8 - 16 h 45
Faustine était en forme aujourd’hui. L’émission se consacrait aux incestes dans les familles bourgeoises. Un nouvel épisode encore une fois joyeux qui m’a aidée à comprendre que mon enfance n’a pas été si terrible que ça. Une fois de plus : merci Faustine.
J’attrape mon portable et profite de quelques minutes pour jeter un dernier coup d’œil à ses photos. Patrick paraît assez grand, ce qui est un détail que je ne néglige pas. Sur l’un des clichés, on le voit faire du sport en pleine forêt, ce qui m’indique deux choses : Patrick est un sportif et il aime la nature. Nous voilà donc un premier point commun : la nature. J’apprécie son sourire et le petit short rose qu’il porte sur l’une de ses photos. Croyez-moi, le short met en valeur un derrière bien musclé.
Je sors du lit, embrasse le chat étalé à la manière d’une crêpe et attrape une bière dans le réfrigérateur. Comme disait ma vieille amie Natacha :
— Une bonne bière, c’est comme une partie de jambe en l’air, ça détend toujours !
Et elle avait probablement raison puisque je me sens tout de suite moins stressée. J’attrape une cigarette, ouvre la fenêtre et demande à Alexa de lancer ma playlist favorite : This is ABBA. Je ne peux m’empêcher de bouger sur la mélodie de Fernando. Le hic : la voix de Magalie Vaé qui hurle depuis l’appartement voisin. Comment Sylvain peut-il laisser Magalie chanter plus fort qu’Agnetha et Frida ? Je monte le son et le problème est réglé.
Quelques secondes plus tard, on toque à la porte. J’écrase ma cigarette, baisse le volume et me dirige vers l’entrée. J’ouvre et me retrouve nez à nez avec Sylvain, le teint cireux, prêt à s’évanouir d’un instant à l’autre. Les cheveux en bataille et les lèvres violettes (dues aux multiples verres de vin rouge qu’il ingurgite à longueur de journée), il me fixe d’un regard agacé.
— Ta musique, dit-il. C’est beaucoup trop fort et je n’entends plus ma télé.
Quel culot. J’ai envie de lui faire bouffer la télécommande, mais fidèle à moi-même, à celle qui n’ose ne jamais rien dire :
— Oh, je suis désolée. Je vais baisser le son.
Sans dire un mot de plus, Sylvain retourne à son appartement tandis que je claque la porte aussi forte que possible, espérant qu’il comprenne le degré de mon agacement. Pourtant, c’était le moment parfait pour lui faire intégrer le fait que j’en ai par-dessus la tête d’entendre son émission pourrie à longueur de journée. Mais non, me taire, m’excuser, c’est devenu le résumé de ma vie entière. Mon ex me quitte pour ma sœur, je m’excuse de ne pas avoir été celle qu’il aurait aimé que je sois ; mon boulot me licencie, je m’excuse et me désole de les savoir dans une situation financière difficile. Ma vie est devenue une excuse envers elle-même.
La douche chaude sous laquelle je cherche du réconfort m’apaise. L’idée de me savoir en bonne compagnie ce soir me rend de suite plus heureuse. Je vais pour sortir de la douche enroulée d’une serviette usée quand…
— AH NON ! OUST !
Cet emmerdeur de chat, que j’aime de tout mon cœur, n’a pas trouvé meilleur endroit pour faire une sieste que sur mes vêtements propres et repassés pour ce soir. Je suis furieuse rien qu’à l’idée de prendre un quart d’heure de plus pour en retirer les poils.
Mon téléphone sonne.
Patrick :
J’ai hâte de faire ta rencontre.
GIF de Tom Cruise qui fait un clin d’œil.
Je vérifie l’horloge. 17 h 35. Je me dépêche d’enfiler mes collants qui ne tarderont pas à filer — parce qu’ils filent toujours, ainsi que ma robe et ma paire de bottines. Je sèche mes cheveux et tente tant bien que mal de les dompter, sans succès. Un peu de parfum, des paillettes sur les yeux et me voilà fin prête.
— Bye Bouboule ! Pas de bêtise ou il n’y aura pas de croquettes à mon retour !
Je claque la porte et me dirige vers la cage d’escalier.

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