Qui suis-je ?

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« Qui suis-je, si je n’ai pas les deux pieds enracinés dans la Terre ?

Qui suis-je, si je n’ai pas la tête plongée dans l’océan du Ciel ?

Que sont mes bras, s’ils ne reçoivent pas la sève du sol et l’énergie du Soleil ?

Qu’est mon cœur, s’il n’est pas au carrefour de la Terre et du Ciel, entre mes bras, mes jambes et ma tête ?

Je ne suis pas grand-chose si la Terre ne recueille pas mes racines. Il n’existe pas de socle plus solide, de nourriture plus vive, ni de chaleur plus sûre que celle qui émane de ma base.

Je ne serais pas grand-chose si ma tête, forte de ses racines, ne s’élançait pas vers le Ciel. Sans le vent pour la fouetter, sans le Soleil pour la buriner, sans l’air pour la respirer, je ne serais qu’un Golum rampant à la recherche de la lumière.

Je ne serais pas grand-chose non plus sans mes bras pour caresser, pour recevoir, ni sans mes mains pour partager.

Non. Je ne serais presque rien. »


Gabin se réveilla en sursaut. Il s’assit dans son lit, alluma sa lampe et saisit son carnet.

— Que se passe-t-il ? demanda Liana, dans un demi-sommeil.

— Chut ! Tais-toi ! Il ne faut pas que j’oublie !

Liana se retourna en maugréant et tira la couverture au-dessus de sa tête pour se protéger de la lumière.

— Putain ! grogna-t-il cinq minutes plus tard. C’est foutu, je l’ai perdue !

Liana ricana sous la couette, petite vengeance muette pour ce réveil forcé. Gabin lança encore quelques jurons avant de se recoucher et d’éteindre sa lampe de chevet.

— Peut-être que si tu notais chaque fois les quelques bribes dont tu te souviens, suggéra-t-elle d’un ton conciliant, tu aurais, au bout du compte, l’ensemble de tes révélations…

— Il ne s’agit pas de « révélations » ! s’emballa-t-il avec véhémence. C’est nettement plus fort que ça ! La beauté, la poésie, l’amour qui s’en dégagent, c’est du soleil à l’état brut !

Dios mío ! Du soleil à l’état brut ? releva sa femme, légèrement moqueuse. Et quel est son état, au soleil, quand il n’est pas à l’état brut ?

— Tu ne comprends jamais rien, maugréa Gabin. Laisse-moi dormir !

Liana se retourna de mauvaise humeur, ajusta sa couette sur son épaule et se rendormit aussitôt, tandis que son homme cherchait dans le noir la signification de tout cela.

Cela faisait plusieurs nuits qu’une voix de femme venait lui murmurer, dans son sommeil, des phrases qu’il jugeait d’une grande pureté. La voix était douce et assez grave, juste assez mélodieuse sans être trop chantante. Ces paroles le remplissaient de profondes réflexions tout au long de la journée suivante. Au bout de quelques insomnies, il avait décidé de les écrire pour en saisir le sens et les méditer dans leur entier. Mais à chaque fois, les mots s’envolaient avant d’être couchés dans le petit carnet prévu à cet effet. Il notait alors vaille que vaille les quelques bribes qu’il avait pu saisir, sans que cela le satisfît véritablement.

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