24 - 17 h 50

2 minutes de lecture

Dimanche 2 octobre

1 - 17 h 50    

    J’ai beaucoup de mal à conserver mes yeux ouverts. Je suis réveillée depuis 4 h ce matin et n’ai pas eu le temps de faire une sieste en rentrant du travail. Un dilemme de taille s’est présenté à moi : m'épiler ou faire une sieste. J’ai opté pour l’épilation qui me semblait bien plus urgente.

Je suis attablée à une table du Palmier, un bar gay dans le 4e arrondissement. Étonnant, mais c’est là où m’a donné rendez-vous mon rencard de ce dimanche soir. Bien que j’adore faire les boutiques dans le Marais ou m’y arrêter acheter une baguette magique à la boulangerie, c’est toujours en compagnie d’Eddie que je m’y balade. Je trouve ça d’autant plus étonnant qu’un homme de trente-neuf ans puisse m’y donner rendez-vous.

    Notre rencontre est fixée à 18 h, mais ponctuelle comme je suis, je suis arrivée en avance. J’en profite pour observer les gens défiler devant moi, aux tenues loufoques et attitudes discrètes. Sur l’une des tables voisines, j’attrape un filet de conversation. Deux garçons d’à peine dix-huit ans discutent de la fête de ce soir, leur première fois dans une boîte de nuit gay.

Je souris. Je ne peux m’empêcher de repenser à ma première sortie en discothèque, ici, à Paris. Eddie et moi avions à peine seize ans et vivions en région parisienne. Elle me harcelait depuis des semaines pour que j’accepte de l’accompagner dans l’une de ces très grosses soirées du Queen Club qui avaient lieu chaque dimanche soir.

    — On ne passera jamais, lui disais-je sans cesse.

    — Tout le monde passe, le dimanche soir.

    Elle avait raison. Pas une moindre hésitation de la part du videur à notre arrivée. Cette soirée restera de loin la plus folle et la plus amusante de ma vie. C’est drôle comme à cet âge, la vie pouvait sembler facile. On se sent capable de soulever des montagnes et cela malgré les difficultés que l’on rencontre. Parfois, je regrette ce temps passé où nous ne faisions que profiter pleinement de la vie que tout Homme devrait être libre de vivre.

   Le bruit d’une chaise raclant le sol me fait sortir de mes pensées. Gilles vient d’arriver.

   — Bonsoir, me dit-il en s’asseyant à mes côtés après m’avoir offert une bise.

   — Oh, salut, je réponds.

   Il est aussi beau que sur ses photos. Voilà un homme dont le profil appartient au présent. Il a tous ses cheveux, une paire d’yeux verts et de multiples tâches de rousseur lui recouvrent le visage, lui donnant un charme fou.

   — Tu es très jolie, me dit-il. Désolé de t’avoir fait traverser tout Paris, mais c’est un super bar.

   — Oh, ce n’est rien. J’adore ce quartier et j’ai cru entendre les tables voisines vanter leurs cocktails.

   Il sourit.

   — C’est en effet leur spécialité.

   Je souris.

  — Deux Mojitos, s’il vous plait, dit-il à la serveuse aux cheveux roses et jaunes.

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