2 - 8 h 28
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J’ai froid et même ABBA à fond dans les oreilles n’y change rien. Le métro est censé être là depuis dix minutes, mais visiblement, ce matin, quelqu’un a décidé d’en finir avec ses problèmes.
— En raison d’un accident de personne, tous les métros sont suspendus jusqu’à 11 h.
La personne qui se cache derrière son micro a de la chance d’être bien planquée.
— Des bus de substitutions sont à votre disposition pour les transferts jusqu’à gare de Lyon, avec arrêt à Montparnasse, quai 32.
Ce que je redoutais est arrivé : une foule qui attend depuis un moment sur le quai se précipite dans les couloirs pour s’échapper de la station. Je me faufile à travers elle et tente, tant bien que mal, de rejoindre les bus de la RATP. Je ne peux pas rater ce rendez-vous. M. Duguy était très clair dans son mail de la semaine dernière : en cas de non-présentation à l’entretien, les allocations seront suspendues. Et moi, cet argent, j’en ai plus que besoin.
Par chance, c’est à mes pieds que le bus s’arrête et je suis la première à m’y engouffrer. J’ai l’avantage d’avoir le choix du siège. C’est rare. Je m’installe dans le fond, attrape mon téléphone bien rangé dans la poche intérieure de ma veste (j’ai une peur bleue des pickpockets), et ouvre Spotify. Je fais dérouler ma playlist et enclenche Waterloo, d’ABBA.
Le bus se faufile à travers la capitale avec une aisance qui inspire l’admiration, mais absorbée par la musique qui traverse mes oreilles, je ne prête pas attention aux annonces du chauffeur. Soudain, j’entends :
— MONTPARNASSE ! MONTPARNASSE !
Merde.
Des dizaines de personnes commencent à pénétrer à l’intérieur tandis que moi, je suis toujours confortablement installée à mon siège.
— PARDON, EXCUSEZ-MOI !
Je réussis enfin à en sortir quand un vent glacial vient me frapper le visage. J’ai la sensation de percuter le Mont-Blanc. Je suis la plupart des passagers qui sont descendus et qui s’agglutinent désormais dans les escalators pour rejoindre la 13. Il y a bien plus de monde que d’habitude et ça m’agace déjà.
Par chance, j’arrive au même moment que le métro. C’est à peine si l’on peut y glisser une main tant il est rempli, mais je parviens à pousser deux ou trois personnes et à agripper la première barre disponible.
Dix-huit minutes plus tard, j’arrive à Porte de Clichy et me laisse entraîner par la foule qui débarque du métro comme si elle s’apprêtait à courir un marathon.

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