58 - 5 h 31
Lundi 10 octobre
1 - 5 h 31
Mon téléphone se met à sonner. Je me réveille en sursaut, la tête dans les nuages. C’est toujours difficile d'être sorti de force d’un sommeil encore profond. Les chats qui dorment l’un contre l’autre au pied du lit et qui semblent tout aussi surpris que moi, s’empressent de quitter la pièce aux premières notes d’ABBA. J’attrape mon téléphone puis d’un œil à moitié aveugle, je lis le nom qui s’affiche : FANNY LALAIDE.
Pourquoi ma sœur m’appelle-t-elle à une heure si matinale ? Elle raccroche et quelques instants plus tard, la notification d’un nouveau message vocal apparaît. Je l’écoute.
Message vocal de Fanny :
"Salut Kristelle. Je suis désolée d’appeler aussi tôt, mais j’avais besoin de parler. On enterre Mathias dans deux jours et je pensais que tu aurais peut-être aimé venir. C’est très…"
Elle s’arrête un moment et pleure.
"C’est très difficile en ce moment. Il me manque beaucoup. Ils ont fait une autopsie pour vérifier qu’il n’avait pas pris de drogues ou qu’il était bourré. Tout est OK, il était dans son état normal. Je ne comprends toujours pas ce qui est arrivé. Il est… était pourtant si prudent en voi… voiture. Enfin bref, tu dois dormir. L’enterrement aura lieu au cimetière de Montrouge, mercredi à midi. C’est là où sont enterrés ses grands-parents… mais tu dois déjà savoir ça, j’suis bête. Ensuite, on ira chez les parents de Mathias pour manger quelque chose. Dis-moi par SMS si tu penses venir. Je dois m’organiser. Bisous."
J’ai besoin d’une clope. Je me lève, la tête et l’esprit ailleurs, et me dirige vers le salon. Le paquet de cigarettes est toujours dans mon sac à main. Je n’en ai pas fumé une seule hier soir. Exploit. La première inspiration me laisse cet affreux gout de tabac froid dans la bouche. Ça finit par passer avec la deuxième que je m’empresse d’allumer. La nuit est encore bien présente et la pièce est toujours dans le noir. Je suis silencieuse. Mon esprit est comme déconnecté. Entendre la détresse de Fanny au téléphone m’a abattue. Elle ne mérite pas ce que je lui inflige. En tant que grande sœur, j’aurais dû la protéger plutôt que de vouloir la briser. Lorsque j’ai inscrit le nom de Mathias sur le papier de Lou Dutint, je n’ai en aucun cas pensé à Fanny. Je me rassure tant bien que mal en me répétant que dans six jours, tout sera terminé. Dimanche, tout sera comme avant et Mathias sera de nouveau vivant. En six jours, c’est impossible de rendre un homme amoureux. Les derniers rencards le prouvent d’eux-mêmes.
Après une troisième cigarette, je retourne me coucher, car l’horloge indique 5 h 52 et une grosse journée m’attend. J’ai prévu de rencontrer Hakim et Thomas, deux hommes avec qui le contact est bien passé sur Tinder.
Tant bien que mal, je vide mon esprit des horribles pensées que Fanny m’a transmises. J’ouvre l’application de rencontre pour swiper quelques instants, ce qui m’aide par habitude à m’endormir. Les profils s’enchainent et par surprise, je tombe sur un visage qui ne m’est pas inconnu : Fabio. Il est aussi beau en photo qu’en vrai. Je ne peux hélas, sentir cet agréable parfum qu’il porte et qui m’émoustille dès que je le croise ou que je passe après lui dans l’ascenseur. Je n’ai d’autres choix que de swiper son profil à droite et d’attendre qu’il me like en retour.
Je pose le téléphone et m’endors l’esprit impatient de découvrir si Fabio me swipe à son tour du bon côté.

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