29 - 14 h 20

3 minutes de lecture

3 - 14 h 20

   — Bonjour Mme Lalaide. Je vous en prie.

   Le chauffeur m’attend à la porte, un parapluie en main. Il m’accompagne jusqu’à la voiture, une splendide Audi Q5. Je m’engouffre à l’intérieur et m’installe sur la plage arrière avant qu’il ne referme la portière. Une agréable odeur de chocolat chaud pénètre mes narines. Le son de la pluie qui s’abat sur la carrosserie est si bruyant que je l’entends à peine se présenter lorsqu’il prend place à son siège.

   — Je ne vous ai pas entendu, excusez-moi, je dis.

   — Je suis Saïd, madame. Je serai votre chauffeur aujourd’hui. Vous avez à votre disposition des bonbons au chocolat et de l’eau.

   Je le remercie d’un geste de la tête et observe l’intérieur du véhicule. Le nom de Paradise Office est brodé sur le tissu des sièges avant. Deux bouteilles d’eau, une fraîche, une tempérée, sont posées dans la portière. À ma droite, dans l’accoudoir, se trouve un infini de bonbon au chocolat.

La voiture démarre et s’engouffre dans les rues parisiennes. Les piétons sont rares et les quelques individus qui affrontent la pluie torrentielle sont abrités sous des parapluies ou trempés jusqu’aux os. Je me sens soudain chanceuse d’être au chaud et sèche dans une voiture si confortable.

Saïd, le chauffeur, ne parle pas. Il est concentré sur la route. Il s’arrête dès qu’un piéton souhaite traverser et ne râle pas dès qu’un vélo se faufile devant lui. C’est un conducteur parisien comme il y en a peu.

    Deux kilomètres seulement séparent mon adresse de celle de M. Dutint, mais comme chaque jour de pluie, les Parisiens ne roulent pas.

La voiture s’engage sur la voie George Pompidou et s’arrête à un feu rouge, situé devant mon premier appartement parisien. C’est ici, à quelques pas, sur les quais de Seine, que j’ai rencontré Mathias, mon ex désormais en couple avec ma jeune sœur. En compagnie d’Eddie, nous avions pour habitude de venir y boire quelques bières dès les premiers jours du printemps. Lorsque nos regards se sont croisés pour la première fois, je l’ai su. J’ai su qu’il partagerait ma vie. C’est bateau, je sais, mais j’y ai sincèrement cru.

   — Nous arrivons, Mme Lalaide.

   La voix de Saïd me fait sortir de mes pensées. Une larme glisse le long de mon visage et c’est le cœur serré que je descends du véhicule sous le parapluie tendu du chauffeur. Au bout de la rue, l’un des pieds de la tour Eiffel apparaît malgré la pluie. Je lève les yeux et l’aperçois. Elle est d’une beauté unique et bien que son sommet soit dissimulé par les nuages, elle reste impressionnante. J’ai toujours été fière d’habiter à quelques kilomètres de la tour Eiffel. Lorsque j’habitais Londres, je ne cessais de vanter mon passé de Parisienne, voisine de la Eiffel Tower.

   — Je vous attends ici, madame. C’est au 3e étage.

    Saïd m’ouvre l’immense porte en bois qui laisse se dévoiler un sublime hall d’entrée à la moquette rouge et aux murs recouverts de miroirs. Des plantes recouvrent les boîtes aux lettres tandis que des roses disposées dans de grands vases finissent la décoration en beauté.

Je m’approche de l’interphone et sonne à Paradise Office. Un bip retentit et une voix féminine sort du haut-parleur.

   — Bonjour Mme Lalaide, 3e étage, je vous ouvre.

   Sa voix est élégante, mélodieuse et semble jeune. Un nouveau bip m’indique que la porte est déverrouillée. J’entre. L’ascenseur m’attend, portes ouvertes. Je m’y insère et appuie sur la troisième touche. Une musique classique est diffusée à travers un haut-parleur.

Mon ventre se retourne sur lui-même, l’intérieur de mes mains dégouline et je sens mon cuir chevelu me gratter m’indiquant qu’il transpire. L’ascenseur s’arrête ; les portes s’ouvrent, dévoilant un sublime couloir aux murs marron, aux mobiliers haut de gamme et aux nombreux vases remplis de roses.

   — Décidemment, c’est qu’ils aiment les roses les conseillers en rencontre, je pense.

    Une porte s’ouvre. Je me retourne. Face à moi se trouve une magnifique jeune fille d’une vingtaine d’années, au visage parfaitement symétrique, à la peau aussi lisse qu’une pêche, à la blondeur aveuglante et au sourire à en faire tomber les mouches.

   — Bonjour, Kristelle, je suis Ève. Bienvenue chez Paradise Office.

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