36 - 16 h 06
10 - 16 h 06
Saïd serre le frein à main. J’ouvre les yeux. J’ai dormi depuis notre départ de Paradise Office, sans m’être aperçue de cet épuisement moral qui a pris le dessus. Il pleut toujours autant, mais le chauffeur m’ouvre la porte tenant son parapluie. Je le remercie, le salue puis pénètre dans l’immeuble. Mme Gonzales se situe au même endroit qu’à mon départ, nettoyant cette fois-ci les grands miroirs face aux boîtes aux lettres. Elle me dévisage, mais je continue à marcher vers l’ascenseur sans lui prêter la moindre attention. J’ai envie de dire connasse, mais je n’en fais rien.
Je monte jusqu’au 5e pour rejoindre les escaliers qui permettent de grimper au 6e. Je ne croise personne. Tant mieux. Je ne suis pas d’humeur à discuter avec quiconque. Tandis que je monte les marches une par une, mon téléphone sonne. Je le sors de ma poche. C’est un mail qui provient d’Olivier Durémont. J’y répondrai plus tard.
En entrant dans mon appartement, je fais aussitôt couler la douche. J’en rêve depuis mon départ du bureau de Lou Dutint. Bouboule attend sagement ses croquettes, ce que je me hâte de lui donner. Je me déshabille en commençant par ôter cette paire de talons neuve qui me fait atrocement souffrir.
— Alexa, mets ABBA sur Spotify.
Je suis contrariée, mais je n’arrive pas à en comprendre la raison et pas même ABBA parvient à me calmer. J’entre dans la douche et la chaleur de l’eau qui glisse sur ma peau m’apporte le plus grand bien. J’y reste jusqu’à sentir approcher la fin du ballon d’eau chaude. Propre et sèche, je m’allume une cigarette dont je ne peux cacher le plaisir de fumer à la fenêtre. Je n’ai aucune pitié à observer mes cendres retomber jusqu’aux balcons de mes voisins.
Après ça, je suis enfin détendue. J’installe le lit, attrape la couette rangée dans une boîte en plastique IKEA et m’enroule à l’intérieur.
Le message de Fanny ne cesse de me tourmenter. Quel culot. Je dois lui répondre, mais j’ouvre dans un premier temps le mail d’Olivier Durémont, le conseiller en rencontre amoureuse.
De : Olivier Durémont
À : Kristelle Lalaide
Objet : Prenez garde
Bonjour Kristelle,
Faites attention à ce que vous signerez.
Je vous salue,
Olivier.
Étrange. Il doit vouloir faire référence à la proposition de Lou. J’ignore le mail et me concentre à présent sur Fanny. Je lis le texto encore et encore. Plus je relis, plus je sens la colère me ronger. J’ai envie de lui répondre : Fuck you, mais je ne le fais pas. Non, j’ai trente-trois ans. Je suis une adulte et je dois me comporter comme telle. Si je cède à mes pensées les plus sombres, je ne vaudrai pas mieux que Mathias.
J’attrape mon téléphone puis écris simplement :
Moi :
Ok.
Mon message aura le mérite d’être clair. Et puis, que fait-elle à Paris ? Aux dernières nouvelles, elle vivait dans une sublime résidence dans le Var, à quelques kilomètres de Saint-Tropez. Elle aurait dû rester sur son transat à se faire bronzer la rondelle.
— Tu es une adulte, je me dis à voix haute. Soit une adulte, bon sang !
J’abandonne mon téléphone, demande à Alexa d’éteindre la musique et oblige la créature qui partage mon domicile, à venir me faire quelques câlins. Ce soir, j’en ai bien besoin.

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