Chapitre 16

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Ébranlés par leur découverte, Maël et Diane n’avaient plus fait attention à la porte. Maël replaça adroitement sa manche sur son bras d’un geste fluide et maîtrisé, puis se plaça devant Diane afin qu’elle ait le temps de redescendre la sienne pour cacher la marque.

— On se trouvait dans le couloir quand le tremblement de terre a eu lieu, répondit calmement Maël. On s’est mis sous une des tables de la classe, comme cela est recommandé dans de telles situations. On est restés en dessous le temps d’être sûrs que tout était terminé.

Sa voix était posée, emprunte d’une assurance tranquille, presque rassurante.

— Très bien, répondit le professeur Levy en se rapprochant de son bureau d’un air préoccupé.

Il sortit une clé et ouvrit l’un des tiroirs.

— Vous pouvez sortir maintenant, il n’y aura pas d’autres tremblements, dit-il en fouillant dans ses papiers.

Ils ne se le firent pas dire deux fois et retournèrent rapidement dans le couloir. Les petites clochettes du château retentirent à cet instant pour annoncer le couvre-feu. Maël et Diane s’arrêtèrent net et échangèrent un regard interdit. Beaucoup de questions restaient en suspens. 

— On se voit demain, Diane, murmura Maël à la première intersection. Pour le moment, on ne dit rien, d’accord ?

— Non, non, non…, répéta Diane à voix basse. Je suis impliquée maintenant, chuchota-t-elle, le cœur battant trop vite. Je dois aller voir le conseiller Adalric Van Grendal pour lui raconter ce qu’il vient de se passer. On ne peut pas juste se taire.

— Si, répondit Maël sans élever la voix. Et c’est ce que nous allons faire.
Il la regarda droit dans les yeux. Son regard n’était ni dur ni menaçant, mais chargé d’une détermination calme.
— Avec ce qui vient de se passer, c’est encore plus dangereux. On n’a jamais vu deux porteurs pour un protecteur. Normalement, il s’agit d’une personne et d’un animal liés par un destin commun. Comment expliques-tu que nous soyons deux ?

— Justement, on devrait en informer le Conseil, murmura Diane. C’est une information capitale. Imagine s’ils l’apprennent autrement que par nous.

Ils se turent lorsqu’un groupe d’élèves apparut au bout du couloir. À bien y regarder, le château était sans dessus dessous. Diane s’en rendit à peine compte, absorbée par la présence de Maël à ses côtés. Sa proximité l’apaisait malgré la tempête intérieure.

— On ne sait pas ce que le Conseil fera de cette information, reprit Maël plus lentement. Et je ne veux pas qu’ils te prennent pour cible.

— Pourquoi ce serait le cas ? demanda Diane sans comprendre. Tu ne leur fais pas confi...

Elle n’osa pas terminer sa phrase. Prononcés à voix haute, ces mots pouvaient être assimilés à de la trahison.

— On attend demain, d’accord ? proposa-t-il.

— D’accord, répondit Diane, au même moment où elle aperçut Mélissa arriver en trombe, suivie de Victaire.

— N’en parle à personne, tu as compris ? Personne, insista Maël à voix basse.

— Vous êtes là ! s’exclama Mélissa, soulagée. Vous n’avez rien ?

Ils la rassurèrent rapidement.

— Vous auriez dû voir la bibliothèque, reprit-elle. La quantité de livres qui est tombée… c’était...

— Divertissant, coupa Victaire. Pour une fois qu’il se passe quelque chose d’intéressant là-bas. Bon, le problème, c’est qu’on va sûrement être de corvée pour tout remettre en ordre.

— Tous dans vos dortoirs ! cria une voix grave en bas des escaliers. Sauf les blessés, qui se rendront à l’infirmerie. Ceux qui traînent encore dans les couloirs dans cinq minutes seront de corvée demain matin à la bibliothèque pour aider Madame Mortepage.

Le groupe se dispersa rapidement. Diane jeta un dernier regard à Maël et hocha la tête. Elle respecterait sa demande. 

Pour cette nuit, du moins.

Elle rejoignit Mélissa en direction de la tour des filles, traversant des couloirs envahis par les murmures des portes. Elles commentaient l’événement sans discontinuer, et leurs voix se répercutaient en milliers d’échos contre les vieux murs en pierre.

— Regardez, indiqua Lison en pointant l’étage inférieur depuis une passerelle.

En contrebas, des capes de soie noire se déplaçaient en silence. Le Conseil était au complet et se dirigeait vers la tour des Conseillers, accompagné de plusieurs membres de l’Élite.

Les élèves murmurèrent et se penchèrent par-dessus la balustrade. Diane distingua sans peine Adalric Van Grendal. Sa présence imposait le silence, même à distance.

Les premières années finirent par rentrer dans leurs dortoirs, soucieuses d’éviter toute sanction.

Arrivée devant la porte de sa chambre n°016, Diane ressentit une légère chaleur lorsqu’elle posa la main sur la poignée.

