Chapitre 37
Une seule pensée me traverse, pourquoi ai-je attendu si longtemps ?
Aucun de mes fantasmes n’aurait pu rendre justice à ce moment. J’avais imaginé seulement la dimension charnelle, ignorant tout le poids de l’émotion, celui qui transforme cet instant en quelque chose d’unique, d’inégalable.
Adrian se retire juste assez pour mieux revenir, avec une lenteur calculée, me laissant le temps de m'ajuster à sa présence. Je prends conscience de chaque seconde, de chaque respiration, de la façon dont mon corps s’ouvre, s’adapte, accepte. Il m’embrasse, parsème ma peau de baisers. Peu à peu, je trouve son rythme. Mon bassin se met à mouvoir, à répondre au sien. Nos mouvements s’accordent, puis s’harmonisent, dans ce même tempo devenu beaucoup trop lent à mon goût. Mes doigts glissent sur son dos, explorent chaque contour de ses muscles, puis descendent sur ses fesses. Je les presse contre moi, l’incitant à aller plus vite.
Il ne se fait pas prier et m’entraîne dans une série de coups de reins qui me coupent le souffle. Il relève ma jambe, l’enroule autour de sa taille et m’attire plus près. L’angle change, les poussées sont plus profondes, les sensations démultipliées.
Tout devient trop intense, trop lourd…
Je ferme les yeux, rompant notre contact visuel, me laissant emporté, incapable de soutenir davantage. Mais Adrian en décide autrement.
— Regarde-moi, exige-t-il.
Avec difficulté, j’obéis. J’ouvre les yeux et affronte son regard. Un frisson me traverse de la tête aux pieds. Mes orteils se recroquevillent, mon corps tout entier répond malgré moi, parce que lorsqu’il me regarde ainsi, comme si, à cet instant précis, j’étais la personne la plus importante de son monde, ma lucidité se perd.
Je le sens la vague m’engloutir, avant même qu’elle n’arrive.
— Catelyn… souffle Adrian, et je sais que lui non plus ne tiendra pas longtemps.
Je lis la retenue sur son visage. Pas celle qu’on s’impose pour faire durer le plaisir, mais celle qu’il s’inflige pour ne pas se laisser totalement aller, pour ne pas céder pleinement à ses instincts. Cela me bouleverse plus que tout. Parce que je le vois, je le ressens, je sais tout ce dont il est capable. Et je sais aussi que je ne suis pas prête à en accueillir davantage.
Mes doigts remontent et chassent une mèche de cheveux qui lui tombe sur le front.
— Dis-moi que tu m’aimes, murmuré-je.
Il se penche, m’embrasse avec une tendresse déchirante, puis ancre de nouveau son regard dans le mien.
— Je t’aime.
Mon plaisir explose, me brise en milliers de petits morceaux. J’ai l’impression de m’envoler, de quitter mon corps, emportée par cette vague trop vaste pour être contenue. La voix d’Adrian me parvient, lointaine, puis je le sens me rejoindre, happé à son tour par ce même déferlement… et tout s’efface.
— Je peux te poser une question ?
Je ne sais pas à quel moment je me suis endormie. Je me souviens seulement m’être réveillée, dos à Adrian, enveloppée dans ses bras. Mon corps, relâché contre le sien, chaque muscle enfin libéré de toute tension, tandis que la lumière du jour filtrait doucement du séjour jusqu’à la chambre. Je suis restée immobile un long moment, savourant la douceur de la matinée, le silence qui régnait à la fois dans la pièce et dans ma tête, le rythme régulier de sa respiration contre moi. Une heure plus tard, Adrian émergeait lentement de son sommeil.
— Oui, mais je ne garantis pas de réponse.
Je fais face à Adrian.
— Ricky sait pour moi…
J’acquiesce.
— Est-ce pour cette raison qu’il est hostile envers moi ?
— Il n’est pas… commencé-je mais le regard qu’il me lance me dissuade de mentir.
— Il craint que tu me mettes en danger, avoué-je.
— Je te mets en danger, dit-ilcomme s’il venait de s'en rendre compte.
— Je suis ta complice maintenant, dis-je en repoussant le drap avant de me mettre à califourchon sur lui. Vladimir prendra un malin plaisir à nous torturer. Nous finirons pendus côte à côte, comme des amants maudits d’un autre temps…
Je me penche vers lui avec l’intention de lui voler un baiser, mais je constate que mon humour ne l’atteint pas.
Je me redresse.
— Je n’ai pas envie de passer cette matinée à parler de Ricky, encore moins de Vladimir. Nous retournerons bientôt au centre, tu auras tout le loisir de t’inquiéter à ce moment-là. Pour l’instant, ce dont j’ai envie, c’est de ça… dis-je en prenant ses mains pour les poser sur ma poitrine nue.
Pour mon plus grand bonheur, il n’insiste pas, et se détend. Mes mains glissent sur les siennes, pressant doucement mes seins. Je lui souris, ondulant mon bassin contre son érection naissante. Chaque petit gémissement qu’il laisse échapper me fait frissonner. Brusquement, il se lève, et m’emporte avec lui. Un hoquet de surprise m’échappe, mon corps tout entier se tend, avide, vibrant à l’idée de ce qui m’attend.
