Chapitre 18

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La bibliothèque était dans un état chaotique. Les étagères s’étaient renversées les unes sur les autres ; certaines étaient même tombées complètement au sol, répandant leur contenu dans les allées. Plusieurs élèves étaient déjà sur place et s’affairaient à aider la bibliothécaire à remettre les ouvrages en place.

— Ne restez pas plantée là comme un arbre, lui dit Madame Mortepage alors qu’elle n’eut pas le temps de faire trois pas. Allez donc à la section botanique pour aider les autres.

Diane retint un soupir de frustration et se rendit docilement à l’endroit désigné par la bibliothécaire. Une fois que celle-ci eut détourné les yeux, elle se déplaça de quelques rayonnages afin de trouver ce qui l’intéressait. Elle passa quelques minutes dans la section Histoire, puis dans celle des créatures d’Erynor, et sélectionna deux ouvrages qui lui semblaient particulièrement intéressants. Profitant de l’effervescence ambiante et de l’inattention de Madame Mortepage, elle glissa discrètement les deux livres dans son sac en toile.

Diane resta une heure entière à la bibliothèque afin d’apporter son aide au rangement des étagères. Madame Mortepage passait son temps à roder entre les rayons pour vérifier que ses ouvrages étaient rangés dans la bonne catégorie. Deux élèves s’étaient vu vivement rabrouer lorsqu’ils avaient inversé les créatures antiques avec celles du territoire d’Erynor. Profitant de l’arrivée de nouveaux élèves, Diane battit en retraite vers les lourdes portes en bois, quittant la bibliothèque le sac agréablement lourd dans le dos. Elle pensait rentrer directement dans sa chambre pour feuilleter ses trouvailles.

Cependant, arrivée en haut de l’escalier menant au hall d’entrée, elle sentit un tiraillement à l’orée de son esprit. Elle s’arrêta lentement, les semelles frottant contre la pierre. Comme la veille, ses sens la guidaient dans une direction précise et elle devinait déjà laquelle. Elle changea de trajectoire, descendit les escaliers et laissa son instinct guider ses pas.

Elle traversa le hall, franchit la double porte en bois de pin et s’élança à grandes enjambées sur la pelouse du château.

Maël et l’aigle l’attendaient dans un recoin isolé de la zone d’entraînement, derrière plusieurs bosquets, à l’abri de tout regard indiscret.

— Que les choses soient bien claires, Maël, dit Diane sans préambule, ne ralentissant l’allure qu’une fois arrivée devant le jeune homme, qui la dominait de toute sa hauteur. Si tu dois savoir une chose sur moi, c’est que je ne fais confiance à personne. Non, c’est faux. À ma famille très proche, oui, et à Mélissa aussi. Alors je vais te dire une chose.

Elle plissa les yeux.

— On s’accorde sur chaque découverte. On fait des recherches, ensemble, sur le lien entre porteur et protecteur. Une fois que nous saurons exactement à quoi nous avons affaire, nous irons voir Adalric Van Grendal et nous lui raconterons ce qu’il se passe. Tout. Absolument tout.

Elle souffla à la fin de sa tirade, se rendant compte qu’elle pointait un doigt accusateur contre la poitrine de Maël. Suivant son regard, Maël referma doucement son poing autour de l’index de Diane.

— C’est d’accord, reine des blés.

— Comment tu m’as appelée ? se braqua Diane en reculant, tentant de récupérer son doigt toujours prisonnier de son poing.

— Tu es blonde et un petit tyran. J’en ai plein des surnoms comme ça. Tu en veux d’autres ? dit-il avec un sourire désarmant.

— Non, merci. Rends-toi plutôt utile, répondit Diane en sortant les deux ouvrages de son sac en toile. Celui-ci porte sur l’apparition des premiers porteurs et les récits qui ont été retranscrits, et celui-là sur la guerre des Cinq.

Elle lui fourra l’un des deux livres dans les mains, puis trouva un arbre contre lequel s’adosser pour lire le sien. Elle vit du coin de l’œil Maël faire de même et se plongea dans sa lecture. Ils disposaient encore d’une heure avant le début des cours et tâchèrent d’en faire bon usage.

