13 - 10 h 22

2 minutes de lecture

3 - 10 h 22

  Summer Night City d’ABBA dans les oreilles, je me dirige vers le bureau d’Olivier Durémont, le conseiller en site de rencontre. Je suis encore toute chamboulée de mon rendez-vous avec M. Duguy.

Je m’apprête maintenant à écouter un autre homme pointer du doigt chaque élément foireux dont ma vie est constituée. Ce lundi est de loin numéro un dans mon classement des pires lundis de l’année. Je n’ai qu’une envie, commander un Uber et retourner sous ma couette jusqu’à demain. Hélas, je n’ai pas les moyens d’exaucer ce vœu et je dois me résoudre à marcher jusqu'à mon rendez-vous.

  Comme me l’a indiqué Google Maps, le cabinet d’Olivier Durémont se situe à quelques rues seulement du Pôle Emploi. La rue est déserte. J’entrevois un homme promener son yorkshire et une vieille femme tirer son caddie derrière elle en direction du marché voisin.

Je ne réalise pas que dans quatre jours, je serai dans un entrepôt du 15e arrondissement à mettre en carton des fruits et légumes. Cette idée ne cesse de me perturber, car j’étais de loin la meilleure illustratrice de MyBookForYou et la plus reconnue par nos clients. Je gagnais très bien ma vie et j’avais à mes côtés le plus parfait des petits copains. À quel moment ma vie a-t-elle dérapé de cette manière ?

Et puis, cette envie absolue de trouver le prince charmant. Pourquoi en ai-je besoin ? Je suis tout à fait capable de vivre par moi-même, après tout.

    — Très drôle, Kristelle, je pense.

    Je ne suis pas faite pour vivre seule. Je suis indépendante, forte et futée, mais rien ne peut combler l’absence d’un amour qui attend à la maison que vous rentriez du travail à préparer un succulent plat de pâtes. Je l’avoue, je suis une gourmande d’amour.

Oui, c’est exactement ce que je suis. J’ai besoin d’aimer quelqu’un aussi fort que j’aime le chocolat et les chips aux crevettes.

   J’arrive devant l’immeuble de M. Durémont. Ce quartier est bien plus sympathique que celui de Pôle Emploi. Les rues sont fleuries et propres.

Je fais défiler l’interphone jusqu’à la lettre D.

    — Oui ?

    — Bonjour, c’est Mme Lalaide.

    J’entends la porte se déverrouiller.

    — Entrez, dit-il. C’est au 5e étage.

   Une douce odeur de rose se propage jusqu’à mon nez. Le hall d’entrée est propre et très fleuri. Des roses, dans des vases, sont disposées un peu partout.

Je sonne une nouvelle fois à l’interphone et la porte se déverrouille. Je m’engouffre dans l’ascenseur et appuie sur le bouton. Je stresse. Je peux sentir mon ventre se torsader dans tous les sens et mes mains devenir moites. Une goutte de sueur dégouline le long de mon visage.

Finalement, plus l’ascenseur grimpe, plus je me demande si j’ai l’envie d’affronter une nouvelle fois cette réalité enfouie.

La porte de l’ascenseur s’ouvre. J’arrive sur un palier dont le sol est deux fois plus recouvert de roses que le rez-de-chaussée. Ce n’est donc pas la concierge qui aime les fleurs, mais M. Durémont.

   Je suis devant sa porte, prête à toquer. Pourtant, quelque chose m’en empêche. Je ne parviens pas à soulever mon bras pour le cogner contre la porte en bois. Je m’y résous. Cette réalité, je vais la replacer sous le tapis pendant encore quelque temps. Hélas, au moment où je me tourne pour rebrousser chemin, la porte s’ouvre.

   — Bonjour, Mme Lalaide. Je vous en prie, entrez.

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