28 - 13 h 14

3 minutes de lecture

2 - 13 h 14

   Cinq tenues tout au plus dans ma penderie, mais je ne parviens pourtant pas à me décider. Dois-je opter pour une robe décolletée ou dos nu ? Cheveux attachés ou détachés ? Collants ou pas collants ? Je tourne en rond et fais les cent pas dans l’appartement en fumant une cigarette sur Money, Money, Money d’ABBA. Cette chanson est de loin ma favorite, bien que je ne l'écoute pas suffisamment.

Bouboule est installé sur la petite table bancale située dans un coin de la pièce. Il m’observe faire des aller-retour entre la fenêtre et ma minuscule penderie, qui n’est d'autre qu’un vulgaire placard sous le ballon d’eau chaude. Après maintes réflexions, j’opte pour la robe décolletée, les cheveux tirés et les collants, car à la vue de mes jambes velues, il est préférable pour chacun qu’elles restent dissimulées.

     Mon téléphone sonne. Eddie vient de m’écrire pour m’encourager à affronter ce long après-midi qui se présente.

Moi :

Je suis super stressée !

Eddie :

Tu vas voir, ça va être top. Essaye de ne pas flipper face à lui.

Moi :

Je te laisse, je vais filer avaler un morceau avant. Si le stress me fait vomir,

au moins, j’aurais quelque chose à vomir.

Eddie :

T'es degueu ! Bon OK, tiens-moi au courant. Bye chiquita !

   J’attrape une boîte de raviolis en conserve dans le placard, la vide dans une assiette creuse Ikea puis la place dans le micro-ondes. J’ai souvent le droit aux gros yeux de mes amis lorsque je me prépare une telle recette, mais je ne trouve pas ça si mal. L’astuce : ajoutez des oignons frits et du gruyère.

L’assiette est chaude, je l’avale devant un épisode de How I Met Your Mother. C’est frais, drôle et ça me permet de penser à autre chose avant cet étrange rendez-vous qui m’attend.

   L’heure approche et je me dépêche d’enfiler mes chaussures, de nourrir le chat et de quitter l’appartement. En passant devant l’appartement de Fabio, mon nouveau voisin, je l’entends se disputer avec quelqu’un. L’absence de réponse de son interlocuteur me fait dire qu’il est au téléphone. Je ralentis le pas.

   — Je t’ai déjà répété mille fois que je n’ai pas les moyens de te verser autant de pensions pour le petit !

    Fabio est divorcé, je présume.

   — Tu me fais chier, Marina. Bonne journée !

   Sa voix n’est pas aussi tendre qu’elle ne l’était face à moi.

    — Connasse… dit-il plus doucement.

    Je descends rapidement au 5e étage pour attraper l’ascenseur qui nécessite dix minutes pour monter. Je déteste ces voisins qui retiennent l’ascenseur pendant des heures, surtout lorsqu’il s’agit des voisins du premier et deuxième étage. J’ai envie de dire : eh oh, il y en a qui vivent au 6e ! Une fois à l’intérieur, je sens une odeur d’humidité qui imprègne la moquette. D’après les nombreux poils de chien qui jonchent le sol, je suspecte Roméo, le labrador de Mme Fishter. Les chiens sont interdits dans l’ascenseur, mais qui oserait émettre le moindre reproche à la femme la plus riche de l’immeuble ?

J’arrive dans le hall d'entrée et aperçois Mme Gonzales passer la serpillère. Elle me semble furieuse et s’acharne sur des traces de terre qui ne veulent disparaître. Je traverse le hall en lui adressant le plus sympathique des sourires, avant de l’entendre me siffler.

   — Vous, me dit-elle.

   Je me retourne, le sourire absent.

   — Je vous demande pardon ?

   — Oui, vous. Les voisins se plaignent encore de vous. Ese me cansa. C’est toujours de vous que les gens se plaignent. Vous devez arrêter de fumer à votre fenêtre, vous empestez vos voisins !

    Je sens mon poing se resserrer sur lui-même.

    — Mme Gonzales, parlez-vous sur ce ton à tous les habitants de l’immeuble ? je demande du ton le plus calme possible.

   — Vous m’insultez de discriminación ?

   Je refuse de dire un mot de plus, le chauffeur de Lou Dutint m’attend devant la porte sous une pluie battante. Je tourne le dos à la bonne femme et m’aventure dehors.

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