57 - 23 h 25
9 - 23 h 25
Les jambes et les mains douloureuses, j’arrive finalement chez moi. J’ouvre la porte avec quelques difficultés, je me débarrasse de mes talons en les jetant dans l’entrée et me dirige vers ma chambre. Bouboule et Sucette m’attendent sur mon lit, les yeux grands ouverts. Ils ont faim. Je les nourris puis me redirige vers le lit dans lequel je me glisse. Je dois à tout prix raconter cette soirée à quelqu’un. J’attrape mon téléphone et écris un SMS à Eddie.
Moi :
Chérie, je dois te raconter un truc, c’est urgent.
T’es dispo ?
Quelques minutes plus tard, son numéro s’affiche sur mon écran. Elle m’appelle.
— Tu ne devineras jamais ce qui m’est arrivé ce soir…
— Raconte, mais fais vite ! Isham est couché, il m’attend.
— J’ai rencontré un super type musclé, plutôt beau gosse et qui en avait franchement dans la tête. On est rentré chez lui, on a diné et là… Il m’a embrassée puis emmenée dans sa chambre.
— Au moins, ce contrat te réussit ! C’est chouette ! Mathias ne sera pas mort pour rien…
Et toc. Ça, c’était gratuit. Je connais Eddie plus que quiconque et tant que le dossier « Mathias » ne sera pas loin derrière nous, elle continuera de m’envoyer des piques dès qu’elle en aura l’occasion. Je fais comme si de rien n’était et continue de lui raconter cette soirée de dingue.
— Tu ne devineras jamais ce qu’il m’a demandé !
— Dis toujours…
— Le mec voulait se faire dominer. Il m’a dit qu’il en parlait rarement aux filles le premier soir, mais qu’avec moi, c’était différent, blah, blah, blah. Il a demandé à m’appeler Maîtresse.
J’entends Eddie rire au téléphone, mais qui ne le ferait pas ?
— T’es pas sérieuse ? elle dit entre deux ricanements. Et tu t’es laissée faire ?
— J’ai pensé qu’après tout, on n'a qu’une vie et que c’était le moment, alors j’ai fait comme si j’étais à fond. Ensuite, il m’a demandé de lui donner des fessées, d’où les douleurs que j’ai aux mains.
— Mais, vous avez fait l’amour, au moins ?
— Plus ou moins, oui. Il a voulu qu’on fasse des positions bizarres, où je pouvais avoir le contrôle sur lui. Résultat, j’ai des courbatures dans les jambes et une probable entorse à la cheville !
Eddie rigole. Je réalise qu’entendre son rire m’a manqué. Depuis toute cette histoire et le décès soudain de Mathias, elle ne se comporte plus de la même manière avec moi, ce qui me blesse beaucoup.
— Il avait un slip en cuir… Un slip ! EN CUIR !
Son fou rire ne s’arrête plus et elle met du temps avant de reprendre une diction correcte.
— On s’appelle demain si tu veux, mais la prochaine fois, renseigne-toi avant, plutôt que de rencontrer un mec qui veut que tu lui donnes la fessée ! Bisous Princesse.
Je dépose le téléphone sur la table de nuit, éteins la lumière et repose ma tête sur l’oreiller confortable à mémoire de forme. Je l’avoue, c’est agréable d’avoir une amie à qui raconter nos aventures. Depuis toujours, Eddie est de loin la seule et unique meilleure amie que je puisse avoir. De nature solitaire, bien qu'aujourd’hui les difficultés ne soient plus les mêmes, il m’est encore compliqué de me mélanger aux autres et à m’intégrer dans un quelconque groupe. Au lycée, avant que je ne la rencontre, je passais mes journées à déambuler seule dans les couloirs de l’école et ceux des bibliothèques du CDI. J’étais l’ado à qui personne ne voulait parler, celle que l’on appelait Lalaide plutôt que Kristelle. Tout a changé le jour où Eddie est arrivée. Cette beauté espagnole au sourire de star ne s’intéressait qu’à moi et prenait un malin plaisir à ignorer les autres. La faucheuse des âmes perdues, c’est le surnom que je lui ai toujours donné et à cette époque, l’âme perdue, c’était moi.

Annotations