49 - 10 h 12
2 - 10 h 12
Quelqu’un sonne à la porte. Nue comme un ver face au miroir de la salle de bain, j’attrape une serviette et l’enroule autour de moi. C’est con de dissimuler sous un bout de tissu un si joli corps, mais je m’en accommode.
— Qui est-ce ? je crie en approchant de l’entrée.
Je jette un oeil à travers le judas. Il s'agit d'un homme qui ne me semble pas être un tueur en série. Malgré la serviette, j’ouvre la porte.
— Bonjour, vous êtes ? je demande.
Un monsieur souriant aux cheveux gris dissimulés sous un bonnet et à la peau ridée se tient devant moi.
— Madame Lalaide, c’est pour le ménage.
Il ne semble pas indisposé par ma tenue et n’y prête pas le moindre coup d’œil.
— Un dimanche ?
— Tous les jours, madame.
— Faites-vous donc plaisir, je dis.
Derrière lui, traîne un minuscule chariot sur lequel reposent des chiffons, balayette et produits d’entretien. Il se dirige vers la cuisine.
— Gay, je murmure. Un corps comme ça… Tout de même.
Je m’en retrouve vexée. Cette réaction, je la connais. Et plutôt bien. Dans ma précédente enveloppe corporelle, il m'était plus que normal d'être ignorée par les hommes que je croisais. Mon ex-fiancé s’était lui-même désintéressé de moi au fil des années. Comment lui en vouloir ? S’habituer à la personne qui se réveille chaque matin à vos côtés et qui occupe votre quotidien est tout à fait compréhensible. Moi-même, je me suis oubliée.
Je tourne le dos à la cuisine et à l’homme de ménage et retourne dans la salle de bain.
Après être épilée, désodorisée, coiffée et maquillée, je pars à la recherche d’une tenue sexy, mais glamour. La température fraîche de ce mois d’octobre additionnée à la frileuse que je suis m'oblige à opter pour l’un des sublimes smokings chics et décontractés présents dans mon dressing.
Je demande à Alexa de m’indiquer l’heure et je réalise que je suis en retard. Je me dirige vers la cuisine à la recherche de l’homme de ménage.
— Monsieur ?
Une voix frêle provient de la salle à manger. Je m’approche et aperçois le vieil homme astiquer le sablier au sable d’or scintillant qui continue de s’écouler.
— Madame Lalaide, puis-je vous aider ?
— Je dois m’absenter. Je vous laisse la maison. C’est bon pour vous ?
Il sourit puis acquiesce. Sans ajouter un mot, il retourne à sa tâche.
Habillée et parfumée, je commande un Uber. Abdhallah doit arriver dans huit minutes, le temps pour lui de finir une course. Je descends l’attendre à l’extérieur et m’allume une cigarette. La première de la journée. C’est fou, je n’y avais même pas songé.

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