41 - 16 h 41

3 minutes de lecture

5 - 16 h 41

   Le temps de trajet me semble durer des heures. Il n’y a pourtant personne sur la route et les trottoirs. Mes yeux sont fixés sur le GPS du chauffeur. Je ne peux m’empêcher de ressasser les propos de Fanny. Dans quelques mois, elle deviendra Mme Lacroix et donnera naissance à un descendant. Je ne peux non plus cesser d’imaginer ce qu’aurait pu devenir ma vie dans les bras de Mathias. Je me remémore toutes ces fois où Fanny venait en week-end à la maison, à Londres ou à Paris. Je dois l’avouer, ils s’entendaient à merveille malgré les chamailleries régulières au moment des repas qui tournaient aux conversations politiques. Mathias ne comprenait pas les raisons qu’avait Fanny de voter Jean-Luc Mélenchon tandis qu'elle ne saisissait pas ses idées droitistes et son soutien infaillible à Nicolas Sarkozy. Je trouvais ça drôle, simplement. Je n’y connaissais rien et ne prenais pas part aux discussions. Pouvait-il s'agir de ça, au final ? Fanny devait lui paraître plus interéssante que je n'étais.

    La voiture ralentit, puis s’arrête.

   — On est arrivés, madame.

   — Merci, monsieur, bonne fin de journée.

   Je quitte le véhicule, claque la porte un peu trop fort, par colère, et me dirige vers l’interphone. Je sonne et la voix d’Eve résonne aussitôt.

   — Paradise Office, que puis-je pour vous ?

   — Eve, c’est Kristelle Lalaide. Ouvrez-moi.

    Un bip retentit. Porte déverrouillée, j’entre et me dirige vers l’ascenseur. Les roses du hall d’entrée sont fraîches de ce matin, je peux le dire à la forte odeur qu’elles dégagent. Mes mains sont moites et mon visage humide. J’ai chaud. Je ne décolère pas. Je m’observe dans le miroir pour la première fois depuis mon départ du bar. Mes cheveux sont en bazar, mon maquillage a dégouliné et mon pull sent le whisky. Je ne me souviens pourtant pas en avoir renversé.

L’ascenseur s’ouvre et je me dirige instantanément vers l’appartement de Paradise Office. Tout juste à l’instant où j’approche mon doigt de la sonnette, la porte s’ouvre. Eve apparaît, toujours aussi jolie.

   — Madame Lalaide ? s’étonne-t-elle.

   — Bonjour, Eve.

    Je pousse la porte et malgré ses essais afin de la retenir, j’entre. J’ignore ses avertissements et me dirige droit vers le bureau de Lou Dutint. Eve rencontre des difficultés à me suivre, ralentie par la hauteur de ses talons.

Je ne toque pas, j’ouvre d’un coup sec. Lou Dutint est assis derrière son bureau, plongé dans une pile de documents.

   — MADAME LALAIDE ! VOUS NE POUVEZ PAS…

    Trop tard, je suis entrée.

   — Pardon, monsieur Dutint. Je n’ai pas pu…

    — Ce n’est pas grave, Eve. Ne vous inquiétez pas. Installez-vous Kristelle, je vous en prie.

    Il fait signe à Eve de partir, puis je m’installe.

    — Donnez-moi ce fichu contrat que je le signe.

    Il sourit. Je le soupçonne d’avoir toujours su que je reviendrai vers lui. Il fouille dans l’un des tiroirs de son bureau puis me tend la feuille de papier. Il dépose le stylo d’argent à côté.

   — On est d’accord que tant que je n’ai pas signé, je peux rajouter des éléments à la liste ?

   — Bien sûr, il répond.

   — N’importe lesquels ?

   — Oui.

    J’attrape le stylo et m’attaque à ma liste de souhaits. Je raye la première phrase. J’y réclamais suffisamment d’argent pour ne plus devoir travailler. Après réfléxion, je demande à être simplement riche. Très riche. Je relis brièvement les autres lignes, toutes me semblent correctes. Une belle silhouette, le bel appartement et la gardienne d'immeuble qui me respecte. Une dernière ligne reste vide de toute demande. Sans réfléchir davantage, j’écris : mort de Mathias.

Je signe en bas de page et tends la feuille à Lou. Il analyse mes modifications et fronce le sourcil à la lecture de cette dernière demande inattendue. Il ne dit rien. Il attrape à son tour le stylo d’argent et accole sa signature aux côtés de la mienne.

   — Bien, dit-il tout sourire. À partir de maintenant, vous disposez de huit jours pour trouver l’amour. Si amour vous rencontrez, votre nouvelle vie vous conserverez. Si amour vous ne recevez, alors vous perdrez. Est-ce clair ?

   — Huit jours ? Vous n’aviez rien dit à ce sujet !

   — C’est écrit au dos du contrat, madame Lalaide.

   — Et concernant mes demandes, quand arriveront-elles ?

   — Un peu de patience. Un peu de patience.

    Il appuie sur le bouton rouge posé sur son bureau et Eve apparaît aussitôt.

   — Bonne soirée, Kristelle. Profitez bien de vos huit jours.

   Il me fait signe de déguerpir le plancher ce qu’étrangement, j’exécute sans broncher. Il se reconcentre de suite dans la pile de documents posée sur le bureau.

Eve m’accompagne de nouveau jusqu’à l’ascenseur et m’indique que Saïd m’attend au bas de l’immeuble pour me raccompagner.

   — Au revoir, madame Lalaide.

   Les portes de l’ascenseur se ferment, Eve disparaît.

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