27 - 9 h 12

3 minutes de lecture

Vendredi 7 octobre

1 - 9 h 12

  C’est insupportable. Je suis réveillée par les travaux du nouveau voisin qui, j’en ai bien peur, me semble abattre un mur. Je me lève, la paupière du haut collée à celle du bas, les cheveux emmêlés et ébouriffés, et une très grosse envie de faire pipi. Il fait bien trop froid pour rejoindre la toilette sur palier ce qui m’oblige à utiliser mon bac à douche comme toilettes. Après tout, toutes les évacuations doivent mener à Rome.

   — Alexa, prépare-moi un café.

  — D’accord.

  Je verse des croquettes dans la gamelle du chat qui ne cesse de tournicoter entre mes jambes. J’attrape une cigarette, le café qu’Alexa vient de me préparer et me glisse de nouveau sous la couette, dans la chaleur du lit.

   Je respire.

   Je respire.

   Je respire.

   Cet après-midi, j’ai rendez-vous avec Lou Dutint. D’après le mail reçu hier après-midi, un véhicule me récupère à 14 h 20 pour m’emmener au cœur du 7e arrondissement, dont l’adresse semble se situer aux pieds de la tour Eiffel. Ce Lou ne doit pas être un simple conseiller pour habiter une telle adresse, à moins que je sous-estime la quantité de ses clients.

Routine matinale, j’ouvre mon téléphone pour y lire mes nouvelles notifications. Trois messages vocaux de ma mère et d’Eddie, qui me souhaitent toutes deux, du courage pour la journée. En ce qui concerne Tinder, c’est le désert. Aucun nouveau message, ni même un simple match.

   Depuis mon lit, j’entends la porte de l’appartement voisin claquer. Quelques instants plus tard, quelqu’un toque à ma porte. Je lève les yeux au ciel, car obligée de sortir du lit, éteins rapidement ma cigarette dans le fond du cendrier qui déborde et manque de renverser mon café encore chaud. En robe de chambre rose à pois, je me dirige vers la porte, l’ouvre et me retrouve nez à nez avec un homme d’un bon mètre quatre-vingt-dix.

   — Bonjour, je souhaitais m’excuser pour le bruit.

   Il sourit. Je rougis. Son sourire m’intimide.

   — Oh. Bonjour, je dis en bafouillant. Ce n’est pas grave, je ne dormais pas. Je me lève toujours aux aurores.

   La trace de mon oreiller encrée sur ma joue, mes cheveux emmêlés les uns aux autres et mon haleine du matin, mélangée au café et à la cigarette, lui prouvent pourtant le contraire.

   — Ah ! Tout pareil, dit-il toujours d’un sourire dévoilant une dentition parfaite et une fossette sur sa joue gauche. Fabio, enchanté.

   Il me tend la main et serre la mienne. Sa poigne est masculine et assurée.

   — Kristelle, dis-je. Avec un K. Enchantée également.

    Il plonge son regard dans le mien et conserve sa main serrée autour de la mienne, dont les os risquent de se briser d’un instant à l’autre.

   — Bien, reprit-il. Je vais vous laisser tranquille. Bonne journée, Kristelle avec un K.

   — Bonne journée, Fabio avec un…

   Je marque une pause, réfléchissant à la bêtise que je m’apprête à dire. Ce n’est pas le moment Kristelle.

    — Bonne journée, je reprends avant de refermer la porte si brutalement que je l’aperçois faire un bond en arrière.

   Je me dirige de nouveau vers mon lit et découvre mon allure dans le miroir. J’ai honte. Mes cernes descendent presque jusqu’à mon menton, mes lèvres sont gercées et un énorme bouton d’acné a poussé pendant la nuit, au beau milieu du front.

   — Super, Kristelle avec un K. Super !

    Soudain, je me rappelle d’une des priorités de cette matinée : appeler le travail pour me faire porter pâle. Avec ce réveil brutal et la visite du voisin, j’en ai totalement oublié l’essentiel. Je m’urge d’écrire un SMS rapide à Thomas, mon manager, pour le prévenir de mon absence. Il m’en voudra de l’avoir prévenu deux heures avant le début de mon shift, mais les urgences arrivent, après tout. Je cours sur Doctolib prendre rendez-vous avec un médecin dès demain pour faire signer mon arrêt de maladie.

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