« Je suis amie avec la poignée du bureau du professeur Levy », lut-elle.

Son cœur s’emballa. 

C’était dans le bureau du professeur Levy que Maël et elle avaient montré leur marque. 

— Et tu ne vas rien dire ? osa t-elle demander.

Elle toucha de nouveau la poignée. La chaleur revint.

« Non mais mes marques ne se taisent jamais bien longtemps. »

Diane inspira. 

— Qu’est-ce que cela veut dire ? demanda-t-elle.

Elle eut beau toucher la porte de nouveau, celle-ci resta silencieuse. Elle finit donc par entrer dans sa chambre, enfila sa tunique de nuit et observa longuement la marque sur son avant-bras. Dorée, délicate, elle semblait presque vivante. Belle et terrifiante à la fois.

Elle pensa à Maël. Il portait la même marque, sur le bras opposé. Elle se demandait si lui aussi était en train de la regarder dans le dortoir des garçons. 

Deux porteurs pour un protecteur. Cela n’existait pas. Le professeur Levy n’en avait jamais parlé. 

Personne n’en avait jamais parlé.

Ils allaient devenir un objet de curiosité, peut-être même un danger aux yeux de l’Académie.



Elle passa une nuit agitée, à toucher son poignet et à regarder le plafond. Aux premières lueurs de l’aube, incapable de rester en place, elle enfila un pantalon vert et une tunique assortie pour se rendre à la bibliothèque. Les couloirs étaient déserts, étrangement silencieux. 

Au détour d’un passage, un bruit attira son attention. Elle était certaine d’avoir entendu quelque chose derrière le mur. Elle s’arrêta sur le qui-vive.

Le bruit recommença. Elle se tourna vers le mur gauche du couloir, avec l’impression d’être complètement idiote. Pourtant, elle ne put s’empêcher de poser ses mains sur les pierres froides. Elles étaient rugueuses sous ses doigts. Elle s’appuya légèrement contre le mur et sentit alors un point de basculement, presque imperceptible. À sa grande surprise, la paroi céda et pivota lentement.

Un passage.

Portée par sa curiosité, elle s’y engagea et commença à descendre quelques marches, sur le qui-vive, silencieuse comme une ombre. Les bruits restaient flous, étouffés par la pierre, mais plus elle descendait, plus ils se précisaient, jusqu’à laisser émerger des voix.

— Nous devons être au courant si un protecteur a été découvert sur le territoire de Parvoy, dit une voix de femme au-dessus de Diane. 

Diane arriva dans une pièce circulaire où débouchaient plusieurs couloirs. Les voix se faisaient entendre au-dessus d’elle par une bouche d’aération - en était-ce vraiment une ? - qui devait relier une salle de l’Académie. 

— L’Elite n’a pas relevé de chose inhabituelle dans le secteur, annonça une voix grave. Ils ont patrouillé toute la nuit. 

— On en discute depuis hier soir, nous savons ce que c’était. N’essayez pas de prétendre le contraire. 

— Je maintiens qu’il faut convoquer tous les élèves de l’Académie et attendre que son protecteur le rejoigne, dit une autre voix. 

— Les liens sont fragiles au début, dit une voix féminine. De plus, si nous convoquons tout le monde, on va savoir pourquoi, nous n’aurons plus de maîtrise sur l’information. Ça va l’effervescence sur Erynor. 

Cela devait donner sur une salle de réunion réserver au Conseil réalisa Diane. Elle avait reconnu la voix d’Adalric Van Grendal. 

— C’est déjà l’effervescence Conseillère, reprit une voix d’homme. Nous voyons tous passer les rapports avec les Rebelles qui prennent de l’ampleur. S’ils l’apprennent leur mouvement va encore grandir davantage. 

— Va ton vraiment faire comme s’il ne s’était rien passé ? S'énerva une voix d’homme sèche. 

— Pour le moment c’est exactement ce que nous allons faire, Conseiller De Brascourt, dit une voix profonde et grave sous laquelle on pouvait reconnaitre l’autorité.

Adalric Van Grendal. 

— Je vous rappelle que vous êtes tous ici en émissaire pour relier les décisions prises concernant vos Royaumes. Cette affaire concerne Parvoy. Puisque l’Elite n’a rien trouvé, nous mènerons cette affaire au clair et vous tiendront informés sur l’hypothétique protecteur trouvé. En attendant, vous n’aurez plus voix au chapitre. La séance est levée et il était plus que temps. 

Des bruits de pas se firent entendre et des murmures à peine audible et mécontents parvinrent aux oreilles de Diane mais sans qu’elle en comprenne le sens. Elle venait s’assister à la fin d’une des réunions des Conseillers et on pouvait dire que cela s’était mal passé. 

Une porte claqua et Diane comprit que la porte de la salle de réunion venait de se fermer. Elle soupira de soulagement et recula d’un pas. 

Pour se heurter à un torse solide.
Une main se plaqua sur sa bouche.

— Chut.

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