trois hommes.

– Chut, reculez, répète-t-elle.

Les hommes obéissent en baissant la tête.

– Tous, ajoute-t-elle.

Tous les soldats reculent donc à nouveau en silence. La veltrali regagne alors en confiance. Elle rétracte ses griffes et replie ses ailes. Elle recule en prenant le soin d’éviter les trois humaines derrière elle.

La princesse et sa servante se relèvent. Lana porte l’enfant et fait comprendre à Marinette de ne pas bouger. Elles attendent patiemment que la panthère se sente en sécurité. Cette dernière s’arrête à la frontière boisée de la forêt. Elle regarde l’humaine aux cheveux bruns rapidement puis Lana un peu plus longtemps. Enfin, elle lance un dernier regard à la petite fille. Elle disparait ensuite dans l’obscurité, la lueur de ses yeux jaunes étant le dernier souvenir qu’elle donne d’elle-même.

Une fois partie, la princesse s’active. Elle se retourne et s’empresse de rejoindre le palanquin. Marinette lui emboîte le pas. La princesse lui pose la petite fille dans les bras le temps de s’installer puis la reprend.

– Au château, et vite ! crie Lana, l’urgence dans la voix.

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