Mon dos heurte le carrelage froid de la douche dans un bruit sourd. Je l’attire contre moi, il se glisse entre mes cuisses, m’embrassant avec voracité. Nos langues s’engagent dans une danse effrénée, nos dents s’entrechoquent. Je tire sa lèvre, il attrape la mienne. Mes pieds glissent de ses hanches pour toucher le sol. Il me retourne aussitôt, plaque mon visage contre la paroi, goûte la peau de mon cou, mord celle de mon épaule, écarte mes cuisses. Je tressaille. Adrian me relâche aussitôt.
— Je suis désolé, murmure-t-il contre mon oreille.
Je me retourne pour lui faire face.
— Ne le sois pas, dis-je en reprenant mon souffle.
— Je pensais… j’y suis allé trop fort.
— Chh, l’interromps-je en l’embrassant. Je veux ça. Je veux que ce soit passionné, déchaîné. C’est… instinctif. S’il te plaît, continue, dis-je en me retournant face au mur.
Silence.
— Adrian ?
Il se rapproche, colle son torse contre mon dos.
— Je… je veux remplacer ces souvenirs par de nouveaux.
Les secondes s’étirent sans qu’il ne se passe quelque chose. Juste au moment où je commence à croire que je vais devoir me satisfaire seule, je sens sa main remonter lentement le long de mon échine, avant de m’empoigner les cheveux.
Je soupire. Mes cuisses s’écartent d'elles-mêmes, l’invitant à poursuivre là où il s’était arrêté. Il glisse sa main libre à l’intérieur. Un frisson me parcourt. Son pouce trouve mon clitoris et s’y attarde, décrivant de petits cercles d’une lenteur cruelle, insupportable.
— Oui… soufflé-je en me cambrant davantage contre lui.
Je me frotte contre lui, cherchant à le provoquer, mais un grognement sourd, résonnant au creux de mon ventre, me fige. Je reste là, immobile contre lui, entièrement à sa merci. Comme pour me récompenser, il accélère la cadence. Je pousse un long gémissement éhonté, pur aveu de ma faiblesse. J’aime ce qu’il me fait, j’aime les réactions de mon corps face au sien. Je ne veux pas les cacher. Il glisse un doigt en moi, le retire, couvert de la preuve de mon désir pour lui, puis le porte à sa bouche et le goûte. Mon corps réagit aussitôt et je jouis, écrasant mon corps contre le sien pour ne pas m'effondrer.
À peine mes tremblements se dissipent-ils qu’il me pénètre d’un coup, de toute sa longueur. La surprise me coupe le souffle. La pression qu’il exerce contre ma tête est ferme, possessive. Ses poussées sont profondes, appuyées. Il m’impose un rythme soutenu qui ne me laisse aucun répit.
— Dis-moi d’arrêter, et j’arrête.
— Ne t’avise surtout pas… haletai-je.
Je sens son sourire contre ma nuque, sa voix rauque déclenche une onde de frissons qui me traverse tout entière. Il soulève ma jambe dans un angle qui me fait couiner.
— Adrian…
Mes mains s’enfoncent dans le carrelage, accompagnant chaque mouvement. Je le sens partout en moi, dans mes entrailles, dans mon ventre, dans ma tête, sur chaque parcelle de ma peau. Il me retourne brusquement et me soulève. Instinctivement, j’enroule mes jambes autour de ses hanches. Ma tête bascule en arrière, mais il la ramène aussitôt, m’obligeant à soutenir son regard. Nos yeux restent ancrés l’un dans l’autre, brûlants, indélogeables.
— Jouis pour moi, ma douce.
Il n’en faut pas plus à mon corps pour se refermer autour de lui. Le plaisir me traverse d’un seul bloc, intense, brutal. Une onde me secoue, puis une autre, et je perds pied, emportée par la violence de mes émotions.
Adrian ne faiblit pas, au contraire, il accompagne chacun de mes spasmes, m’empêche de redescendre complètement, chaque frisson ravivé avant même d’avoir le temps de s’éteindre. Quand je reviens à moi, haletante, à peine remise, le plaisir renaît déjà au creux de mon ventre. Mes yeux s’écarquillent, incrédules face à la rapidité avec laquelle mon corps en réclame encore. Adrian capte aussitôt ma surprise et m’offre un sourire sûr de lui, presque amusé.
— Tu es si belle.
J’attire sa tête vers moi et le gratifie d’un baiser. Il me pilonne sans retenue, sans pitié. Nos gémissements emplissent la pièce et résonnent dans tout l’appartement. La tension devient délicieusement insoutenable. Mon corps se tend, prêt à accueillir son troisième orgasme en l’espace de quelques minutes à peine.
Son front se pose contre le mien. Il serre ma taille pour s’ancrer, murmure à mon oreille et récite mon prénom comme une prière. De nouveau, le monde disparaît. Il se dissout, tout devient abstrait. Je me perds en lui, il se perd en moi, et ensemble nous jouissons, suspendus dans une extase où le temps n’existe plus, où nos corps et nos souffles ne font plus qu’un. Quand enfin la vague se retire, il reste cette chaleur, ce lien indéfectible, et le silence chargé de tout ce que nous venons de partager.
J’actionne le pommeau de douche, et l’eau chaude se déverse sur nous, offrant un ultime instant de sérénité, avant de devoir retourner parmi les autres.
— Ne laisse pas la conduite de Ricky t’affecter. Il est comme ça avec tous ceux qui s’approchent un peu trop près de moi, lui dis-je plus tard dans la journée.

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