35 - 15 h 39

2 minutes de lecture

9 - 15 h 39

   — Kristelle, vous ne m’écoutez plus, me dit Lou Dutint.

    — Pardon, je réponds. Un problème de famille.

   Il sourit et une vague de chaleur m’envahit.

   — Répondez, si cela ne peut attendre.

   — Non, ça ira, je vous en remercie.

    Il me tend de nouveau le stylo en argent qui pèse aussi lourd qu’un caillou, et insiste du regard pour que j’accole ma signature en bas de page. Je réfléchis. Cette histoire me paraît étrange et je ressens comme le besoin de fuir au plus vite ce bureau. Peut-être devrais-je faire davantage de recherches sur cet homme avant de m’engager dans ce qu’il propose. Et puis, bien que j’aurais adoré impressionner Fanny avec un nouveau physique, je ne crois pas une telle chose possible. La magie, ça n’existe pas.

    — Écoutez, monsieur Dutint, je ne sais pas vraiment. Je pense…
   — Prenez votre temps, Kristelle, me coupe-t-il. Lorsque vous serez décidé, revenez vers moi.

   Il appuie sur un bouton rouge qui repose sur son bureau. L’instant d’après, Eve apparaît à la porte, mon manteau en main.

    — Saïd vous attend, madame Lalaide.

   — Bonne journée Kristelle, me dit-il d’une douce voix.

    Je le remercie, quitte la pièce et tourne vaguement la tête dans sa direction avant que la porte ne se referme. Une fois de plus, je crois apercevoir ce halo de lumière flotter à quelques centimètres au-dessus de sa tête.

    Eve me raccompagne jusqu’à l’ascenseur, me salue chaleureusement et attend la fermeture des portes avant de disparaitre.

Dès que j’entame la descente, cette colère à l’encontre de ma sœur me revient brutalement. Je ressens de nouveau cette lourde sensation d’écrasement et de solitude. J’en suis retournée.

Saïd m’attend au bas de l’immeuble sous une pluie toujours battante. Il dégaine son parapluie en m’apercevant.

   — Mettez-vous à l’abri, Saïd, j’ai besoin de quelques instants pour fumer une cigarette.

   — Bien, madame.

   Je fouille mon sac et attrape cette cigarette qui me fait de l’œil depuis ce message vocal laissé sur mon répondeur. Je décide de ne pas répondre tout de suite au texto désespéré de Fanny. Je vais attendre d’être de retour chez moi, au calme, et après une douche revigorante. Cette première bouchée de fumée goudronneuse me soulage. Toute la pression et les sentiments mitigés à l’issue de ce rendez-vous disparaissent. J’en allume une deuxième. Saïd peut bien patienter quatre minutes supplémentaires. Je la fume comme si ma vie en dépend. Je l’écrase sous mon pied, m’engouffre dans le véhicule dont l’odeur de chocolat est toujours présente. Je ferme les yeux et soudain, c’est le monde qui m’entoure disparait.

Je suis enfin seule.

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