Chapitre 5 I

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Des années passent. La petite est maintenant une jeune adolescente. La princesse Lana, de son vrai nom : Lanavelys Veldanys, l’a adoptée. Elle a eu la permission de son frère, le roi du Royaume de Sarlen : Benys Veldanys. Même sans, elle aurait tout de même adopté la petite. Lana n’est pas reine, mais elle se réserve le droit de prendre des décisions pour elle-même. Et son frère la respecte assez pour ne pas insister.

L’adolescente aux longs cheveux aux couleurs de miel passe ses journées dans le grand jardin derrière le château. Elle y observe la vie avec la même curiosité, que la première fois où elle a ouvert les yeux en ce monde.

Elle évolue paisiblement au sein de la famille royale sans être inquiétée des conflits internes. Être sous la tutelle de Lana a ses avantages. Malgré son corps frêle et souvent malade, la princesse a un mental dur comme de l’acier et une bravoure à faire pâlir les seigneur de guerre. Elle est respectée de tous pour tout ce qu’elle a réussi à apporter au royaume. Grande, la peau claire, les yeux bleus océan et les traits fins, elle est aussi très appréciée pour sa beauté.

C’est avec fierté que la princesse se présente maintenant en compagnie de sa fille dans les événements mondains. Et c’est en vue du prochain, qu’elle part chercher son adolescente préférée dans les jardins qu’elle a nommée : Éonne.

Cette dernière n’est pas difficile à trouver car elle a ses petits endroits préférés. Elle à son petit coin au bassin zen, juste à côté de la fontaine à bascule en bambou. Mais elle a aussi sa petite place à l’ombre sous le saule pleureur aux feuilles pourpres. Ou encore le centre du carré de fleurs.

À cet instant, Éonne observe les carpes du bassin zen. Loin d’être ordinaires, les carpes mutabilis changent de couleur selon leurs émotions. Mais il n’y a pas encore de suivi de ces transitions. Et chaque carpe a son nuancier. Pour l’adolescente c’est un émerveillement constant.

– Éonne, appelle Lanavelys au loin.

La jeune fille entend sa mère adoptive mais n’en fait rien. Le moment est important. Elle sent que l’une de ses carpes préférées est sur le point de changer de teinte. Alors que l’eau de la fontaine à bascule s’écoule doucement, Éonne a les yeux rivés sur le poisson. Soudain, le claquement du bambou retentit et résonne. Et la princesse apparaît juste derrière la jeune fille. Son ombre lui rafraîchit le dos chauffé par le soleil.

– Allez viens ma chère enfant, les invités ne vont pas tarder à arriver, lui dit Lana en allant s’accroupir à ses côtés. En plus, cette fois, il y a un invité très important que je souhaite te présenter.

– Juste quelques instants. Je suis sûre que Maiia va changer de couleur, lui répond la jeune fille en souriant.

– Ah oui ? Comment le sais-tu ? s'enquiert-elle en se demandant laquelle de ses carpes est Maiia.

– Parce que Maiia nage toujours en formant un huit trois fois, commence-t-elle à expliquer. Et là elle vient de terminer le troisième, s’exclame-t-elle tout bas, pour ne pas perturber la carpe.

Le poisson dont les écailles reflètent la lumière du soleil à travers l’eau claire ralentit ses mouvements. Puis repart de plus belle. Ses teintes argentées passent à un turquoise clair accompagné de douces nuances lavande.

– Oh ! Joli ! s’exprime la princesse. Et quelles sont ses émotions alors ? interroge-t-elle, définitivement curieuse elle aussi.

– Et bien là elle est à la fois heureuse et sereine, répond Éonne penchée au-dessus du bassin, excitée.

– Ma fille, tu es incroyable, déclare Lana en enlaçant l’adolescente avant de lui faire un bisou sur le front.

– C’est ce que tu me dis à chaque fois maman, rétorque-t-elle en souriant.

– Et ce n’est jamais moins vrai, répond la princesse, heureuse.

– Dis, tu ne voulais pas m’emmener quelque part ? demande-t-elle.

– Ah oui ! Vite, on va être en retard et tu sais que ton oncle nous impose une tenue adéquate. Et ça, ma belle, non. On ne peut pas te laisser dans cette tenue, conclut-elle.

L’adolescente vêtue d’un short mal coupé et d’un tee-shirt couvert de terre sèche ne peut qu'acquiescer. Elle se revoit s'allonger au milieu des parterres de fleurs pour observer les insectes. Et ce souvenir lui met le baume au cœur.

Main dans la main, mère et fille s'empressent de rentrer au château. Lanavelys aide elle-même Éonne à choisir une robe plutôt que de laisser les servantes le faire. C’est un de leurs moments à elles seules.

Fin prêtes, elles se rendent à la salle de bal. Cette fois, le buffet est grand, si bien qu’il s’étend le long de deux murs. Éonne s’en étonne mais ne perd pas son temps. Elle se sert d'une de ces bouchées qu’elle apprécie tant. Ici pas de sucre, c’est un festival de saveurs de la terre qui ravit ses papilles.

Si, les personnes civilisées disent toujours bonjour avant de se servir, Lana et sa fille n’ont jamais vraiment respecté cette règle de bienséance. Le roi en est désolé, et sa femme et leur fille sont souvent frustrées de voir un tel comportement durant leurs réceptions. Mais la princesse étant la princesse, personne ne lui dit rien. Après tout, la majorité des invités sont souvent plus réjouis de la rencontrer plutôt que le roi lui-même.

Les rayons du soleil traversent la baie vitrée et font briller le parquet ciré. Les convives sont déjà en nombre quand le duo arrive. Les relations politiques sont évidentes. Ce sont toujours les mêmes personnes qui se regroupent entre elles, et toujours les mêmes qui courent entre chaque groupe. De leurs conversations toutes différentes les unes des autres, il s’en crée un léger brouhaha. Ce dernier se mêle à la symphonie des verres en cristal qui s'entrechoquent. Rien d'inhabituel jusqu’ici.

Après quelques instants à attendre patiemment la venue des invités, l'invité d’honneur fait son entrée. Un homme, plutôt grand, vêtu d’un costume trois pièces ornementé de bordures dorées, s’avance. La double porte d’entrée fait directement face au trône qui domine la salle. Mais malgré le masque ornementé qui lui couvre le visage, et la foule, le regard glacial de l’invité capte celui du roi. Benys, pas peu fier de la couronne qui cache sa calvitie prématurée, avale alors son arrogance et se fait tout petit sur son trône.

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