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4 minutes de lecture

4 - 14 h 58

    Eve referme la porte derrière moi. Devant moi, se trouve désormais un sublime appartement au parquet ciré, au mobilier qui crie richesse et à la décoration épurée et soignée. Un long couloir mène aux autres pièces. Eve, se positionne face à moi, sourit et m’invite à la suivre. Perchée sur ses talons de douze centimètres, elle marche comme les mannequins d’un défilé Chanel. Tout autour de moi, les murs sont recouverts de peintures d’art abstrait.

Je la suis jusqu’à une porte vitrée.

   — Je vous en prie, me dit-elle après avoir ouvert la porte. Entrez et installez-vous. Je vous laisse patienter quelques instants.

   Sa voix est si jolie et son sourire si agréable à regarder que j’en tomberais amoureuse.

Deux immenses fauteuils en cuir ressemblant à des tablettes de chocolat sont disposés de part et d’autre de la pièce. Une table basse les sépare, recouverte de magazines de mode, féminin ou people. Je m’installe sur l’un d’eux et l’assise est si confortable et moelleuse, que je m’enfonce à l’intérieur.

Eve observe mon installation, me sourit puis disparait dans le couloir. J’analyse la pièce. Une agréable odeur de chocolat, la même que celle de la voiture, semble être diffusée d’un appareil accroché au mur. Le dernier album d’Adele est diffusé par les haut-parleurs.

   Mon téléphone sonne.

   Merde. J’ai oublié d’activer le mode silencieux et la sonnerie — Voulez-vous d’ABBA— résonne dans la pièce. Je me précipite dans mon sac à main à la recherche de l’objet bruyant, mais il m’est impossible d’y mettre la main dessus. Lorsque je l’attrape enfin, il ne sonne plus. Je jette un œil vers la porte vitrée, mais personne ne semble avoir été dérangé. Je vérifie l’origine de l’appel avant de lire le message suivant :

Vous avez un appel en absence de Fanny Lalaide.

   Je n’entends et ne vois plus rien. Tout ce qui m’entoure a disparu. La douce odeur de chocolat, la chanson d’Adele que j’adore écouter dans le métro, plus rien n’existe. Je me sens aspirée dans les entrailles du canapé de cuir à effet chocolat. Mes mains deviennent moites, mes yeux s’humidifient et je sens ma bouche tiquer.

   — Kristelle, vous allez bien ?

   Je relève la tête et aperçois Eve qui entre dans la pièce. Elle tient à la main une coupe de champagne qu’elle dépose sur la table basse.

   — Lou sera à vous dans quelques instants. Je vous ai apporté du champagne, souhaitez-vous autre chose ?

   J’attrape la coupe et lui fais non de la tête. Eve disparait de nouveau.

    Mon téléphone vibre.

Vous avez un nouveau message vocal de Fanny Lalaide.

    Je pourrais attendre la fin de mon rendez-vous, mais cela fait des mois que je suis dans l’attente d’une trace de vie de sa part. Je ne peux m’en empêcher. J’écoute le message vocal.

« Salut Kristelle. Je sais que tu ne t’attendais pas à recevoir de mes nouvelles, mais je dois te dire quelque chose et je souhaite le faire en personne. Penses-tu pouvoir me retrouver demain après-midi au Massenet, à côté de chez toi ? J’y serai pour 16 h. J’espère que tu seras là.

À demain, bisous.

Pour réécouter le message, tapez 1. »

   Je l’écoute une seconde fois pour m’assurer de ce que j’ai entendu. Fanny, ma jeune sœur qui partage la vie de Mathias, mon ex, me propose de la rejoindre demain au Massenet. J’attrape ma coupe de champagne et l’avale d’une traite. J’en aurais bien pris une deuxième, voire la bouteille.

Voilà des mois qu’elle ne m’a pas adressé le moindre mot ou excuse et elle me revient comme un cheveu sur la soupe. Je respire. Il faut que je me ressaisisse avant mon rendez-vous. Ce n’est qu’une question de secondes avant que j’entre dans le bureau de Lou Dutint.

   J’inspire.

    J’expire.

   J’inspire.

   J’expire.

    J’attrape dans mon sac à main un morceau de chocolat que je me suis mis de côté, par sécurité. Là tout de suite, une cigarette ne serait pas de refus, mais elle va devoir attendre, car Eve entre dans la pièce.

   — Bien, Kristelle. Lou est prêt à vous recevoir. Suivez-moi.

    Je me relève du confortable canapé avec difficulté puis m’engage dans le couloir suivant la jeune femme aux cheveux d’or.

    — Lou est heureux de vous accueillir. Olivier est l’un de nos plus proches collaborateurs.

    Elle tourne légèrement sa tête vers moi, juste le temps d’apercevoir son sourire ravageur, sa dentition parfaite et ses deux fossettes au coin des joues.

    — Pardonnez-moi, je lui dis, mais je ne comprends pas très bien… Qu’est-ce que Paradise Office ? Qui êtes-vous ?

   Eve ne me répond pas et continue de traverser le long couloir qui rejoint l'extrémité de l'appartement. Elle s’arrête devant une porte en bois massif sur laquelle le nom de Lou Dutint est gravé.

   — Je suis sûr que Lou pourra parfaitement répondre à vos questions. Entrez, je vous en prie.

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