— Il n’y a toujours qu’un porteur associé aux protecteurs, constata Maël.

Diane se frotta les yeux ; elle n’avait que très peu dormi la nuit précédente.

— Pareil pour la guerre des Cinq, dit-elle en retenant un bâillement. Les Royaumes étaient menés par un duo unique, protecteur et porteur. Tu crois qu’il pourrait y avoir un porteur principal et d’autres qui graviteraient autour ?

— J’en doute, répondit Maël. Ce serait forcément mentionné quelque part.

— « Des terres s’épuisaient quand d’autres prospéraient. De ces failles jaillirent les Protecteurs », lut Diane. « Ni dieux, ni bêtes, chacun incarne l’équilibre des Royaumes. Le protecteur choisit un humain non pour sa puissance, mais pour la résonance qu’il trouve en lui. Ensemble, ils forment un duo capable de déjouer les forces environnantes. »

Diane marqua une pause. Un duo.

— Personnellement, je suis plutôt content, dit simplement Maël, comme s’il l’avait accepté depuis longtemps. J’ai toujours aimé les défis : nous formerons le premier trio.

Trio. Le mot tourna dans l’esprit de Diane, sans qu’elle sache s’il lui plaisait ou non. Une pointe d’inquiétude se logea dans sa poitrine tandis qu’elle observait son partenaire, sa peau dorée captant la lumière, ses yeux d’un or troublant. Trois n’avait jamais été un bon chiffre ; cela signifiait un lien partagé, une dépendance mutuelle. Ils seraient liés les uns aux autres, et cette idée la déstabilisait plus qu’elle ne l’aurait admis.

— « La panthère est le protecteur le plus redoutable », continua de lire Diane. « Il s’agit de Mel...».

— Passe plutôt au protecteur de Parvoy, l’interrompit Maël.

Il était assis sur les racines d’un arbre avec une nonchalance telle qu’on aurait dit qu’il ne craignait pas de salir ses vêtements. Diane tourna les pages pour trouver le passage qui les intéressait.

— Ce sont toujours des rapaces. L’aigle royal était déjà présent à cette époque. Thalan représente la haute autorité, la domination aérienne et la rapidité.

À ces mots, l’aigle gonfla brusquement ses ailes.

— Il a l’air d’apprécier, nota Maël.

— Il va être l’heure d’aller en cours, dit Diane en se levant et en époussetant la terre de ses vêtements.

Ils avaient cours avec le professeur Valek et n’eurent pas à aller bien loin ensemble. Mélissa était déjà présente devant le château avec Victaire.

— Je ne savais pas que tu étais sortie, lui dit son amie. Ta porte a indiqué que tu avais quitté le dortoir aux aurores.

Évidemment. Sa porte avait jugé utile de livrer le moindre de ses écarts, comme une confidente bien trop zélée.

— Vraiment ? demanda Maël, visiblement très intéressé. Je n’ai rencontré Diane qu’il y a une heure.

— Elle n’était pas avec toi ? s’étonna Mélissa.

— Mais où était donc notre fugitive ? intervint Victaire, pince-sans-rire.

— Elle est là et elle vous entend, répondit Diane, piquée. Et à ma connaissance, j’ai encore le droit de me promener aux aurores dans le château pour… contempler l’architecture.

Bon, d’accord. C’était probablement l’excuse la plus lamentable qu’elle ait jamais trouvée. Ses amis la regardèrent, dubitatifs.

— Et je suis allée aider à la bibliothèque, qui en avait bien besoin, ajouta-t-elle, se demandant pourquoi elle n’avait pas commencé par là.

Le professeur Valek arriva et mit un terme au bavardage.

— Changement de programme pour aujourd’hui, annonça-t-il.

Un chuchotement parcourut la foule d’élèves.

— Plusieurs semaines ont passé, continua le professeur en souriant, ce qui accentua la cicatrice sur sa joue. Nous allons maintenant vous mettre à l’épreuve. On se prépare au Seuil.

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