Chapitre 17

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Diane oublia tout ce qu’elle avait appris en cours et se débattit, sans parvenir à se libérer, de la prise de son adversaire. Cela ne fit qu’accentuer la pression que l’individu exerçait sur elle. Il la dominait largement par sa stature, mais elle finit par reprendre le contrôle de ses pensées et envoya des coups de coude dans son ventre, qui atteignirent leurs cibles. Elle ne réussit pas à le faire lâcher prise, mais l’homme poussa quelques jurons bien sentis.

— Je te lâche, mais ne crie pas, dit très bas l’homme. Si on nous découvre ici…

Diane s’immobilisa et hocha lentement la tête. L’homme retira alors la main de sa bouche et la relâcha.

Diane le reconnut immédiatement, mais il dut allumer une lampe à huile, logée dans l’une des anfractuosités de la pierre, pour y voir clair.

— Calven ? demanda-t-il les yeux couleur olive écarquillés.

— Qu’est-ce que tu fais là ? demandèrent-ils en même temps.

— Comme toi, répondit finalement l’autre élève, je cherche des réponses. On accède à plusieurs salles grâce à ces passages. Intéressant pour connaître les secrets, non ? ajouta-t-il, avec une lueur de défi dans le regard.

— Tu espionnes souvent le Conseil ? demanda-t-elle, en se demandant tout ce qu’il avait bien pu apprendre par ce biais.

— Cela m’arrive, répondit-il. Comment es-tu arrivée jusqu’ici ?

— Les portes ont des oreilles, répondit Diane, sans avouer que les siennes, surtout, avaient su reconnaître un bruit qui n’aurait pas dû être là.

Son regard glissa en direction de la salle qu’ils venaient d’écouter.

— Une discussion intéressante, n’est-ce pas ? demanda l’autre élève.

Diane reporta son regard sur lui. Elle ne lui faisait pas encore confiance.

— Qui est ton conseiller ? demanda Diane. Tu es de Paeonia également ? ajouta-t-elle. Je ne t’ai jamais croisé en ville.

Mais c’était le cas de beaucoup de monde, après tout. Il y avait les quartiers d’en haut et ceux d’en bas. Vu la facture de ses habits, il était compréhensible qu’ils ne se soient jamais croisés. Son uniforme réglementaire était impeccable, d’une propreté presque ostentatoire ; ses cheveux, toujours parfaitement peignés, et ses chaussures vernies avec soin. Il avait clairement l’habitude de soigner son apparence.

Diane rejeta ses longs cheveux couleur de blé derrière ses épaules, tentative dérisoire de paraître moins négligée, sans vraiment savoir pourquoi elle se donnait cette peine.

— Je ne connais toujours pas ton nom, d’ailleurs, dit-elle en reculant de deux pas. Ce serait peut-être le moment de faire les présentations.

L’homme esquissa une petite moue, qui fit ressortir une fossette.

— Beaucoup de questions, Calven, répondit-il. D’après ton accent, je devine que tu viens d’ici.

Elle n’avait jamais remarqué qu’elle avait un accent, et cela ne lui plut pas du tout. Elle rendit sa voix plus grave, plus impérative.

— Réponds-moi.

Il sembla enfin la considérer à sa juste mesure, puis lança un coup d’œil vers la bouche de ventilation au-dessus d’eux.

— Je me prénomme Aloès, dit-il enfin. Satisfaite ?

— Pas encore, répondit Diane, bien qu’elle relâchât légèrement les épaules. Qu’as-tu appris d’autre en écoutant les conseillers ?

Les questions lui brûlaient les lèvres, et elle ne pouvait s’en empêcher. Tant pis si cela la rendait transparente.

— Pas grand-chose avant ton arrivée. Ils ont demandé à l’Élite de fouiller la forêt cette nuit. Pourquoi ? Parce qu’ils suspectent l’apparition d’un nouveau protecteur, suite au tremblement. Phénomène naturel ou manifestation réelle ? Dans tous les cas, l’Élite est rentrée bredouille. Ils ont également entamé une discussion sur les répercussions qu’aurait un nouveau protecteur sur l’équilibre des Royaumes. Il ne resterait plus que le Royaume de Grimson et le Royaume de Delacroix sans protecteurs. L’arrivée d’une telle entité dans le Royaume de Parvoy rendrait tout le monde fébrile. Cela fait bien longtemps que trois protecteurs n’ont pas foulé les terres d’Erynor en même temps. Pas depuis la guerre des Cinq, en fait… et comme tu le sais, les protecteurs ont annoncé cette guerre, l’ont menée, et les pertes ont été lourdes pour tous les Royaumes, avant que la paix ne soit rétablie.

— Ce ne sont pas les protecteurs qui décident pour les humains, rappela Diane.

— Non, mais ils orientent, répliqua Aloès. « Leurs sagesses guident nos pas », cita-t-il, en référence à la devise du Conseil. Sauf que cela fait longtemps que le Conseil n’écoute plus.

Diane en fut estomaquée.

— Tu remets en cause la gouvernance du Conseil ? demanda-t-elle prudemment, en chuchotant.

— Certains de ses membres, oui.

— Je te trouve bien présomptueux… dit Diane, légèrement choquée.

— Quand les richesses ne sont pas équitablement réparties, oui. Quand tous les Royaumes ne sont pas soumis aux mêmes exigences, en dépit des négociations internes, quand les paroles ne sont pas respectées, les menaces écartées, les volontés brisées, quand des personnes meurent et que les coupables ne sont jamais retrouvés…

Aloès ferma rapidement les yeux et se pinça l’arête du nez, comme s’il en avait beaucoup trop dit.

— De quoi parles-tu ? demanda Diane, perdue. Quelles négociations internes ?

Il inspira profondément et se redressa dans sa posture habituelle. Son masque était de retour.

— Je me laisse rarement emporter par mes émotions, Calven. Un trait de famille, sans aucun doute.

Il marqua une pause. Son regard ne vacilla pas.

— On ferait mieux de remonter, dit-il en désignant l’escalier de pierre.

Ils remontèrent silencieusement les marches en pierres et s’arrêtèrent à quelques pas du mur.

Diane attrapa le poignet d’Aloès, qui sourcilla, mais elle désigna l’entrée du menton. Quelques secondes plus tard, un groupe de filles passa devant l’entrée. Aloès opina de la tête pour approuver. Ils attendirent que les voix s’éloignent, puis s’éteignent, avant de sortir prudemment.

— À plus, Calven, dit Aloès avec un sourire à peine esquissé. Tu as l’ouïe fine. C’est une qualité rare… et précieuse.

Diane reprit sa route initiale vers la bibliothèque, l’esprit en ébullition, mille pensées tourbillonnant dans sa tête, mais une seule revenait sans cesse :
« Cela fait longtemps que le Conseil n’écoute plus. »

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