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5 minutes de lecture

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  Waterloo dans les oreilles, je marche jusqu’au Healthy Bar dans le 17e. Comme indiqué en gros caractère sur son profil, Charles est coach sportif dans l’une des salles de sport les plus cotées de la capitale. Encore une fois, je stresse de ne pas être à la hauteur. Mais ce n’est plus l’ancienne Kristelle qui se présente à ce rendez-vous, c’est la version améliorée. J’ai des fesses aussi fermes que celle de Kim Kardashian et rien que pour ça, je devrais me sentir confiante.

Je n’ai pas été surprise lorsque Charles m’a proposé de le rejoindre dans un bar healthy. J’ai failli lui demander ce qu’on pouvait bien servir dans ce type de bar, mais je me suis ravisée.

Mon téléphone vibre dans le creux de ma poche. C’est Charles.

Charles :

Je suis installé à l’intérieur. Trop de fumeurs en terrasse, je n’aime pas ça.

À tout de suite.

  Et merde. J’aurais dû m’en douter. Bien évidemment qu’un coach sportif n’allait pas s’assoir à côté d’accros au tabac. Tant pis, je prendrai sur moi pour une heure ou deux et me rattraperai ce soir avec l’espoir d’en avoir l’occasion, bien que si Charles me propose de venir boire un dernier smoothie healthy chez lui, je ne refuserai pas.

  Le bar est introuvable. J’ouvre mon téléphone et demande le chemin à notre super ami commun à tous : Google. Je n’ai pas tourné à la bonne intersection. Je fais demi-tour et tombe finalement sur le Healthy Bar, aux Batignolles, à l’angle d’une rue.

J’entre et cherche du regard l’homme musclé et barbu qu’est Charles. Je le vois. Il est assis dans le fond du bar, caché dans l’obscurité.

  — Salut, je dis.

  — Oh, Kristelle. Je ne t’avais pas vue, il répond après avoir rangé son téléphone. Tu es charmante.

  Pas encore habituée à entendre ce type de remarque, je souris bêtement, ne trouve plus les mots et m’assois sur la chaise libre.

  — J’espère que tu as soif ! Ils font les meilleurs smoothies de Paris !

  — Tant qu’ils en font au whisky, ça me va !

  Il rit aux éclats, puis il me regarde. Je ne rigole pas. Il s’arrête.

  — Tu es sérieuse ?

  Bien sûr que je suis sérieuse. Nous sommes dans un bar. B-A-R. Bar. Ils ont l’obligation légale de vendre de l’alcool.

  — Il n’y a pas d’alcool ici, il répond. C’est healthy, tu sais. Je ne pensais pas que tu aimais le…

  Je perçois un brin de déception dans sa voix.

  — Mais non, je rigole ! Un smootie m’ira très bien !

  — Smoothie…

  — Oui, voilà, c’est ça.

  Une serveuse avec des dreadlocks sur la tête approche. Sur son tablier, je peux lire : quand l’healthy est good, l’alcool boude. Tu m’étonnes que l’alcool fasse la gueule si même les bars ne veulent plus de lui. Lorsqu’elle arrive à notre table, une forte odeur de patchouli m’étouffe.

  — Bonjour, madame, et bonjour monsieur. Bienvenue chez Healthy Bar. Aujourd’hui, nous vous proposons nos deux recettes spéciales Winter Body. Un smoothie banane, aubergine et cannelle, ou pomme, carotte, citronnelle et haricot rouge.

  Son large sourire qui pue l’hypocrisie ne quitte pas son visage tandis qu’elle plonge son regard dans chacun de nous, l’un après l’autre. Sa voix est très aigüe et m’en percerait presque les tympans.

  — Nous avons également des classiques, fraise et menthe, concombre et kiwi ou encore notre très célèbre smoothie que nous appelons le Fée Clochette, à base de chocolat, framboise, patate douce et mirabelles.

  Rien ne m’émoustille les papilles. Elle ne m’a donné qu’une seule envie : courir aux toilettes et vomir le peu d’aliments que j’ai ingéré aujourd’hui. Charles, lui, semble impressionné par les choix disponibles.

  — Je vais prendre un Fée Clochette, il dit.

  Elle se tourne vers moi.

  — La même chose, merci.

  La serveuse s’éloigne et Charles se décale sur la banquette pour se positionner face à moi. Je n’ai rien à dire, c’est un beau gosse. Des cheveux coupés à la perfection, une peau bien hydratée et qui paraît aussi douce qu’une peau de bébé et une paire d’yeux à m’en faire frémir le clitoris. J’ai toujours eu un faible pour les yeux bleus très clairs qui tirent sur le gris. Ses bras musclés sont mis en valeur dans un polo près du corps et je ne peux m’empêcher d’imager la plastique sous le pull.

  — Parle-moi de toi. Ton profil n’en dit pas beaucoup.

  — Je suis Kristelle, avec un K. J’ai trente-trois ans et je suis…

  Merde. J’ai oublié mon « métier », celui que j’ai inventé de toute pièce.

  — Je suis pêcheuse de vélos pour une association.

  Il rigole aux éclats. J’en ris aussi tant c’est ridicule, mais c’est la première chose qui m’est venue en tête. L’idée ne me semble pourtant pas si cocasse que ça puisque Pôle Emploi, m’avait proposé ce poste lorsqu’étais au chômage.

  — Pêcheuse de vélos, surprenant ! Tu es pleine de surprises, Kristelle avec un K.

  — Et toi alors, tu es coach, c’est ça ?

  — C’est ça. J’ai la chance de coacher pas mal de stars, ici, à Paris.

  — Ah oui ? je m’exclame. Qui ça ?

  Il sourit, mais ne dit rien. J’insiste du regard.

  — Vanessa Paradis, Amel Bent, et par moment je coache Éric Zemmour.

  Mon visage se décompose sous la surprise.

  — Zemmour ? Avec un coach sportif ?

  — Et oui, et il est très bon en Zumba !

  Je ne peux m’empêcher de rire et d’imaginer Éric Zemmour faire de la Zumba. À l’arrivée de la serveuse et de mon succulent smoothie à la patate douce, Charles se met à me poser un grand nombre de questions afin d’en savoir davantage sur mes centres d’intérêt.

La soirée continue et se passe à merveille. Je suis surprise des sujets de conversation que nous abordons. Surprise, car Charles ne correspond pas au profil du garçon cultivé et intéressant intellectuellement.

           Kristelle : 0

           Préjugé : 1

  Près de deux heures se sont écoulées. J’ai faim et à entendre le bruit qu’émet le ventre de Charles, j’imagine que lui aussi. Avec bienveillance, il me propose de l’accompagner jusqu’à son appartement (à quelques minutes à pieds), afin qu’il me prépare le meilleur repas healthy que je connaisse. Bien que pas très rassurée après le désastre du smoothie que je n’ai pas terminé, j’accepte.

Tel un gentleman, il paye l’addition et m’invite à tenir son bras pour marcher à ses côtés.

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